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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2200872

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2200872

jeudi 2 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2200872
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJuge unique (Chambre 1)
Avocat requérantBAUER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistré les 18 mars et 8 juin 2022, M. A C, représenté par Me Bauer, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures:

1°) d'annuler la décision implicite par laquelle le ministre de l'intérieur a rejeté sa demande tendant à l'indemnisation des préjudices résultant de l'illégalité des décisions de retrait de points consécutives aux infractions constatées les 27 août 2016 (1 point), 18 avril 2019 (2 points) et 6 octobre 2019 (4 points);

2°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 2 000 euros en réparation des préjudices qu'il estime avoir subis du fait de ces décisions de retrait de points ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la réalité des infractions en cause n'était pas établie et les informations préalables obligatoires prévues par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route ne lui avaient pas été communiquées ;

- la somme de 2 000 euros doit lui être versée en réparation des préjudices qu'il a subis du fait des décisions de retrait de points en litige, dont 1 699,29 euros au titre de son préjudice moral et 300,71 euros au titre des frais qu'il a engagés pour régulariser sa situation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 20 mai 2022, le ministre de l'intérieur conclut au non-lieu à statuer sur les conclusions à fin d'annulation et au rejet des conclusions indemnitaires.

Il soutient que :

- les mentions relatives aux infractions en cause ont été supprimées du relevé d'information intégrale du permis de conduire du requérant, de sorte que les décisions de retrait de points en litige sont réputées avoir été retirées ;

- aucune faute de nature à engager la responsabilité de l'Etat n'a été commise ;

- le lien de causalité entre le fait générateur et les préjudices invoqués n'est pas établi ;

- les préjudices dont la réparation est demandée ne sont pas établis et sont, en tout état, de cause surévalués.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de procédure pénale ;

- le code de la route ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Kohler, première conseillère, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

La magistrate statuant seule a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme B,

- et les observations de Me Mouton, substituant Me Bauer et représentant M. C qui reprend les conclusions indemnitaires et les moyens de la requête.

Considérant ce qui suit :

1. Par une décision du 2 décembre 2021, le ministre de l'intérieur a procédé au retrait de quatre points du permis de conduire de M. C et a retenu un solde de deux points. Par un courrier réceptionné le 10 janvier 2022, M. C a demandé au ministre de l'intérieur l'annulation des décisions de retrait de points consécutives aux infractions constatées les 27 août 2016, 18 avril 2019 et 6 octobre 2019, ainsi que la restitution de sept points. Dans le dernier état de ses écritures, les points en cause lui ayant restitués, M. C ne demande plus que la condamnation de l'Etat à lui verser la somme de 2 000 euros en réparation des préjudices qu'il estime avoir subis du fait de l'illégalité de ces décisions de retrait de points.

2. Aux termes de l'article L. 223-1 du code de la route : " Le permis de conduire est affecté d'un nombre de points. Celui-ci est réduit de plein droit si le titulaire du permis a commis une infraction pour laquelle cette réduction est prévue. () La réalité d'une infraction entraînant retrait de points est établie par le paiement d'une amende forfaitaire ou l'émission du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée, l'exécution d'une composition pénale ou par une condamnation définitive ". Il résulte de ces dispositions que lorsque l'administration est informée d'une infraction dont la réalité est établie selon les modalités qu'elles définissent, elle doit procéder au retrait de points correspondant.

3. Par ailleurs, il résulte des dispositions des articles L. 223-1 et L. 225-1 du code de la route et des articles 529, 529-1, 529-2 et du premier alinéa de l'article 530 du code de procédure pénale que le mode d'enregistrement et de contrôle des informations relatives aux infractions au code de la route conduit à considérer que la réalité de l'infraction est établie dans les conditions prévues à l'article L. 223-1 du code de la route dès lors qu'est inscrite, dans le système national des permis de conduire, la mention du paiement de l'amende forfaitaire ou de l'émission du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée, sauf si l'intéressé justifie avoir présenté une requête en exonération dans les quarante-cinq jours de la constatation de l'infraction ou de l'envoi de l'avis de contravention ou formé, dans le délai prévu à l'article 530 du code de procédure pénale, une réclamation ayant entraîné l'annulation du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée.

4. En l'espèce, M. C se prévaut de l'illégalité des décisions de retrait de points consécutives aux infractions constatées les 27 août 2016, 18 avril 2019 et 6 octobre 2019, résultant de ce que, d'une part, la réalité de ces infractions ne serait pas établie et d'autre part, les informations préalables obligatoires prévues par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route ne lui aurait pas été communiquées. Toutefois, en se bornant à soutenir qu'il a contesté la réalité des infractions en cause par un courrier du 27 décembre 2021, M. C n'établit pas qu'aux dates auxquelles il a été procédé aux retraits de points litigieux, le ministre de l'intérieur ne pouvait regarder la réalité des infractions en cause comme établie dès lors qu'à cette date étaient mentionnés dans le relevé d'information intégral relatif au permis de conduire de l'intéressé, pour ces infractions, soit le paiement de l'amende forfaitaire, soit l'émission du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée et que ces mentions suffisaient à établir la réalité de l'infraction en application des dispositions précitées.

5. Par ailleurs, dès lors que le ministre de l'intérieur aurait pu légalement prendre les mêmes décisions au terme d'une procédure régulière, la circonstance, à la supposer établie, que l'administration n'aurait pas satisfait à l'obligation d'information prévue aux articles L. 223-3 et R. 22-3 du code de la route ne saurait être regardée comme la cause des préjudices invoqués par le requérant. Il ressort d'ailleurs des mentions du relevé d'information intégral produit par

M. C, qu'à la date de sa contestation devant l'officier du ministère public, le point retiré à la suite de l'infraction constatée le 27 août 2016 lui avait déjà été restitué le 27 avril 2017 en application des dispositions de l'article L. 223-6 du code de la route.

6. Enfin, M. C demande la réparation des préjudices liés à la nécessité de contester des retraits de points en soutenant notamment ne pas être l'auteur des infractions en cause. De tels préjudices résultent directement de la possible usurpation d'identité dont M. C soutient être la victime mais ne peuvent être regardés comme ayant été directement causés par les décisions de retrait de points consécutives à des infractions qui ont été constatées.

7. Il résulte de tout ce qui précède que la demande de M. C tendant à la condamnation de l'Etat à réparer les préjudices qu'il indique avoir subis doit être rejetée. Par voie de conséquence, les conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 mars 2023.

La magistrate désignée,

J. B

La greffière,

I. Varlet

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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