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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2200977

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2200977

mardi 19 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2200977
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationChambre 1
Avocat requérantSEBAN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 29 mars 2022 et un mémoire en réplique enregistré le 24 novembre 2023, Mme B A, représentée par Me Gottlich, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision du 28 octobre 2021 par laquelle la directrice générale de l'Agence nationale de l'habitat (ANAH) a partiellement retiré la prime de transition énergétique qui lui avait été accordée, ensemble la décision implicite de rejet de son recours administratif préalable obligatoire ;

2°) d'enjoindre à l'ANAH de lui verser le solde de la prime qui lui est due, soit la somme de 2 880 euros dans un délai d'un mois à compter de la décision à intervenir, majorée des intérêts légaux à compter du 22 décembre 2021 ;

3°) de condamner l'ANAH à lui verser une somme de 5 812 euros au titre de son préjudice matériel et une somme de 2 000 euros au titre de son préjudice moral ;

4°) de mettre à la charge de l'ANAH une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- sa requête est recevable ;

- le retrait partiel de la prime n'est pas justifié dès lors qu'elle avait communiqué à l'ANAH une facture conforme au devis qui a permis l'octroi de la subvention ;

- la gestion de son dossier, le manque de professionnalisme, le manque d'écoute et le manque de politesse à répondre clairement à ses questions ainsi que le changement de cap dans son dossier ont engendré un préjudice ;

- elle est fondée à demander le versement du solde de 2 880 euros de la prime qui lui avait été initialement accordée, la réparation du préjudice financier résultant de l'augmentation du coût des équipements ainsi que la réparation du préjudice moral et psychologique qui l'affecte.

Par un mémoire en défense enregistré le 8 août 2022, l'Agence nationale de l'habitat, représentée par Me Seban, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 500 euros soit mise à la charge de Mme A au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- à titre principal, la requête est irrecevable ;

- à titre subsidiaire, les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le décret n° 2020-26 du 14 janvier 2020 ;

- l'arrêté du 14 janvier 2020 relatif à la prime de transition énergétique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Coudert,

- les conclusions de M. Gottlieb, rapporteur public,

- et les observations de Me Conerardy, substituant Me Seban, représentant l'Agence nationale de l'habitat.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A a demandé à l'Agence nationale de l'habitat (ANAH), le 30 septembre 2020, le bénéfice de la prime de transition énergétique en vue de réaliser divers travaux dans sa maison d'habitation. Le 18 décembre 2020, l'ANAH a adressé à la requérante une notification d'accord précisant que lui était réservée à ce titre une " prime estimée à 4 900 euros ". Le 28 octobre 2021, la directrice générale de l'ANAH lui a adressé une décision de versement de la prime pour un montant de 2 020 euros. Le 20 décembre 2021, la requérante a formé un recours administratif préalable obligatoire contre la décision du 28 octobre 2021, qui a été implicitement rejeté. Par la requête susvisée, Mme A demande, dans le dernier état de ses écritures, l'annulation de la décision du 28 octobre 2021, ensemble la décision implicite de rejet de son recours administratif, et l'indemnisation des divers préjudices résultant de la gestion de son dossier.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. Aux termes de l'article 3 du décret du 14 janvier 2020 relatif à la prime de transition énergétique, dans sa rédaction applicable à l'espèce : " I. - Le montant de la prime est fixé forfaitairement par type de dépense éligible, en fonction des ressources du demandeur. () / Le montant de la prime dépend également des caractéristiques des dépenses éligibles et de l'application des dispositions prévues au II et aux IV à VI du présent article. / () V. Le montant total des aides publiques et privées hors aides, ristournes, remises, rabais ou contreparties mentionnées au II, ne peut être supérieur au montant total d'une même dépense éligible. Le respect du présent VI s'apprécie lors de l'engagement de la prime et lors de sa liquidation. / () ". Aux termes de l'article 5 de l'arrêté du 14 janvier 2020 : " L'Agence nationale de l'habitat, après vérification des pièces produites à la demande de paiement, liquide le montant du solde à payer au regard des dépenses effectivement supportées par le bénéficiaire. L'Agence nationale de l'habitat établit au profit du bénéficiaire ou du mandataire, en tenant compte des règles d'écrêtement prévues aux V et VI de l'article 3 du décret n° 2020-26 du 14 janvier 2020 précité, un ordre de paiement à transmettre à l'agent comptable de l'agence, déduction faite, le cas échéant, de l'avance déjà versée. Le montant liquidé ne peut être supérieur au montant engagé, le cas échéant après prise en compte des éventuels engagements rectificatifs () ".

3. D'une part, il résulte des dispositions précitées que la somme de 4 900 euros mentionnée dans le courrier du 18 décembre 2020 dont Mme A a été destinataire n'était qu'une estimation du montant de la subvention dont l'intéressée pouvait bénéficier à raison des travaux qu'elle entendait effectuer. Ainsi que ce courrier le précisait expressément, le montant définitif de la subvention ne devait être déterminé par l'ANAH qu'au vu des justificatifs joints à la demande de paiement effectuée à la suite de la réalisation des travaux. Il suit de là que l'ANAH était en droit de réduire le montant de la prime de transition énergétique devant être versée à Mme A dès lors qu'elle estimait qu'une partie des travaux en cause n'était pas éligible.

4. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que la diminution de la subvention accordée à Mme A résulte du refus de l'ANAH de financer les travaux afférents à l'isolation de combles dès lors qu'ils consistaient à isoler des combles perdus et n'étaient dès lors pas éligibles à la prime de transition énergétique. Si, dans ses écritures, Mme A conteste la nature des travaux retenue par l'ANAH, il résulte de l'instruction que le devis initialement transmis, en date du 25 septembre 2020, comportait la mention " plancher de combles perdus ". A la suite du courriel qui lui a été adressé par le service instructeur le 12 octobre 2020, la requérante a produit un nouveau devis, comportant la même référence et la même date que le précédent, faisant cette fois mention de l'" isolation du plafond des combles ". Mme A a produit, à l'appui de sa demande de paiement de la prime, une facture en date du 25 mars 2021 faisant mention du " plancher de combles perdus ", à la réception de laquelle, par courriel du 20 mai 2021, le service instructeur, après avoir relevé que des travaux d'isolation de planchers de combles perdus n'étaient pas éligibles, a invité Mme A à présenter ses observations sur la mesure envisagée de retrait de la prime. La requérante a alors adressé à l'ANAH une facture, datée du 25 mars 2021, reprenant l'intitulé " isolation du plafond des combles ". Par un nouveau courriel du 8 juillet 2021, l'ANAH a indiqué à la requérante que la facture qu'elle avait adressée ne comportait pas la mention obligatoire " isolation des combles aménagés ou aménageables ". En réponse, Mme A a adressé à l'ANAH un devis daté du 25 septembre 2020 et une facture datée du 25 mars 2021 comportant la mention " isolation des combles aménagés ou aménageables ". Si les dernières modifications apportées au devis et à la facture résultent d'une demande du service instructeur de l'ANAH, il n'en demeure pas moins, ainsi que l'Agence le relève en défense, que les documents spontanément transmis par la requérante sont contradictoires quant à la teneur des travaux réalisés. Mme A ne produit par ailleurs, ainsi qu'il lui était loisible de le faire, aucun élément permettant d'apprécier la nature exacte des travaux remis en cause. Dans ces conditions, la requérante ne conteste pas sérieusement le motif opposé par l'ANAH pour réduire le montant de la prime de transition énergétique qui lui avait été accordée.

5. Il suit de là que les conclusions aux fins d'annulation de Mme A doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction.

Sur les conclusions aux fins d'indemnisation :

6. D'une part, il résulte de ce qui a été dit précédemment que Mme A n'est pas fondée à soutenir que l'absence de versement de la somme de 2 880 euros constituerait une faute de nature à engager la responsabilité de l'ANAH.

7. D'autre part, contrairement à ce que soutient Mme A, il ne résulte pas de l'instruction que l'ANAH aurait manqué de diligence dans l'instruction de son dossier de demande de subvention ou que les personnels de l'Agence aurait fait preuve à son égard d'un manque d'écoute ou d'un manque de politesse. La requérante n'est, par suite, pas davantage fondée à engager la responsabilité de l'ANAH à raison des fautes ainsi alléguées.

8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'indemnisation de la requête de Mme A doivent être également rejetées.

Sur les conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'ANAH, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse à Mme A la somme que celle-ci réclame au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. En revanche, dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de Mme A, sur le fondement de ces mêmes dispositions, le versement à l'ANAH d'une somme de 1 000 euros au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Mme A versera à l'ANAH une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions présentées par l'ANAH au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et à l'Agence nationale de l'habitat.

Délibéré après l'audience publique du 28 novembre 2023 à laquelle siégeaient :

M. Coudert, président,

Mme Milin-Rance, première conseillère,

Mme Grandjean, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 décembre 2023.

Le président-rapporteur,

B. CoudertL'assesseure la plus ancienne,

F. Milin-Rance

La greffière,

I. Varlet

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 2200977

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