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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2200815

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2200815

jeudi 22 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2200815
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationChambre 2
Avocat requérantSELARL GUITTON - GROSSET - BLANDIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I° Par une requête, enregistrée le 9 février 2022 sous le n° 2200379, M. H D, représenté par Me Grosset, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du préfet de Meurthe-et-Moselle du 6 janvier 2022 portant refus séjour en France ;

2°) d'enjoindre au préfet de Meurthe-et-Moselle de lui délivrer un titre de séjour, à tout le moins, une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail ;

3°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

4°) de surseoir à statuer dans l'attente de la décision d'aide juridictionnelle ;

5°) de condamner l'Etat au versement d'une somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'auteur de l'acte est incompétent ;

- la décision est entachée d'un vice de procédure faute de saisine de la commission du titre de séjour ;

- la décision est insuffisamment motivée ;

- la décision a été prise en méconnaissance de son droit d'être entendu préalablement qu'il tient de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le préfet s'est estimé lié par l'avis du collège des médecins de l'office français de l'immigration et de l'intégration ;

- la décision est entachée d'erreur manifeste d'appréciation, en raison de moyens suffisants, il ne pourra pas accéder aux soins en Arménie ;

- le préfet n'a pas procédé à un examen de sa situation personnelle, la décision est contraire à l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 8 juillet 2022, le préfet de Meurthe-et-Moselle conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

II° Par une requête, enregistrée le 14 mars 2022 sous le n° 2200815, Mme F, représentée par Me Grosset, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du préfet de Meurthe-et-Moselle du 28 février 2022 portant refus séjour en France ;

2°) d'enjoindre au préfet de Meurthe-et-Moselle de lui délivrer un titre de séjour, à tout le moins, une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail ;

3°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

4°) de surseoir à statuer dans l'attente de la décision d'aide juridictionnelle ;

5°) de condamner l'Etat au versement d'une somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- l'auteur de l'acte est incompétent ;

- la décision est entachée d'un vice de procédure faute de saisine de la commission du titre de séjour ;

- la décision est insuffisamment motivée ;

- la décision a été prise en méconnaissance de son droit d'être entendue préalablement qu'elle tient de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le préfet s'est estimé lié par l'avis du collège des médecins de l'office français de l'immigration et de l'intégration ;

- la décision est entachée d'erreur manifeste d'appréciation, en raison de moyens suffisants, elle ne pourra pas accéder aux soins en Arménie ;

- le préfet n'a pas procédé à un examen de sa situation personnelle, la décision est contraire à l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 8 juillet 2022, le préfet de Meurthe-et-Moselle conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

M. et Mme D ont été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par des décisions du bureau d'aide juridictionnelle en date des 17 et 25 mars 2022.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. C a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. et Mme D, ressortissants arméniens nés respectivement en 1949 et 1952, sont entrés en France le 5 décembre 2011 de manière irrégulière pour y demander l'asile. Leur demande a été refusée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, puis en dernier lieu par la Cour nationale du droit d'asile le 2 décembre 2013, laquelle a également jugé irrecevable la demande de réexamen présentées par les intéressés. M. et Mme D ont alors bénéficié chacun d'autorisations de séjour en raison de leur état de santé dont ils ont sollicité le renouvellement. Leurs demandes ont été refusées. Pour le même motif de leur état de santé, M. et Mme D ont déposé une nouvelle demande de séjour le 19 novembre 2019. Par la décision du 6 janvier 2022, le préfet de Meurthe-et-Moselle a refusé le séjour en France de M. D. Par la décision du 28 février 2022, le préfet a refusé le séjour en France de Mme D. Par ces deux requêtes qu'il convient de joindre pour y statuer par un seul jugement M. et Mme D demandent chacun l'annulation de la décision qui les concernent.

Sur le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire et le sursis à statuer :

2. M. D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 17 mars 2022 et Mme D, par une décision du 25 mars 2022. Par suite il n'y a pas lieu de les admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire, ni donc, de surseoir à statuer dans l'attente de la décision du bureau d'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la légalité externe :

3. En premier lieu, d'une part, la décision du 6 janvier 2022, par laquelle le préfet de Meurthe-et-Moselle refuse le séjour en France de M. D est signée de M. B A directeur de la citoyenneté et de l'action locale, auquel le préfet de Meurthe-et-Moselle a, par un arrêté du 29 novembre 2021, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le lendemain, délégué sa signature à l'effet de signer notamment les décisions en matière d'éloignement des étrangers. D'autre part, la décision du 28 février 2022, par laquelle le préfet de Meurthe-et-Moselle refuse le séjour en France de Mme D est signée de M. Julien Le Goff, secrétaire général, auquel le préfet de Meurthe-et-Moselle a, par un arrêté du 8 septembre 2021, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le lendemain, délégué sa signature à l'effet de signer, notamment, les décisions de refus de séjour Par suite, le moyen tiré de l'incompétence des signataires des arrêtés attaqués doit être écarté.

4. En deuxième lieu, lorsqu'il sollicite la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour, en raison même de l'accomplissement de cette démarche qui tend à son maintien régulier sur le territoire français, l'étranger ne saurait ignorer qu'en cas de refus, il pourra faire l'objet d'une mesure d'éloignement. A l'occasion du dépôt de sa demande, il est conduit à préciser à l'administration les motifs pour lesquels il demande que lui soit délivré un titre de séjour et à produire tous éléments susceptibles de venir au soutien de cette demande. Il lui appartient, lors du dépôt de cette demande, lequel doit en principe faire l'objet d'une présentation personnelle du demandeur en préfecture, d'apporter à l'administration toutes les précisions qu'il juge utiles. Il lui est loisible, au cours de l'instruction de sa demande, de faire valoir auprès de l'administration toute observation complémentaire utile, au besoin en faisant état d'éléments nouveaux.

5. M. et Mme D, qui se bornent à soutenir que leur droit d'être entendus aurait été méconnu, ne démontrent pas qu'ils disposaient d'informations pertinentes tenant à leur situation personnelle qu'ils auraient été empêchés de porter à la connaissance de l'administration avant que ne soient prise les décisions de refus de titre de séjour contestées et qui, si elles avaient pu être communiquées à temps, auraient été de nature à faire obstacle à ces décisions. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du droit d'être entendu, ne peut qu'être écarté.

6. En troisième lieu, les décisions en date des 6 janvier et 28 février 2022 par lesquelles le préfet de Meurthe-et-Moselle refuse de faire droit aux demandes de séjour présentées par M. et Mme D au motif de leur état de santé, comportent les considérations de droit et de fait qui les fondent. Ces décisions sont ainsi suffisamment motivées en droit et en fait.

7. En quatrième lieu, aux termes du premier alinéa de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative : / 1° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer ou de renouveler la carte de séjour temporaire prévue aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-13, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21, L. 423-22, L. 423-23, L. 425-9 ou L. 426-5 à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance () ". Il résulte de ces dispositions que le préfet n'est tenu de saisir la commission du titre de séjour, lorsqu'il envisage de refuser un titre mentionné à l'article L. 425-9, que du cas des étrangers qui remplissent effectivement l'ensemble des conditions de procédure et de fond auxquelles est subordonnée la délivrance d'un tel titre, et non de celui de tous les étrangers qui se prévalent des articles auxquels les dispositions de l'article L. 425-9 ci-dessus renvoient.

8. Ainsi qu'il sera précisé au point 11 du présent jugement, M. et Mme D ne remplissent pas les conditions pour obtenir un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et n'entrent pas dans le cas prévu par l'article L. 435-1 du même code. Par suite, le préfet de Meurthe-et-Moselle n'était pas tenu de soumettre leur cas à la commission du titre de séjour avant de rejeter leurs demandes.

En ce qui concerne le légalité interne :

9. En premier lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. / () Si le collège de médecins estime dans son avis que les conditions précitées sont réunies, l'autorité administrative ne peut refuser la délivrance du titre de séjour que par une décision spécialement motivée () ".

10. Dans ses avis en date du 17 juin 2020, le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a estimé que si l'état de santé de M. et de Mme D nécessitait une prise en charge dont le défaut peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, ils pouvaient l'un et l'autre effectivement bénéficier d'un traitement approprié, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé en Arménie.

11. M. et Mme D, à l'appui de leurs requêtes, ne produisent aucune pièce de nature médicale, ni même n'évoquent les pathologies dont ils souffrent. Dès lors, en se bornant à soutenir qu'ils ont bénéficié antérieurement de titres de séjour en raison de leur état de santé et qu'ils ne pourront pas accéder à un traitement dans leur pays d'origine, les requérants ne sauraient remettre en cause les avis du collège de médecins du service médical de l'OFII. Par suite, le préfet de Meurthe-et-Moselle n'a commis d'erreur manifeste d'appréciation de la situation de M. et Mme D au regard des dispositions précitées de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en refusant de leur délivre le titre de séjour qu'ils sollicitaient chacun sur le fondement de ces dispositions.

12. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces des dossiers, ainsi qu'en témoigne le contenu des décisions attaquées, que le préfet de Meurthe-et-Moselle se serait estimé lié par les avis émis le 17 juin 2020 par le collège des médecins de l'OFII qui s'est prononcé sur l'état de santé des intéressés. Par suite le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.

13. En troisième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

14. Si M. et Mme D soutiennent que le préfet n'a pas procédé à un examen préalable de leur situation personnelle et familiale au regard de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, en tout état de cause il ressort des pièces des dossiers que leur présence en France depuis 2011 s'explique pour l'essentiel par les démarches vaines qu'ils ont entreprises pour obtenir l'asile, par le fait qu'ils ont bénéficié chacun temporairement d'une régularisation de leur présence au motif de leur état de santé et en raison de leur maintien en situation irrégulière depuis 2017. Par ailleurs, la seule présence de leur fils de nationalité française, ne saurait suffire à donner un droit au séjour en France des intéressés. Dans ces conditions, et en tout état de cause, alors que M. et Mme D ne justifient ni même n'allèguent aucun autre élément d'intégration, les moyens tirés du défaut d'examen et de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doivent être écartés.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

15. Le présent jugement n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions susvisées doivent être rejetées.

Sur les frais d'instance :

16. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que les sommes demandées au titre des frais exposés et non compris dans les dépens soient mises à la charge de l'Etat qui n'a pas la qualité de partie perdante dans les présentes instances.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu d'admettre M. et Mme D au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ni de surseoir à statuer dans l'attente de la décision du bureau d'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions des requêtes est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. H D, à Mme G D et au préfet de Meurthe-et-Moselle.

Copie en sera adressée, pour information, au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 6 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

- M. Marti, président,

- M. Boulangé, premier conseiller,

- Mme Marini, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 septembre 2022.

Le rapporteur,

P. CLe président,

D. Marti

Le greffier,

F. Richard

La République mande et ordonne au préfet de Meurthe-et-Moselle en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2200379, 2200815

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