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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2200873

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2200873

jeudi 17 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2200873
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationChambre 3
Avocat requérantSCP JOFFROY - LITAIZE - LIPP

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 18 mars 2022 et 26 juin 2023, la SARL Ambulances Arnould-Bourbon, représentée par Me Lipp, demande au tribunal :

1°) d'annuler le refus implicite du maire de la commune de Mirecourt d'abroger l'article 10 du règlement intérieur du cimetière municipal, adopté le 29 mars 2021 ;

2°) d'abroger l'article 10 du règlement intérieur du cimetière municipal ;

3°) subsidiairement, d'enjoindre au maire de Mirecourt d'abroger ces dispositions, dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

4°) de mettre à la charge du maire de la commune de Mirecourt une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'administration était tenue de faire droit à sa demande d'abrogation, compte tenu de l'illégalité du règlement ;

- l'interdiction de monter des chapiteaux, édictée par l'article 10 du règlement intérieur, est illégale ; cette interdiction ne repose sur aucun motif d'intérêt général ; la mise en place d'un chapiteau ne saurait être de nature à constituer un risque d'atteinte au bon ordre, à la sécurité, à la tranquillité, à la décence ou à la neutralité du cimetière ; cette interdiction est injustifiée et disproportionnée ; elle méconnaît le jugement du 1er juin 2021 par lequel le tribunal avait annulé une précédente interdiction similaire et vise à contourner l'illégalité reconnue par ce jugement.

Par un mémoire en défense enregistré le 2 juin 2023, la commune de Mirecourt, représentée par Me Zoubeidi-Defert, conclut au rejet de la requête et à ce que le versement d'une somme de 1 000 euros soit mis à la charge de la société requérante au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'interdiction des chapiteaux n'est pas entachée de détournement de pouvoir ;

- il s'agit d'une mesure de police nécessaire, visant à assurer la tranquillité et la sécurité publiques, ainsi que la décence, qui est adaptée et proportionnée.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de justice administrative ;

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Samson-Dye, présidente,

- et les conclusions de Mme Cabecas, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. La SARL Ambulances Arnould-Bourbon, qui exerce notamment des activités dans le domaine funéraire, a demandé au maire de la commune de Mirecourt, par un courrier reçu le 13 décembre 2021, d'abroger l'article 10 du règlement du cimetière de cette commune, approuvé par un arrêté du 29 mars 2021, en tant qu'il interdit d'y installer des chapiteaux, avant, pendant ou après les cérémonies. Elle demande au tribunal d'annuler le refus implicite d'abroger ces dispositions du règlement.

Sur la légalité du refus d'abrogation :

2. L'effet utile de l'annulation pour excès de pouvoir du refus d'abroger un acte réglementaire illégal réside dans l'obligation, que le juge peut prescrire d'office en vertu des dispositions de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, pour l'autorité compétente, de procéder à l'abrogation de cet acte afin que cessent les atteintes illégales que son maintien en vigueur porte à l'ordre juridique. Il s'ensuit que, dans l'hypothèse où un changement de circonstances a fait cesser l'illégalité de l'acte réglementaire litigieux à la date à laquelle il statue, le juge de l'excès de pouvoir ne saurait annuler le refus de l'abroger. A l'inverse, si, à la date à laquelle il statue, l'acte réglementaire est devenu illégal en raison d'un changement de circonstances, il appartient au juge d'annuler ce refus d'abroger pour contraindre l'autorité compétente de procéder à son abrogation. Lorsqu'il est saisi de conclusions aux fins d'annulation du refus d'abroger un acte réglementaire, le juge de l'excès de pouvoir est conduit à apprécier la légalité de l'acte réglementaire dont l'abrogation a été demandée au regard des règles applicables à la date de sa décision.

3. Aux termes de l'article L. 2212-2 du code général des collectivités territoriales : " La police municipale a pour objet d'assurer le bon ordre, la sûreté, la sécurité et la salubrité publiques. Aux termes de l'article L. 2213-8 du même code : " Le maire assure la police des funérailles et des cimetières. ". L'article L. 2213-9 du même code précise : " Sont soumis au pouvoir de police du maire le mode de transport des personnes décédées, le maintien de l'ordre et de la décence dans les cimetières, les inhumations et les exhumations, sans qu'il soit permis d'établir des distinctions ou des prescriptions particulières à raison des croyances ou du culte du défunt ou des circonstances qui ont accompagné sa mort ".

4. Il ressort des pièces du dossier, et en particulier des écritures de la commune de Mirecourt, que l'interdiction d'installer des chapiteaux au sein du cimetière est motivée par des considérations tenant à la tranquillité et à la sécurité publiques, ainsi qu'à la décence du cimetière.

5. Il est vrai que la prévention d'une atteinte à ces intérêts est de nature à justifier l'édiction de règles encadrant la mise en place de ces structures. En particulier, alors même qu'il n'est pas établi que l'interdiction des chapiteaux, qui ne génèrent pas de bruit, serait adaptée à la protection de la tranquillité des usagers du cimetière, la protection de la décence peut justifier un encadrement des structures susceptibles d'être admises, en termes de coloris, de taille, d'implantation, de configuration ou de durée d'installation. Quant à elles, les considérations tenant à la sécurité sont de nature à rendre nécessaire l'édiction de règles d'usage, par exemple des restrictions en cas d'alerte météorologique, ou de prescriptions visant à garantir la solidité des dispositifs. Pour autant, l'interdiction générale et absolue des chapiteaux n'est pas proportionnée à la protection de ces intérêts. Il suit de là, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que la société requérante est fondée à demander l'annulation du refus implicite d'abroger le dernier alinéa de l'article 10 du règlement du cimetière de Mirecourt.

Sur les conclusions accessoires :

6. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. ".

7. Il ressort de ce qui a été dit au point 2 que l'annulation du refus d'abroger un acte réglementaire illégal n'implique pas que le juge abroge lui-même, par voie de conséquence, les dispositions réglementaires illégales. Les conclusions tendant à une telle abrogation doivent donc être rejetées. En revanche, l'annulation du refus d'abroger implique nécessairement que l'administration abroge ou réforme le dernier alinéa de l'article 10 du règlement du cimetière de Mirecourt, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à ce titre à la charge de la société requérante, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions présentées par la société requérante sur le fondement de ces dispositions, au demeurant à l'encontre du maire de la commune de Mirecourt.

D E C I D E :

Article 1er : Le refus d'abroger le dernier alinéa de l'article 10 du règlement du cimetière de Mirecourt, opposé tacitement par le maire de Mirecourt, est annulé.

Article 2 : ll est enjoint à la commune de Mirecourt de procéder à l'abrogation ou à la réformation de ces dispositions dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la SARL Ambulances Arnould-Bourbon et à la commune de Mirecourt.

Délibéré après l'audience du 26 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

- Mme Samson-Dye, présidente,

- M. Bastian, conseiller,

- Mme Philis, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 octobre 2024.

La présidente-rapporteur

A. Samson-Dye

L'assesseur le plus ancien,

P. Bastian

Le greffier,

P. Lepage

La République mande et ordonne à la préfète des Vosges en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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