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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2200826

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2200826

vendredi 7 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2200826
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationChambre 3
Avocat requérantFOURNIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 14 mars 2022, M. B A, représenté par Me Fournier, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 14 février 2022 par laquelle le préfet de Meurthe-et-Moselle a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet de Meurthe-et-Moselle de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " l'autorisant à travailler, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il ne représente plus de menace pour l'ordre public dès lors qu'il a purgé sa peine, que les faits reprochés sont anciens et liés à des problèmes relationnels avec des proches, qu'il a travaillé et fait l'objet d'un suivi psychologique en détention ;

- il est présent en France depuis près de quarante ans, où résident sa mère et ses sœurs ;

- il n'a jamais vécu dans son pays d'origine et n'y dispose d'aucune famille proche.

Par un mémoire en défense, enregistré le 12 juin 2023, le préfet de Meurthe-et-Moselle conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 7 avril 2022.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative ;

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Bastian, conseiller,

- les observations de Me Fournier, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant algérien né le 9 janvier 1972, est entré en France en 1982. Le 27 mai 2011, il a été condamné à une peine de vingt ans de réclusion criminelle par la cour d'assises d'appel de la Moselle. Par une lettre du 17 septembre 2021, réceptionnée par les services de la préfecture le 22 septembre 2021, son conseil a sollicité du préfet de Meurthe-et-Moselle la délivrance d'un titre de séjour en se prévalant de sa vie privée et familiale. Par une décision du 14 février 2022, dont M. A demande l'annulation, le préfet de Meurthe-et-Moselle a refusé de lui délivrer ce titre de séjour en raison de la menace pour l'ordre public que représente l'intéressé.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord-franco-algérien du 27 décembre 1968 : " () Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : / 1) au ressortissant algérien, qui justifie par tout moyen résider en France depuis plus de dix ans ou plus de quinze ans si, au cours de cette période, il a séjourné en qualité d'étudiant () 5) au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus () ". Ces stipulations ne privent pas l'autorité compétente du pouvoir qui lui appartient de refuser à un ressortissant algérien la délivrance du certificat de résidence d'un an lorsque sa présence en France constitue une menace pour l'ordre public.

3. Il est constant que M. A a été condamné à une peine d'un mois de prison avec sursis, le 9 novembre 2004, pour violence par conjoint ou concubin, puis à une peine d'un an et six mois d'emprisonnement, le 29 janvier 2007, pour violence aggravée par deux circonstances en récidive et, enfin, à une peine de vingt d'emprisonnement, le 27 mai 2011, pour tentative de meurtre. Au vu de la nature, du caractère répété et de la gravité des faits pour lesquels M. A a fait l'objet de condamnations, le préfet de Meurthe-et-Moselle a pu légalement estimer que son comportement constituait toujours une menace pour l'ordre public et refuser, pour ce motif, de lui délivrer un certificat de résidence sur le fondement de l'article 6 de l'accord franco-algérien, alors même que M. A réside sur le territoire français depuis 1982, où il entretient des liens avec sa mère et ses sœurs, dont l'une est de nationalité française, qu'il continue d'y purger sa peine, et que, depuis sa détention, il a travaillé et a fait l'objet d'un suivi psychiatrique.

4. En deuxième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

5. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 3, et alors même qu'il serait dépourvu de liens familiaux en Algérie, la décision du 14 février 2022 n'a pas, compte tenu de la menace que constitue sa présence en France, été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

6. En troisième lieu, si M. A fait valoir qu'il n'a jamais vécu dans son pays d'origine et n'y dispose d'aucune famille proche, cette circonstance est sans incidence sur la légalité de la décision en litige, qui se borne à lui refuser la délivrance d'un titre de séjour, sans toutefois l'obliger à quitter le territoire français ni fixer le pays à destination duquel il serait alors éloigné.

7. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 14 février 2022 par laquelle le préfet de Meurthe-et-Moselle a refusé de lui délivrer un titre de séjour. Par suite, sa requête doit être rejetée, y compris ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de Meurthe-et-Moselle.

Délibéré après l'audience du 22 juin 2023, à laquelle siégeaient :

- M. Di Candia, président,

- M. Durand, premier conseiller,

- M. Bastian, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 juillet 2023.

Le rapporteur,

P. Bastian

Le président,

O. Di Candia

La greffière

L. Bourger

La République mande et ordonne au préfet de Meurthe-et-Moselle en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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