jeudi 20 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nancy |
| Section | Tribunal Administratif de Nancy |
| N° Dossier | TA54-2200999 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Chambre 3 |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés le 30 mars 2022 et le 28 février 2024, Mme B C demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision par laquelle le directeur interrégional de la protection judiciaire de la jeunesse Grand Est a implicitement refusé de lui verser une nouvelle bonification indiciaire à compter du 1er septembre 2011 ;
2°) de condamner l'Etat à lui verser cette prime pour la période concernée.
Elle soutient que :
- sa requête est recevable dès lors qu'elle apporte la preuve de l'existence de la décision attaquée ;
- elle peut prétendre au versement d'une nouvelle bonification indiciaire, conformément au point 3 de l'annexe du décret n° 2001-1061 du 14 novembre 2001, dès lors qu'en qualité d'éducatrice, elle exerce la majeure partie de son activité dans le ressort territorial d'un contrat local de sécurité ;
- la décision attaquée méconnaît le principe d'égalité dès lors que la nouvelle bonification indiciaire a déjà été versée au profit de collègues travaillant dans le service territorial éducatif de milieu ouvert et d'insertion de Nancy.
Par un mémoire en défense, enregistré le 12 décembre 2023, le garde des sceaux, ministre de la justice, conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- la requête, dirigée contre un acte inexistant, est irrecevable ;
- la créance de Mme C antérieure au 1er janvier 2018 est prescrite ;
- les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la sécurité intérieure ;
- la loi n° 68-1250 du 31 décembre 1968 ;
- la loi n° 91-73 du 18 janvier 1991 ;
- le décret n° 93-522 du 26 mars 1993 ;
- le décret n° 2001-1061 du 14 novembre 2001 ;
- l'arrêté du 14 novembre 2001 fixant les conditions d'attribution de la nouvelle bonification indiciaire au titre de la mise en œuvre de la politique de la ville dans les services du ministère de la justice ;
- l'arrêté du 17 juillet 2009 portant création d'un service territorial éducatif de milieu ouvert et d'insertion à Nancy (54) ;
- l'arrêté du 19 décembre 2008 portant création d'un service éducatif en établissement pénitentiaire pour mineurs à D (69) ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Philis,
- et les conclusions de Mme Cabecas, rapporteure publique.
Les parties n'étaient ni présentes ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C, éducatrice de la protection judiciaire de la jeunesse, a été affectée du 1er septembre 2011 au 31 août 2019 au service éducatif de l'établissement pénitentiaire pour mineurs de D, puis à l'unité éducative de milieu ouvert (UEMO) de Nancy Sud du service territorial de milieu ouvert et d'insertion (STEMOI) de Nancy à compter du 1er septembre 2019. Par un courrier du 24 janvier 2022, elle a demandé à son administration le bénéfice de la nouvelle bonification indiciaire (NBI) à compter du 1er septembre 2011 au titre de la mise en œuvre de la politique de la ville dans les services du ministère de la justice. Par la présente requête, Mme C demande au tribunal d'annuler la décision par laquelle le directeur interrégional de la protection judiciaire de la jeunesse Grand-Est a implicitement rejeté sa demande et d'enjoindre à l'Etat de lui verser les sommes dues au titre de cette prime.
Sur la fin de non-recevoir opposée en défense :
2. La requérante justifie, par les pièces qu'elle produit, de l'envoi de sa demande préalable du 24 janvier 2022 à la direction interrégionale de la protection judiciaire de la jeunesse dont les services ont accusé réception par voie électronique le 26 janvier 2022. Par suite, la fin de non-recevoir opposée en défense, tirée de l'inexistence de la décision implicite de rejet de sa demande né du silence gardé par l'administration pendant deux mois, doit être écartée.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. D'une part, aux termes du I de l'article 27 de la loi du 18 janvier 1991 portant dispositions relatives à la santé publique et aux assurances sociales : " La nouvelle bonification indiciaire des fonctionnaires () instituée à compter du 1er août 1990 est attribuée pour certains emplois comportant une responsabilité ou une technicité particulières dans des conditions fixées par décret. " Aux termes de l'article 1er du décret du 26 mars 1993 relatif aux conditions de mise en œuvre de la nouvelle bonification indiciaire dans la fonction publique de l'Etat : " La nouvelle bonification indiciaire est attachée à certains emplois comportant l'exercice d'une responsabilité ou d'une technicité particulière. Elle cesse d'être versée lorsque l'agent n'exerce plus les fonctions y ouvrant droit. " Aux termes de l'article 1er du décret du 14 novembre 2001 relatif à la nouvelle bonification indiciaire au titre de la mise en œuvre de la politique de la ville dans les services du ministère de la justice : " Une nouvelle bonification indiciaire au titre de la mise en œuvre de la politique de la ville, prise en compte et soumise à cotisation pour le calcul de la pension de retraite, peut être versée mensuellement, dans la limite des crédits disponibles, aux fonctionnaires titulaires du ministère de la justice exerçant, dans le cadre de la politique de la ville, une des fonctions figurant en annexe au présent décret. " En vertu de cette annexe, ouvrent droit au bénéfice de la NBI : les " () fonctions de catégories A, B ou C de la protection judiciaire de la jeunesse : / () 3. Intervenant dans le ressort territorial d'un contrat local de sécurité. / () ". Un arrêté interministériel du même jour pris en application de ces dernières dispositions a fixé à 723 le nombre d'emplois de catégorie B d'" éducateur " de la direction de la protection judiciaire de la jeunesse susceptibles de bénéficier de la nouvelle bonification indiciaire, pour un montant de 10 à 30 points par emploi. Aux termes de l'article 3 de l'arrêté du 19 décembre 2008 portant création d'un service éducatif en établissement pénitentiaire pour mineurs à D (69) : " Pour l'accomplissement de ces missions, ce service est constitué d'une unité éducative " service éducatif en établissement pénitentiaire pour mineurs ". A, aux termes de l'article 3 de l'arrêté du 17 juillet 2009 portant création d'un service territorial éducatif de milieu ouvert et d'insertion à Nancy (54) dans sa version applicable à la date de la décision attaquée : " Pour l'accomplissement de ses missions, le STEMOI de Nancy est constitué de quatre unités se répartissant comme suit : / () une unité éducative de milieu ouvert, dénommée " UEMO de Nancy Sud " () ".
4. D'autre part, un contrat local de sécurité est défini par l'article D. 132-7 du code de la sécurité intérieure, comme le contrat signé notamment par le maire et le préfet d'un département, après consultation du procureur de la République et avis du conseil local de sécurité et de prévention de la délinquance (CLSPD), ayant pour objet d'encadrer les problèmes de délinquance dans les communes de plus de 10 000 habitants et dans celles comprenant un quartier prioritaire de la politique de la ville. La circonstance que les contrats locaux de sécurité sont conclus en priorité dans des quartiers prioritaires de la politique de la ville et sont animés, lorsqu'ils existent, par le CLSPD, n'a ni pour objet ni pour effet que tout quartier prioritaire politique de la ville soit couvert par un contrat local de sécurité. Les fonctionnaires titulaires du ministère de la justice qui entendent se prévaloir de la condition prévue au point 3 de l'annexe du décret du 14 novembre 2001 doivent apporter la preuve, par tout moyen, qu'ils accomplissent la majeure partie de leur activité dans le ressort territorial d'un ou plusieurs contrats locaux de sécurité, quel que soit par ailleurs leur lieu d'affectation.
En ce qui concerne la période antérieure au 1er janvier 2018 :
5. Aux termes de l'article 1er de la loi du 31 décembre 1968 relative à la prescription des créances sur l'Etat, les départements, les communes et les établissements publics : " Sont prescrites, au profit de l'Etat, () sans préjudice des déchéances particulières édictées par la loi, et sous réserve des dispositions de la présente loi, toutes créances qui n'ont pas été payées dans un délai de quatre ans à partir du premier jour de l'année suivant celle au cours de laquelle les droits ont été acquis. / () ".
6. Il ne ressort pas des pièces du dossier que Mme C aurait adressé à l'administration une demande de paiement de la nouvelle bonification indiciaire pour les années 2011 à 2017 avant le courrier du 24 janvier 2022. Dans ces conditions, le garde des sceaux, ministre de la justice, est fondé à soutenir que les créances dont se prévaut Mme C, s'agissant du paiement de la NBI avant le 1er janvier 2018, sont prescrites. Par suite, il y a lieu d'accueillir l'exception de prescription opposée par le ministre à la demande de Mme C sur la période antérieure au 1er janvier 2018.
En ce qui concerne la période comprise entre le 1er janvier 2018 et le 31 août 2019 :
7. Si Mme C se prévaut de la création d'un conseil local de sécurité et de prévention de la délinquance à D en 2002 et du projet de service éducatif de l'établissement pénitentiaire pour mineurs de D, où elle était affectée en qualité d'éducatrice, ces éléments ne suffisent pas par eux-mêmes à établir que l'intéressée a exercé la majeure partie de son activité dans le ressort territorial d'un contrat local de sécurité. Par suite, Mme C n'est pas fondée à soutenir qu'elle est éligible au bénéfice de la nouvelle bonification indiciaire au titre de ses fonctions au service éducatif de l'établissement pénitentiaire pour mineurs de D sur la période comprise entre le 1er janvier 2018 et le 31 août 2019 inclus.
En ce qui concerne la période postérieure au 31 août 2019 :
8. En l'espèce, le STEMOI de Nancy est composé de trois UEMO, dont l'UEMO de Nancy Sud situé 109, boulevard d'Haussonville à Nancy. Il ressort des pièces du dossier, notamment du projet de service 2019-2024 et des contrats locaux de sécurité produits, que ces unités interviennent, en particulier, sur le territoire de Meurthe-et-Moselle dans des zones de sécurité prioritaires. De plus, Mme C produit une attestation de sa responsable qui précise que les éducateurs de l'UEMO de Nancy Sud prennent en charge majoritairement, en se déplaçant régulièrement sur place, des mineurs et jeunes majeurs résidant dans des secteurs relevant de contrats locaux de sécurité de Jarville, Laxou, Laneuveville-devant-Nancy, Nancy et Lunéville. Elle produit également son compte-rendu d'entretien professionnel qui recense les missions qu'elle a accomplies auprès de ce public durant l'année 2022. En défense, le garde des sceaux, ministre de la justice, ne conteste pas utilement le caractère probant de ces documents. Ainsi, par la production de ces éléments précis et circonstanciés, Mme C doit être regardée comme accomplissant la majeure partie de son activité dans le ressort territorial d'un contrat local de sécurité au sens du point 3 précité de l'annexe du décret susvisé du 14 novembre 2001. Par suite, elle est fondée à soutenir qu'elle est éligible au bénéfice de la nouvelle bonification indiciaire au titre de ses fonctions d'éducatrice à l'UEMO de Nancy Sud.
9. Il résulte de tout ce qui précède et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur l'autre moyen de la requête, que Mme C est fondée à demander l'annulation de la décision implicite de rejet de sa demande tendant au bénéfice de la nouvelle bonification indiciaire au titre de la mise en œuvre de la politique de la ville dans les services du ministère de la justice en tant qu'elle porte sur la période postérieure au 31 août 2019.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
10. Par son courrier du 24 janvier 2022, Mme C a sollicité le versement des sommes correspondant à la nouvelle bonification indiciaire à compter du 1er septembre 2011. Le présent jugement, qui annule la décision attaquée, eu égard à ce motif d'annulation, implique seulement que le garde des sceaux, ministre de la justice, attribue le bénéfice de la nouvelle bonification indiciaire à Mme C à compter du 1er septembre 2019 et lui verse les sommes correspondantes, sous réserve d'un changement dans les activités confiées à Mme C. Il y a lieu, à ce titre, de lui accorder un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du directeur interrégional de la protection judiciaire de la jeunesse Grand Est par laquelle il a implicitement refusé de verser à Mme C une nouvelle bonification indiciaire est annulée en tant qu'elle porte sur la période postérieure au 31 août 2019.
Article 2 : Il est enjoint au garde des sceaux, ministre de la justice, d'attribuer le bénéfice de la nouvelle bonification indiciaire à Mme C à compter du 1er septembre 2019, sous réserve d'un changement dans les activités qui lui sont confiées, et de lui verser les sommes correspondantes, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C et au garde des sceaux, ministre de la justice.
Délibéré après l'audience publique du 30 mai 2024 à laquelle siégeaient :
M. Di Candia, président,
Mme Bourjol, première conseillère,
Mme Philis, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 juin 2024.
La rapporteure,
L. Philis
Le président,
O. Di Candia
Le greffier,
P. Lepage
La République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de la justice, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026