jeudi 2 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nancy |
| Section | Tribunal Administratif de Nancy |
| N° Dossier | TA54-2201047 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Chambre 2 |
| Avocat requérant | PIZZATO |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés les 3 avril 2022, 25 janvier 2023, 13 juin 2023, 15 juin 2023 et 31 juillet 2023, M. B A, représenté par Me Pizzato, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler la décision du 7 mars 2022 par laquelle le directeur du service des retraites de l'État a refusé de faire droit à sa demande de départ anticipé à la retraite à compter du 1er février 2023 ;
2°) d'enjoindre au directeur du service des retraites de l'État de lui accorder le bénéfice d'un départ anticipé à la retraite à compter du 1er février 2023 ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- il justifie d'une durée d'assurance cotisée de 102 trimestres, supérieure à celle de 98 trimestres exigée pour un départ anticipé à la retraite à 58 ans, compte tenu de sa qualité de travailleur handicapé ;
- il a été victime d'un accident de travail le 18 mai 1998 et a été reconnu travailleur handicapé par une décision de la commission technique d'orientation et de reclassement professionnel de Meurthe-et-Moselle du 13 juillet 1990 puis par une décision de la commission départementale des droits et de l'autonomie des personnes handicapés de la maison départementale des personnes handicapées des Vosges du 5 novembre 2015 ;
- la preuve de sa situation de travailleur handicapé peut être apportée par tous moyens et il est établi que son handicap est permanent et définitif ;
- en tant que victime d'un accident de travail ayant entraîné une incapacité permanente au moins égale à 10% et titulaire d'une rente attribuée par un organisme de sécurité sociale, il bénéficie d'une équivalence à la reconnaissance de la qualité de travailleur handicapé.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 20 avril 2023 et le 29 juin 2023, le ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- la preuve de la qualité de travailleur handicapé n'est pas libre et ne peut être apportée que par une décision de reconnaissance de la commission technique d'orientation et de reclassement professionnel ou de la commission des droits et de l'autonomie des personnes handicapées ;
- le requérant ne peut se prévaloir de sa qualité de travailleur handicapé pour l'appréciation d'un départ anticipé à la retraite que pour les périodes comprises entre le 6 juillet 1990 et le 5 juillet 1995 et entre le 5 novembre 2015 et le 21 décembre 2015 ;
- le requérant ne justifie pas d'une durée d'assurance suffisante pour prétendre au départ anticipé à la retraite en qualité de travailleur handicapé en application des dispositions de l'article R. 37 du code des pensions civiles et militaires de retraite ;
- les autres moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code des pensions civiles et militaires de retraite ;
- le code du travail ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Wolff, rapporteure,
- les conclusions de Mme Marini, rapporteure publique,
- et les observations de Me Pizzato, représentant M. A.
Considérant ce qui suit :
1. M. A exerçait le métier de professeur au sein de l'Éducation nationale du 11 septembre 1989 au 1er septembre 2021. Par une décision du 6 juillet 1990, la commission technique d'orientation et de reclassement professionnel de Meurthe-et-Moselle lui a reconnu la qualité de travailleur handicapé pour une durée de cinq ans. Par une décision du 5 novembre 2015, la commission des droits et de l'autonomie des personnes handicapées de la maison départementale des personnes handicapées des Vosges lui a attribué la reconnaissance de la qualité de travailleur handicapé pour une durée de trois ans puis, par une décision du 8 novembre 2018, pour une durée de cinq ans. M. A a formé une demande de départ anticipé à la retraite en raison de son handicap à compter du 1er février 2022 qui a été refusée par courriels du service des retraites de l'État du 21 février 2022. Il a formé des recours gracieux en date du 24 février et du 2 mars 2022. Par une décision du 7 mars 2022, le directeur du service des retraites de l'État a refusé son départ anticipé à la retraite en raison du handicap. Par sa requête, M. A demande l'annulation de cette décision.
Sur l'étendue du litige :
2. Il est toujours loisible à la personne intéressée, sauf à ce que des dispositions spéciales en disposent autrement, de former à l'encontre d'une décision administrative un recours gracieux devant l'auteur de cet acte et de ne former un recours contentieux que lorsque le recours gracieux a été rejeté. L'exercice du recours gracieux n'ayant d'autre objet que d'inviter l'auteur de la décision à reconsidérer sa position, un recours contentieux consécutif au rejet d'un recours gracieux doit nécessairement être regardé comme étant dirigé, non pas tant contre le rejet du recours gracieux dont les vices propres ne peuvent être utilement contestés, que contre la décision initialement prise par l'autorité administrative. Il appartient, en conséquence, au juge administratif, s'il est saisi dans le délai de recours contentieux qui a recommencé de courir à compter de la notification du rejet du recours gracieux, de conclusions dirigées formellement contre le seul rejet du recours gracieux, d'interpréter les conclusions qui lui sont soumises comme étant aussi dirigées contre la décision administrative initiale.
3. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de M. A dirigées formellement contre la seule décision du 7 mars 2022 portant rejet de ses recours exercés le 24 février et le 2 mars 2022 doivent être interprétées comme étant aussi dirigées contre la décision du 21 février 2022, formalisée par courriel, par laquelle le directeur du service des retraites de l'État a refusé sa demande de départ anticipé à la retraite à raison du handicap.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
4. D'une part, aux termes du 5° du I de l'article L. 24 du code des pensions civiles et militaires de retraite, dans sa rédaction antérieure à la loi du 20 janvier 2014 garantissant l'avenir et la justice du système de retraites : " Un décret fixe les conditions dans lesquelles l'âge d'ouverture du droit à pension est abaissé, par rapport à un âge de référence de soixante ans, pour les fonctionnaires handicapés qui totalisent, alors qu'ils étaient atteints d'une incapacité permanente d' au moins 80 % ou qu'ils avaient la qualité de travailleur handicapé au sens de l'article L. 5213-1 du code du travail, une durée d'assurance au moins égale à une limite fixée par ce décret, tout ou partie de cette durée ayant donné lieu à versement de retenues pour pensions ". Aux termes du 5° du I du même article, dans sa rédaction issue de la loi du 20 janvier 2014 : " Un décret fixe les conditions dans lesquelles l'âge d'ouverture du droit à pension est abaissé, par rapport à un âge de référence de soixante ans, pour les fonctionnaires handicapés qui totalisent, alors qu'ils étaient atteints d'une incapacité permanente d' au moins 50 %, une durée d'assurance au moins égale à une limite fixée par ce décret, tout ou partie de cette durée ayant donné lieu à versement de retenues pour pensions ". Si ces dernières dispositions, tout en abaissant le seuil d'incapacité permanente permettant d'accéder à la retraite anticipée, ont supprimé la référence aux bénéficiaires de la qualité de travailleur handicapé, l'article 36 de la loi du 20 janvier 2014 a prévu que : " III. Pour les périodes antérieures au 31 décembre 2015, la reconnaissance de la qualité de travailleur handicapé, au sens de l'article L. 5213 1 du code du travail, est prise en compte pour l'appréciation des conditions mentionnées () au 5° du I de l'article L. 24 du code des pensions civiles et militaires de retraite () / IV. ' Le présent article est applicable aux pensions prenant effet à compter du 1er février 2014 ".
5. D'autre part, aux termes de l'article L. 5213-1 du code du travail, inséré dans la section du chapitre III du titre 1er du livre II de la partie V de ce code relative à la reconnaissance de la qualité de travailleur handicapé : " Est considérée comme travailleur handicapé toute personne dont les possibilités d'obtenir ou de conserver un emploi sont effectivement réduites par suite de l'altération d'une ou plusieurs fonctions physique, sensorielle, mentale ou psychique ". Aux termes de l'article L. 5213-2 du même code : " La qualité de travailleur handicapé est reconnue par la commission des droits et de l'autonomie des personnes handicapées mentionnée à l'article L. 241-5 du code de l'action sociale et des familles ".
6. En premier lieu, il résulte des dispositions du code du travail citées au point 5 et de la section du code dans lesquelles elles s'insèrent que le législateur a subordonné la reconnaissance de la qualité de travailleur handicapé, au sens de l'article L. 5213-1 de ce code, à une décision de reconnaissance de la commission des droits et de l'autonomie des personnes handicapées ou de la commission technique d'orientation et de reclassement professionnel à laquelle elle a succédé. Ces dispositions ne donnent pas à l'assuré demandant le bénéfice des dispositions de l'article L. 5213-1 du code du travail la possibilité d'apporter la preuve de sa qualité de travailleur handicapé, au sens de ces dispositions, par d'autre moyen. Par suite, et ainsi qu'il ressort des débats parlementaires de la loi du 24 janvier 2014, seul peut être considéré comme travailleur handicapé pour l'application des dispositions du III de l'article 36 de la loi du 20 janvier 2014 citées au point 2, celui qui a été reconnu comme tel par la commission technique d'orientation et de reclassement professionnel ou par la commission des droits et de l'autonomie des personnes handicapées pour la période requise.
7. À l'appui de sa demande de départ anticipé à la retraite, M. A produit une décision du 6 juillet 1990 de la commission technique d'orientation et de reclassement professionnel lui reconnaissant la qualité de travailleur handicapé pour une durée de cinq ans jusqu'au 5 juillet 1995 et un courrier du 5 novembre 2015 de la maison départementale des personnes handicapées des Vosges l'informant de ce que la commission des droits et de l'autonomie des personnes handicapées lui avait reconnu la qualité de travailleur handicapé pour la période du 5 novembre 2015 au 4 novembre 2018 puis, du 5 novembre 2018 au 4 novembre 2023. M. A se prévaut également d'un certificat médical de son médecin traitant du 11 mai 2023 aux termes duquel son handicap est permanent et s'aggrave avec le temps. Toutefois, il résulte de ce qui a été dit au point précédent, que M. A ne peut être regardé comme justifiant d'une reconnaissance de la qualité de travailleur handicapé par la commission technique d'orientation et de reclassement professionnel ou la commission des droits et de l'autonomie des personnes handicapées sur la totalité de la période requise pour un départ anticipé à la retraite en raison de la situation de handicap. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir qu'il remplit les conditions fixées par les dispositions de l'article L. 24 du code des pensions civiles et militaires de retraite pour bénéficier d'un départ anticipé à la retraite.
8. En second lieu, aux termes de l'article L. 5212-2 du code du travail : " Tout employeur emploie des bénéficiaires de l'obligation d'emploi mentionnés à l'article L. 5212-13 dans la proportion minimale de 6 % de l'effectif total de ses salariés. () ". Aux termes de l'article L. 5212-13 du même code : " Bénéficient de l'obligation d'emploi instituée par l'article L. 5212-2 : / () / 2° Les victimes d'accidents du travail ou de maladies professionnelles ayant entraîné une incapacité permanente au moins égale à 10 % et titulaires d'une rente attribuée au titre du régime général de sécurité sociale ou de tout autre régime de protection sociale obligatoire ; () ". Aux termes de l'article R. 5212-1-5 du code du travail, dans sa rédaction en vigueur depuis le 8 juillet 2019 : " I.- Les autorités ou organismes désignés au III délivrent une attestation à tout bénéficiaire de l'obligation d'emploi des travailleurs handicapés mentionné à l'article L. 5212-2 à l'occasion de la notification de la décision prévue selon le cas aux 2°, 3°, 4°, 5° et 9° de l'article L. 5212-13. Cette attestation mentionne la reconnaissance de la qualité de bénéficiaire de l'obligation d'emploi en vue de l'insertion professionnelle. () / II.- Toute décision prise en application des 1° et 11° de l'article L. 5212-13 comporte la mention des droits dont son bénéficiaire peut se prévaloir pour l'insertion professionnelle au titre de l'obligation d'emploi des travailleurs handicapés. / En outre, toute décision d'attribution de la carte " mobilité inclusion " portant la " mention invalidité " précise à son titulaire qu'il est bénéficiaire de l'obligation d'emploi des travailleurs handicapés pour l'insertion professionnelle, sans qu'il soit nécessaire d'accomplir une démarche supplémentaire de reconnaissance de la qualité de travailleur handicapé. () ". Enfin, aux termes de l'article L. 5212-13-1 du même code, entré en vigueur à la date de la présente décision : " Les dispositions du présent code relatives aux travailleurs reconnus handicapés par la commission des droits et de l'autonomie des personnes handicapées mentionnée à l'article L. 146-9 du code de l'action sociale et des familles s'appliquent également aux personnes mentionnées à l'article L. 5212-13 du présent code () ".
9. Par une décision du 1er août 1990, la caisse primaire d'assurance maladie de Meurthe-et-Moselle a fixé le taux d'incapacité permanente de M. A à 15% et lui a attribué une rente d'incapacité permanente à partir du 16 janvier 1990 à la suite d'un accident de travail. En application des dispositions citées au point 8, M. A est par conséquent bénéficiaire de l'obligation d'emploi des travailleurs handicapés depuis cette date, ce qui lui ouvre droit à la délivrance d'une attestation en reconnaissance de cette qualité. Cette circonstance n'a toutefois pas eu pour conséquence de lui octroyer la reconnaissance de la qualité de travailleur handicapé sur la même période et n'est donc pas de nature à lui ouvrir droit à un départ anticipé à la retraite à raison de son handicap dans les conditions prévues à l'article L. 24 du code des pensions civiles et militaires de retraite précité. Ce moyen doit être écarté.
10. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A doivent être rejetées.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
11. Le présent jugement rejette les conclusions à fin d'annulation et n'emporte aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les frais liés à l'instance :
12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'État, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse à M. A une somme que celui-ci réclame au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique.
Délibéré après l'audience publique du 4 avril 2024 à laquelle siégeaient :
M. Marti, président,
M. Durand, premier conseiller,
Mme Wolff, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 mai 2024.
La rapporteure,
É. WolffLe président,
D. Marti
La greffière,
M. C
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
No 2201047
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026