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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2201028

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2201028

jeudi 2 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2201028
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJuge unique (Chambre 1)
Avocat requérantCOHEN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 1er avril 2022 et 2 juin 2022, M. D B C, représenté par Me Cohen, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision référencée 48 SI par laquelle le ministre de l'intérieur a prononcé l'invalidité de son permis de conduire pour solde de points nul, ainsi que les décisions de retrait de points consécutives aux infractions constatées les 11 août 2019 (4 points), 1er février 2020 (1 point), 11 février 2020 (1 point), 20 avril 2020 (1 point), 23 avril 2020 (1 point) et 10 septembre 2020 (4 points) et la décision implicite du 5 janvier 2022 par laquelle le ministre de l'intérieur a rejeté son recours préalable ;

3°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de lui restituer sans délai son permis de conduire avec un capital de douze points ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'ensemble des informations préalables obligatoires prévues par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route ne lui a pas été communiqué préalablement aux décisions de retrait de points récapitulées dans la décision 48 SI ;

- la réalité de ces infractions n'est pas établie ;

- la décision 48 SI en litige ne lui a pas été régulièrement notifiée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 18 mai 2022, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il soutient, à titre principal, que la requête est tardive et, à titre subsidiaire, que les moyens soulevés par M. B C ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la route ;

- le code de procédure pénale ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Kohler, première conseillère, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

La magistrate statuant seule a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme A a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Par une décision référencée 48 SI, le ministre de l'intérieur a prononcé l'invalidité du permis de conduire de M. B C pour solde de points nul. M. B C demande l'annulation de cette décision ainsi que de la décision implicite de rejet du recours préalable qu'il a formé contre elle et des décisions de retrait de points consécutives aux infractions constatées les 11 août 2019 (4 points), 1er février 2020 (1 point), 11 février 2020 (1 point), 20 avril 2020 (1 point), 23 avril 2020 (1 point) et 10 septembre 2020 (4 points).

Sur la recevabilité de la requête :

2. Il incombe à l'administration, lorsqu'elle oppose une fin de non-recevoir tirée de la tardiveté d'une action introduite devant une juridiction administrative, d'établir la date à laquelle la décision attaquée a été régulièrement notifiée à l'intéressé. Lorsque la notification a été faite par lettre recommandée avec accusé de réception, cette preuve doit être regardée comme apportée lorsqu'il est établi que la lettre a été régulièrement présentée au domicile du destinataire. En cas de retour à l'administration, au terme du délai de mise en instance, du pli contenant la décision, cette preuve peut résulter soit des mentions précises, claires et concordantes portées sur l'enveloppe, soit, à défaut, d'une attestation de l'administration postale ou d'autres éléments de preuve établissant la délivrance par le préposé du service postal, conformément à la réglementation en vigueur, d'un avis d'instance prévenant le destinataire de ce que le pli était à sa disposition au bureau de poste.

3. Il ressort des pièces du dossier, et en particulier de l'accusé de réception produit par le ministre en défense, que la décision 48 SI en litige a été distribuée à la dernière adresse connue de M. B C, le 20 mai 2021. Le requérant soutient toutefois qu'en raison d'actes de vandalisme, il n'est plus destinataire de son courrier depuis le mois de mars 2019. A l'appui de ses allégations, M. B C produit un dépôt de plainte, en date du 15 novembre 2021, pour vols de courrier et dégradation de sa boite aux lettres, ainsi qu'une attestation de suivi de stage comportant sa signature. Dans les circonstances particulières de l'espèce et alors que la signature apposée sur l'accusé de réception produit en défense est illisible et ne correspond en rien à celle de l'intéressé, M. B C est fondé à soutenir que la décision 48 SI en litige ne peut être regardée comme lui ayant été régulièrement notifiée le 20 mai 2021. Par suite, la requête de M. B C ne peut être regardée comme tardive et la fin de non-recevoir opposée par le ministre doit être écartée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la délivrance des informations préalables aux retraits de points :

4. Aux termes de l'article L. 223-3 du code de la route : " Lorsque l'intéressé est avisé qu'une des infractions entraînant retrait de points a été relevée à son encontre, il est informé des dispositions de l'article L. 223-2, de l'existence d'un traitement automatisé de ces points et de la possibilité pour lui d'exercer le droit d'accès conformément aux articles L. 225-1 à L. 225-9. / Lorsqu'il est fait application de la procédure de l'amende forfaitaire ou de la procédure de composition pénale, l'auteur de l'infraction est informé que le paiement de l'amende ou l'exécution de la composition pénale entraîne le retrait du nombre de points correspondant à l'infraction reprochée, dont la qualification est dûment portée à sa connaissance ; il est également informé de l'existence d'un traitement automatisé de ces points et de la possibilité pour lui d'exercer le droit d'accès () ". Aux termes de l'article R. 223-3 de ce code : " I.- Lors de la constatation d'une infraction entraînant retrait de points, l'auteur de celle-ci est informé qu'il encourt un retrait de points si la réalité de l'infraction est établie dans les conditions définies à l'article L. 223-1. / II.- Il est informé également de l'existence d'un traitement automatisé des retraits et reconstitutions de points et de la possibilité pour lui d'accéder aux informations le concernant. Ces mentions figurent sur le document qui lui est remis ou adressé par le service verbalisateur. Le droit d'accès aux informations ci-dessus mentionnées s'exerce dans les conditions fixées par les articles L. 225-1 à L. 225-9 () ".

5. La délivrance, au titulaire du permis de conduire à l'encontre duquel est relevée une infraction donnant lieu à retrait de points, de l'information prévue aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route, constitue une garantie essentielle donnée à l'auteur de l'infraction pour lui permettre, avant d'en reconnaître la réalité par le paiement d'une amende forfaitaire ou l'exécution d'une composition pénale, d'en mesurer les conséquences sur la validité de son permis et éventuellement d'en contester la réalité devant le juge pénal. Elle revêt le caractère d'une formalité substantielle et conditionne la régularité de la procédure au terme de laquelle le retrait de points est décidé.

6. Il ressort des pièces du dossier et notamment du relevé d'information intégral relatif au permis de conduire de M. B C que l'ensemble des infractions en cause a donné lieu à l'émission de titres exécutoires d'amende forfaitaire majorée. Toutefois, les mentions de ce relevé d'information ne permettent pas, à elles seules et en l'absence, notamment, de production d'une attestation de paiement ou d'un bordereau de situation émanant du comptable public, d'établir que l'intéressé se serait acquitté des amendes forfaitaires correspondant aux infractions en cause. Par suite, le ministre de l'intérieur n'apporte pas la preuve que M. B C a reçu à l'occasion de ces infractions, les informations requises par les dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. Si, en ce qui concerne les infractions constatées les 1er et 11 février 2020, le ministre se prévaut de ce que les avis d'amendes forfaitaires majorées ont été adressés au domicile de l'intéressé, compte-tenu des circonstances particulières de l'espèce rappelées au point 3, cette circonstance ne saurait établir que l'administration a satisfait l'obligation d'information prescrite par l'article L. 223-3 du code de la route à l'occasion de ces infractions. Dans ces conditions, et alors que l'administration ne peut être regardée comme ayant délivré l'informations préalable prévue par ces dispositions à l'occasion d'autres infractions figurant sur le relevé d'information intégral relatif au permis de conduire de l'intéressé en raison de leur date ou de leur qualification, M. B C est fondé à soutenir que les retraits de points dont il a fait l'objet à la suite des infractions constatées les 11 août 2019, 1er février 2020, 11 février 2020, 20 avril 2020, 23 avril 2020 et 10 septembre 2020 sont intervenus à la suite d'une procédure irrégulière et que cette irrégularité l'a privé d'une garantie.

7. Il résulte de tout ce qui précède que M. B C est fondé à demander l'annulation des décisions portant retrait d'un total de douze points consécutives aux infractions constatées les 11 août 2019, 1er février 2020, 11 février 2020, 20 avril 2020, 23 avril 2020 et 10 septembre 2020. Eu égard à ces annulations, M. B C est fondé à soutenir que le solde de points de son permis de conduire n'était pas nul et que le ministre ne pouvait donc constater l'invalidation de son titre de conduite et à demander, par conséquent, l'annulation de la décision référencée 48 SI.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

8. L'exécution du présent jugement implique nécessairement que l'administration restitue à M. B C les douze points correspondant aux infractions constatées les 11 août 2019, 1er février 2020, 11 février 2020, 20 avril 2020, 23 avril 2020 et 10 septembre 2020. Il y a lieu d'enjoindre au ministre de l'intérieur dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, de procéder à cette restitution, de déterminer en conséquence le nombre de points attaché au permis de conduire de M. B C, compte tenu d'éventuelles infractions ultérieures, et de restituer le permis si le solde est positif.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par M. B C et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Les décisions de retraits de points consécutives aux infractions constatées les 11 août 2019, 1er février 2020, 11 février 2020, 20 avril 2020, 23 avril 2020 et 10 septembre 2020, ainsi que la décision référencée 48 SI sont annulées.

Article 2 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur de procéder à la reconstitution de douze points sur le permis de conduire de M. B C dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, de déterminer en conséquence le nombre de points attaché au permis, compte tenu d'éventuelles infractions ultérieures, et de le restituer à l'intéressé si le solde est positif.

Article 3 : L'Etat versera à M. B C la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. D B C et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 mars 2023.

La magistrate désignée,

J. A

La greffière,

I. Varlet

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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