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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2201073

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2201073

jeudi 22 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2201073
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationChambre 3
Avocat requérantKIPFFER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés les 5 avril 2022 et 20 octobre 2023, M. A C B, représenté par Me Kipffer, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du préfet de Meurthe-et-Moselle du 6 janvier 2022 portant refus d'instruction de la demande présentée par la société " VSC Les Artistes Café " ;

2°) d'enjoindre à la préfète de Meurthe-et-Moselle d'enregistrer cette demande d'autorisation de travail et de lui adresser un justificatif, ainsi qu'à son employeur, dans les trois jours suivant la notification du jugement à intervenir, d'examiner et de statuer sur cette demande dans les deux mois suivant la notification du jugement à intervenir, le tout sous astreinte de 500 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de de l'Etat le versement à son conseil d'une somme de 3 013 euros en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

- sa requête est recevable dès lors que la décision attaquée fait grief tant à la société souhaitant le recruter qu'à lui-même ;

- la décision est entachée d'incompétence ;

- la décision est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors que le préfet était saisi d'une demande d'autorisation de travail et qu'il ne pouvait s'estimer saisi d'une demande d'admission exceptionnelle au séjour.

Par un mémoire en défense enregistré le 3 octobre 2023, la préfète de Meurthe-et-Moselle conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que la requête est irrecevable dès lors que la décision attaquée, qui se borne à informer la société " VSC Les Artistes Café " de ce que la demande ne pouvait être adressée que par le requérant lui-même et devait être assortie des pièces à transmettre par l'intéressé, ne fait pas grief au requérant.

Par une décision du 3 février 2022, M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code du travail ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative ;

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Bastian, rapporteur,

- les conclusions de Mme Cabecas, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Par un courrier du 3 janvier 2022, la société VSC Les Artistes Café a sollicité une autorisation de travail pour conclure un contrat de travail au bénéfice de M. B afin qu'il puisse exercer les fonctions d'employé polyvalent, en joignant à sa demande un formulaire portant demande d'autorisation de travail pour conclure un contrat de travail avec un salarié étranger résidant en France. Par un courrier du 6 janvier 2022, le préfet de Meurthe-et-Moselle lui a indiqué que la demande d'admission exceptionnelle effectuée pour le compte de M. B était irrecevable et que le dossier ne pouvait en conséquence être instruit.

Sur la fin de non-recevoir opposée en défense :

2. Il ressort des pièces du dossier que la demande émanant de la société " VSC Les Artistes Café ", dont était saisi le préfet de Meurthe-et-Moselle, constituait non pas une demande d'admission exceptionnelle au séjour, mais une demande d'autorisation de travail. Par suite, contrairement à ce que soutient la préfète en défense, la décision en litige ne peut être regardée comme se bornant à informer la société de ce que la demande d'admission exceptionnelle au séjour, qui aurait été faite pour le compte de l'intéressé, était irrecevable. Dès lors, la fin de non-recevoir opposée en défense par l'administration, tirée de la dénaturation de la demande dont elle était saisie, ne peut qu'être écartée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. Aux termes de l'article L. 5221-5 du code du travail : " Un étranger autorisé à séjourner en France ne peut exercer une activité professionnelle salariée en France sans avoir obtenu au préalable l'autorisation de travail mentionnée au 2° de l'article L. 5221-2. (). ". Aux termes de l'article R. 5221-1 de ce code : " I.- Pour exercer une activité professionnelle salariée en France, les personnes suivantes doivent détenir une autorisation de travail lorsqu'elles sont employées conformément aux dispositions du présent code : 1° Étranger non ressortissant d'un Etat membre de l'Union européenne, d'un autre État partie à l'Espace économique européen ou de la Confédération suisse () /. II. - La demande d'autorisation de travail est faite par l'employeur () ". Aux termes de l'article R. 5221-17 du même code : " La décision relative à la demande d'autorisation de travail mentionnée au I de l'article R. 5221-1 est prise par le préfet. Elle est notifiée à l'employeur ou au mandataire qui a présenté la demande, ainsi qu'à l'étranger ".

4. Il ressort des pièces du dossier que la société " VSC Les Artistes Café " a, par un courrier du 3 janvier 2022, sollicité auprès du préfet de Meurthe-et-Moselle une autorisation de travail au bénéfice de M. B. Dès lors, en s'estimant saisi d'une demande d'admission exceptionnelle au séjour et en la déclarant irrecevable au motif que les pièces nécessaires n'avaient pas été transmises, le préfet de Meurthe-et-Moselle n'a pas examiné la demande de la société " VSC Les Artistes Café " et a entaché sa décision d'une erreur de droit.

5. Il résulte de tout de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que M. B est fondé à demander l'annulation de la décision portant refus de délivrance d'une autorisation de travail révélée par le courrier précité du 6 janvier 2022.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

6. Compte tenu du motif d'annulation de la décision attaquée, le présent jugement implique seulement qu'il soit enjoint à la préfète de Meurthe-et-Moselle d'examiner la demande émanant de la société " VSC Les Artistes Café " concernant M. B dans un délai d'un mois suivant la notification du présent jugement. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

7. En revanche, aucune disposition ne prévoyant l'obligation pour l'autorité administrative d'adresser à l'employeur qui a présenté une demande d'autorisation de travail un accusé de réception de cette demande lui indiquant qu'elle fait l'objet d'une instruction, les conclusions tendant à ce qu'il soit enjoint à la préfète de Meurthe-et-Moselle de lui adresser, ainsi qu'à son employeur, sous trois jours, le justificatif d'enregistrement de la demande d'autorisation de travail, doivent être rejetées.

Sur les frais d'instance :

8. M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Kipffer, avocat de M. B, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Kipffer de la somme de 1 200 euros.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 6 janvier 2022 par laquelle le préfet de Meurthe-et-Moselle a refusé d'enregistrer la demande d'autorisation de travail de M. B présentée par son employeur est annulée.

Article 2 : Il est enjoint à la préfète de Meurthe-et-Moselle d'examiner la demande d'autorisation de travail de la société " VSC Les Artistes Café " concernant M. B dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à Me Kipffer une somme de 1 200 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'il renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A C B et à la préfète de Meurthe-et-Moselle.

Une copie sera adressée, pour information, à la société " VSC Les Artistes Café ".

Délibéré après l'audience publique du 1er février 2024 à laquelle siégeaient :

- M. Di Candia, président,

- M. Bastian, conseiller,

- Mme Philis, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 février 2024.

Le rapporteur,

P. BastianLe président,

O. Di Candia

La greffière,

L. Bourger La République mande et ordonne à la préfète de Meurthe-et-Moselle en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 2201073

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