mardi 23 août 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nancy |
| Section | Tribunal Administratif de Nancy |
| N° Dossier | TA54-2201095 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Chambre 3 |
| Avocat requérant | SELAS HAVEN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 7 avril 2022, M. E C, représenté par Me Noirot, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 2 novembre 2021 par lequel le préfet de Meurthe-et-Moselle a rejeté sa demande de renouvellement de son titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné ;
2°) d'enjoindre au préfet de Meurthe-et-Moselle, à titre principal, de procéder au renouvellement de son titre de séjour " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, ou à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation administrative dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 500 euros à lui verser au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative ;
Il soutient que :
- l'arrêté en litige a été signé par une autorité incompétente ;
- il est insuffisamment motivé ;
- le préfet n'a pas procédé à l'examen de sa situation personnelle ;
- il est entaché d'une erreur de fait en ce qu'il mentionne qu'il ne contribue pas à l'entretien et à l'éducation de ses enfants ;
- le préfet a méconnu les dispositions de l'article L. 423-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que la circonstance que l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ne peut faire obstacle au renouvellement de plein droit de son titre de séjour ;
- son comportement ne représente pas une menace pour l'ordre public ;
- cet arrêté méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 10 mai 2022, le préfet de Meurthe-et-Moselle conclut au rejet de la requête.
Il soutient, à titre principal, que la requête est irrecevable en raison de sa tardiveté et, à titre subsidiaire, que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme B,
- et les observations de Me Noirot, représentant M. C.
Considérant ce qui suit :
1. M. C, ressortissant albanais né le 19 octobre 1995 est entré en France le 6 mai 2019, muni de son passeport revêtu d'un visa long séjour valable jusqu'au 5 mai 2020. Il s'est marié le 22 septembre 2018 avec Mme A D, de nationalité française. Il a bénéficié de deux cartes de séjour portant la mention " vie privée et familiale " sur une période allant du 29 juillet 2019 au 20 août 2021. Incarcéré le 10 février 2021 à la suite à deux condamnations pénales, il a été placé sous le régime de la semi-liberté du 23 mars 2021 au 12 novembre 2021. Pendant cette incarcération, il a sollicité le renouvellement de son titre de séjour sur le fondement des articles L. 423-1 et L. 423-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 2 novembre 2021, le préfet de Meurthe-et-Moselle a rejeté sa demande de renouvellement de son titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours en fixant le pays à destination duquel il est susceptible d'être renvoyé. M. C demande au tribunal d'annuler cet arrêté.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, l'arrêté attaqué est signé par M. Julien Le Goff, secrétaire général de la préfecture, auquel le préfet de Meurthe-et-Moselle, a, par un arrêté du 8 septembre 2021, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le 9 septembre 2021, délégué sa signature à l'effet de signer, notamment, les décisions en matière de séjour et d'éloignement des étrangers. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit, dès lors, être écarté.
3. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué comporte les considérations de fait et de droit qui le fondent et est ainsi suffisamment motivé. Au surplus, contrairement à ce que M. C soutient, la mesure d'éloignement en litige a été prise au visa des dispositions du 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, lesquelles étaient en vigueur à la date de la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de l'arrêté doit être écarté.
4. En troisième lieu, il ne ressort ni des termes de l'arrêté attaqué ni des pièces du dossier que le préfet n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de M. C.
5. En quatrième lieu, le requérant, qui n'a pas déposé de demande de titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi qu'il le dit lui-même dans sa requête, ne peut utilement soutenir que l'arrêté aurait été pris en méconnaissance de ces dispositions.
6. En cinquième lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La circonstance que la présence d'un étranger en France constitue une menace pour l'ordre public fait obstacle à la délivrance et au renouvellement de la carte de séjour temporaire, de la carte de séjour pluriannuelle et de l'autorisation provisoire de séjour prévue aux articles L. 425-4 ou L. 425-10 ainsi qu'à la délivrance de la carte de résident et de la carte de résident portant la mention " résident de longue durée-UE ". ".
7. D'une part, ces dispositions permettent au préfet de Meurthe-et-Moselle, s'il estime que la présence de M. C constitue une menace pour l'ordre public, de lui refuser le renouvellement de sa carte de séjour temporaire, sans entacher sa décision d'une erreur de droit. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que M. C a été condamné par le tribunal correctionnel de Val en Briey, le 2 novembre 2020, à une peine de dix mois d'emprisonnement avec sursis probatoire pendant deux ans pour des faits d'outrage à une personne dépositaire de l'autorité publique (récidive) et chargée d'une mission de service public, pour violence aggravée en état d'ivresse sur une personne chargée d'une mission de service public et pour menace de crime ou délit contre les personnes ou les biens à l'encontre d'un dépositaire de l'autorité publique, puis le 11 février 2021, à une peine d'un an et six mois d'emprisonnement, dont neuf mois avec sursis probatoire pendant deux ans, pour violence aggravée avec récidive par conjoint en état d'ivresse. Il ressort également du casier judiciaire du requérant, produit par le préfet en défense, que M. C est défavorablement connu des services de police pour avoir été l'auteur de faits de vol et de violence en état d'ivresse entre novembre 2015 et février 2021, soit quelques mois avant la date de la décision attaquée, et notamment pour violence aggravée suivie d'incapacité n'excédant pas huit jours par conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime par un pacte civil de solidarité sur une personne dont la particulière vulnérabilité est apparente ou connue de l'auteur. Compte tenu de la gravité de ces faits, de leur caractère récent et réitéré, et nonobstant la circonstance que M. C ait été suivi en centre d'addictologie pour soigner son alcoolisme, le préfet de Meurthe-et-Moselle a légalement pu considérer que la présence de M. C constitue une menace pour l'ordre public et lui refuser, pour ce motif, le renouvellement de son titre de séjour.
8. En sixième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir d'ingérence d'une autorité publique dans l'exerce de ce droit que pour autant cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique est nécessaire à la sécurité nationale et à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et des libertés d'autrui. ".
9. M. C, qui est présent sur le territoire français depuis moins de trois ans à la date de l'arrêté attaqué, n'établit pas être dépourvu de tout lien avec l'Albanie, où il a vécu jusqu'à l'âge de vingt-quatre ans. S'il se prévaut de son mariage avec une ressortissante française et de la communauté de vie qu'il entretient avec elle, il ressort des pièces du dossier qu'il a été condamné, ainsi qu'il l'a été dit, pour des faits de violences conjugales sur elle et le préfet fait valoir, sans être contredit, qu'une injonction d'éloignement a été prise à son encontre. Par ailleurs, il n'établit pas contribuer à l'entretien et à l'éducation de ses deux enfants mineurs. Enfin, il résulte de ce qui a été dit au point 7 du présent jugement que la présence de M. C constitue une menace pour l'ordre public. Dans ces conditions, les décisions par lesquelles le préfet de Meurthe-et-Moselle a refusé de renouveler le titre de séjour de M. C et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours ne portent pas une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale de l'intéressé et ne méconnaissent pas les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
10. En dernier lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () 5° L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France, à condition qu'il établisse contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans ; () ".
11. En se bornant à produire des tickets de caisse, au demeurant postérieurs à la décision attaquée, M. C n'établit pas contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de ses deux enfants français. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que la décision l'obligeant à quitter le territoire français serait entachée d'une erreur de fait doit être écarté.
12. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de statuer sur la recevabilité de la requête, que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 2 novembre 2021 par lequel le préfet de Meurthe-et-Moselle a rejeté sa demande de renouvellement de son titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
13. Le présent jugement, qui rejette les conclusions tendant à l'annulation de l'arrêté attaqué, n'implique aucune mesure particulière d'exécution. Par suite, les conclusions susvisées ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les frais d'instance :
14. Les dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que demande le requérant au titre des frais exposés non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E C et au préfet de Meurthe-et-Moselle.
Copie en sera adressée, pour information, au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience publique du 5 juillet 2022 à laquelle siégeaient :
M. Di Candia, président,
M. Denizot, premier conseiller,
Mme Fabas, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 août 2022.
La rapporteure,
L. BLe président,
O. Di Candia
Le greffier,
P. Lepage
La République mande et ordonne au préfet de Meurthe-et-Moselle en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
No 2201095
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