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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2200992

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2200992

jeudi 2 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2200992
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJuge unique (Chambre 1)
Avocat requérantISSA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 30 mars 2022, M. A C, représenté par Me Issa, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 22 février 2022 par lequel le préfet de Meurthe-et-Moselle a suspendu la validité de son permis de conduire pour une durée de sept mois ;

3°) d'enjoindre au préfet de Meurthe-et-Moselle de lui restituer sans délai son permis de conduire ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'arrêté en litige a été signé par une autorité incompétente ;

- il est insuffisamment motivé, ce qui révèle un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;

- il appartient au préfet de produire les résultats des vérifications prévues à l'article R. 235-5, de nature à établir la réalité de l'usage de produits classés comme stupéfiants ;

- il est illégal dès lors que les faits qu'il rapporte n'ont donné lieu à aucune condamnation pénale ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de ses conséquences sur sa situation personnelle et professionnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 29 août 2022, le préfet de Meurthe-et-Moselle conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 7 avril 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de la route ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Kohler, première conseillère, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

La magistrate statuant seule a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme D a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Le 20 février 2022 à 16 heures et 5 minutes, M. C a été contrôlé par les forces de l'ordre alors qu'il circulait en voiture sous l'emprise de produits stupéfiants et sans assurance. Son permis de conduire a fait l'objet d'une mesure de rétention immédiate. Par un arrêté du 22 février 2022 dont M. C demande l'annulation, le préfet de Meurthe-et-Moselle a prononcé la suspension de la validité de son permis de conduire pour une durée de sept mois sur le fondement de l'article L. 224-2 du code de la route.

Sur les conclusions relatives à l'aide juridictionnelle :

2. M. C été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 7 avril 2022. Par suite, il n'y a pas lieu de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. En premier lieu, l'arrêté attaqué est signé par Mme E F, cheffe du bureau de la sécurité routière, à laquelle le préfet de Meurthe-et-Moselle a, par un arrêté du 14 mars 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le même jour, délégué sa signature à l'effet de signer notamment les arrêtés de suspension des permis de conduire, en cas d'absence ou d'empêchement de Mme B, sous-préfète. Par suite, et alors que la seule absence de mention relative à l'empêchement de la sous-prèfète ne suffit pas à établir que les conditions d'empêchement de la délégation de signature ainsi consentie n'étaient pas remplies, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de cet arrêté doit, dès lors, être écarté.

4. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué vise les articles du code de la route dont il est fait application, précise que M. C a fait l'objet, le 20 février 2022 à Frouard, d'une mesure de rétention de son permis de conduire en raison d'un usage de substances ou plantes classées comme stupéfiants et indique que M. C représente ainsi un danger grave et immédiat pour la sécurité des usagers de la route, de ses éventuels passagers et de lui-même. Cette décision comporte ainsi l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Cette motivation révèle également que le préfet a procédé à un examen particulier de la situation de M. C. Par suite, les moyens tirés de l'insuffisante motivation de l'arrêté en litige et du défaut d'examen particulier de la situation de l'intéressé doivent être écartés.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 224-1 du code de la route : " I.- Les officiers et agents de police judiciaire retiennent à titre conservatoire le permis de conduire du conducteur : / () / Lorsqu'il est fait application des dispositions de l'article L. 235-2, si les épreuves de dépistage se révèlent positives ". Aux termes de l'article L. 224-2 du même code :

" I.- Le représentant de l'Etat dans le département peut, dans les soixante-douze heures de la rétention du permis prévue à l'article L. 224-1, ou dans les cent vingt heures pour les infractions pour lesquelles les vérifications prévues aux articles L. 234-4 à L. 234-6 et L. 235-2 ont été effectuées, prononcer la suspension du permis de conduire lorsque : / () / 2° Il est fait application des dispositions de l'article L. 235-2 si les analyses ou examens médicaux, cliniques et biologiques établissent que le conducteur conduisait après avoir fait usage de substances ou plantes classées comme stupéfiants ou si le conducteur ou l'accompagnateur de l'élève conducteur a refusé de se soumettre aux épreuves de vérification prévues au même article L. 235-2 ; / () / II.- La durée de la suspension du permis de conduire ne peut excéder six mois. Cette durée peut être portée à un an en cas d'accident de la circulation ayant entraîné la mort d'une personne ou ayant occasionné un dommage corporel, en cas de conduite sous l'empire d'un état alcoolique, de conduite après usage de substances ou plantes classées comme stupéfiants et de refus de se soumettre aux épreuves de vérification prévues aux articles L. 234-4 à L. 234-6 et L. 235-2 / () ".

6. Il ressort des pièces du dossier que le permis de conduire de M. C a fait l'objet d'une mesure de rétention immédiate après que le dépistage auquel a été soumis l'intéressé s'est révélé positif. Le compte-rendu d'expertise du 21 février 2022 produit par le préfet, qui constitue les résultats des vérifications prévues à l'article R. 235-5 du code de la route, confirme par ailleurs l'usage par M. C de produits stupéfiants, et en particulier de cocaïne et de cannabis. Il suit de là que le préfet de Meurthe-et-Moselle pouvait légalement prononcer à son encontre une suspension du permis de conduire. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.

7. En quatrième lieu, la mesure de suspension provisoire prononcée par le préfet est une mesure de police administrative tendant à assurer le maintien de l'ordre public et de la sécurité des usagers de la route, et non une décision juridictionnelle statuant en matière pénale. Par suite, M. C ne peut utilement se prévaloir de l'absence de condamnation pénale et invoquer le principe de présomption d'innocence.

8. En dernier lieu, M. C soutient que la suspension de son permis pour une durée de sept mois est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation eu égard aux conséquences graves qu'elle porte sur sa situation professionnelle et personnelle. Il ressort toutefois des pièces du dossier que M. C a conduit sous l'emprise de cannabis et de cocaïne dans un véhicule non assuré, ce qu'il ne conteste pas. Ce comportement caractérise un danger grave et imminent pour la sécurité du requérant et celle des autres usagers de la route. Dans ces conditions, le préfet de Meurthe-et-Moselle, pouvait légalement prononcer à son encontre une suspension du permis de conduire d'une durée de sept mois.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation de l'arrêté du 22 février 2022 doivent être rejetées. Par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction, ainsi que celles tendant à l'application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu d'admettre M. C au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. C est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée, pour information, au préfet de Meurthe-et-Moselle.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 mars 2023.

La magistrate désignée,

J. D

La greffière,

I. Varlet

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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