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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2200939

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2200939

jeudi 11 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2200939
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationChambre 3
Avocat requérantBLANVILLAIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

D une requête et un mémoire enregistrés les 24 mars 2022 et 17 janvier 2023, M. A C, représenté D Me Blanvillain, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 22 mars 2022 D lequel le préfet de la Marne lui a fait obligation de quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Marne de réexaminer sa situation au besoin sous astreinte ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil d'une somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de celles de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

Sur l'ensemble des décisions :

- l'auteur de l'arrêté est incompétent ;

- les décisions sont insuffisamment motivées ;

- elles ne lui ont pas été notifiées dans une langue qu'il comprend.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle porte atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale garanti D les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation s'agissant de son état de santé.

Sur la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :

- son comportement ne constitue pas une menace à l'ordre public ;

- il ne représente pas de risque de fuite et bénéficie d'un hébergement stable.

Sur la décision fixant le pays de destination :

- elle méconnaît les dispositions des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle revêt une erreur d'appréciation quant à sa durée.

La requête de M. C a été communiquée au préfet de la Marne qui n'a pas produit de mémoire en défense.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale D une décision du 7 avril 2022 du bureau d'aide juridictionnelle.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme B a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A C, né le 15 septembre 1967, de nationalité géorgienne, est entré en France le 9 décembre 2019 muni de son passeport. Sa demande d'asile a été rejetée D une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) du 9 novembre 2020 puis D une décision de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) du 12 février 2021. Le 15 décembre 2020, M. C a fait l'objet d'un arrêté portant obligation de quitter le territoire français. Il a introduit un recours contre cet arrêté, lequel a fait l'objet d'un rejet D un jugement du tribunal administratif de Châlons-en-Champagne le 24 février 2021. D un arrêté du 22 mars 2022, le préfet de la Marne a fait obligation à M. C de quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée d'un an. M. C a été placé en rétention administrative puis libéré D le juge des libertés et de la détention. D sa requête, il demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 22 mars 2022.

Sur les conclusions tendant à l'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle :

2. M. C ayant été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale D une décision du 7 avril 2022 du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Nancy, il n'y a plus lieu de statuer sur ses conclusions tendant à son admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les moyens communs à l'ensemble des décisions :

3. En premier lieu, l'arrêté est signé D M. Emile Soumbo, secrétaire général de la préfecture, auquel le préfet de la Marne établit avoir délégué sa signature aux fins de signer les décisions en litige D un arrêté en date du 30 août 2021, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture. D suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions litigieuses doit être écarté.

4. En deuxième lieu, les décisions portant obligation de quitter le territoire français, refusant d'accorder un délai de départ volontaire, fixant le pays de renvoi et interdisant le retour sur le territoire français prises à l'encontre de M. C D le préfet de la Marne comportent l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et sont ainsi suffisamment motivées. D suite le moyen tiré de leur insuffisante motivation doit être écarté.

5. En troisième lieu, les conditions de notification des décisions attaquées sont sans incidence sur leur légalité. Le moyen tiré de l'irrégularité de la notification de cet arrêté ne peut donc qu'être écarté comme inopérant.

En ce qui concerne les moyens soulevés à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

6. En premier lieu, il ne ressort ni des pièces du dossier ni des termes de la décision attaquée que le préfet n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation du requérant. Si le requérant fait valoir que le préfet n'a pas tenu compte de son état de santé, il n'établit pas, D les pièces qu'il produit, que celui-ci en avait connaissance à la date de l'arrêté attaqué. D suite, ce moyen ne peut qu'être écarté.

7. En deuxième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue D la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

8. Il ressort des pièces du dossier que M. C, qui réside en France depuis moins de trois ans à la date de l'arrêté attaqué, ne dispose d'aucun lien familiaux ou personnels sur le territoire français. Il ressort d'ailleurs de ses propres déclarations que ses enfants résident tous en Russie ou en Géorgie et qu'il n'est pas dépourvu de famille dans son pays d'origine, où réside son frère. Dans ces conditions, en obligeant M. C à quitter le territoire français, le préfet de la Marne n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale du requérant ni méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne les moyens soulevés à l'encontre de la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :

9. Aux termes des dispositions de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " D dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Et, aux termes des dispositions de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il () ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale () ".

10. Si M. C a été entendu, le 22 mars 2022 pour des faits de vol à l'étalage, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il aurait été condamné pour de tels faits. Dans ces conditions, et en l'absence d'autres éléments, son comportement ne peut être regardé comme représentant une menace pour l'ordre public. Toutefois, si le requérant fait valoir qu'il justifie d'une résidence effective et permanente, l'attestation qu'il produit constitue une attestation d'élection de domicile ne pouvant tenir lieu de résidence, et non une attestation d'hébergement. Il ressort en outre des pièces du dossier que l'intéressé est sans domicile fixe et pris en charge D le samu social. Dans ces conditions, le préfet de la Marne a pu considérer qu'il présentait un risque de fuite au regard des dispositions précitées du 8° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et refuser, pour ce seul motif, de lui octroyer un délai de départ volontaire.

En ce qui concerne les moyens soulevés à l'encontre de la décision fixant le pays de destination :

11. En premier lieu, aux termes des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou des traitements inhumains ou dégradants ".

12. M. C soutient que son retour en Géorgie l'exposerait à des traitements contraires aux stipulations précitées en raison des risques qui pèsent sur sa sécurité et en raison de son état de santé. Toutefois, alors que sa demande d'asile a été rejetée D l'OFPRA et D la CNDA, il ne se prévaut d'aucun autre document que des documents médicaux ne permettant pas d'établir qu'à raison de son état de santé, il serait soumis à des traitements contraires à l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

13. En deuxième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 8 du présent jugement, M. C n'est pas fondé à soutenir que la décision fixant le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné a été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne le moyen soulevé à l'encontre de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

14. Aux termes des dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. () ". Et, aux termes des dispositions de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. ".

15. M. C n'établit pas disposer d'attaches anciennes et stables sur le territoire français et son entrée en France présente un caractère très récent. D ailleurs, si son comportement ne représente pas une menace à l'autre public, il est constant qu'il s'est déjà soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement prise à son encontre le 15 décembre 2020. Dans ces conditions, en lui interdisant le retour sur le territoire français pour une durée d'un an, le préfet de la Marne n'a pas fait une inexacte application des dispositions précitées quant à la durée de cette interdiction.

16. Il résulte de tout ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 22 mars 2022 D lequel le préfet de la Marne lui a fait obligation de quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée d'un an.

Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :

17. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation, ne nécessite aucune mesure particulière d'exécution. Dès lors, les conclusions présentées à fin d'injonction sous astreinte ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais liés à l'instance :

18. Les dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que la somme demandée D M. C, au bénéfice de son conseil, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens soit mise à la charge de l'Etat qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions de M. C tendant à ce qu'il soit admis provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. C est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au préfet de la Marne.

Délibéré après l'audience du 13 avril 2023, à laquelle siégeaient :

M. Di Candia, président,

Mme Fabas, conseillère,

M. Bastian, conseiller.

Rendu public D mise à disposition au greffe le 11 mai 2023.

La rapporteure,

L. B

Le président,

O. Di Candia

Le greffier,

P. Lepage

La République mande et ordonne au préfet de la Marne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2200939

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