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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2201111

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2201111

jeudi 3 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2201111
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationChambre 1
Avocat requérantMARTIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 10 avril 2022, M. A B, représenté par Me Martin, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 19 novembre 2021 par laquelle le préfet de Meurthe-et-Moselle a classé sans suite sa demande de titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet de Meurthe-et-Moselle de réexaminer sa situation administrative dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir après lui avoir délivré sous un délai de huit jours une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros au bénéfice de son conseil en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, Me Martin renonçant alors à l'indemnisation prévue par la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que la décision de classement sans suite est entachée d'une erreur d'appréciation et de fait.

Par un mémoire en défense enregistré le 27 septembre 2022, le préfet de Meurthe-et-Moselle conclut au rejet des conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir qu'il a abrogé la décision contestée le 7 juin 2022.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Nancy en date du 3 février 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme C a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant géorgien né le 27 août 1976, est entré en France en août 2019. Sa demande d'asile a été rejetée par des décisions de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) du 25 novembre 2019 et de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) du 10 mars 2020. Sa demande de réexamen a été rejetée par une décision du 24 novembre 2021 de l'OFPRA. M. B a sollicité la délivrance d'un titre de séjour le 23 juin 2021 en se prévalant de son état de santé. Le 26 juillet 2021, un courriel émanant de la préfecture de Meurthe-et-Moselle indiquait au requérant que son dossier était complet. Toutefois, le préfet de Meurthe-et-Moselle, par une décision du 19 novembre 2021, a classé sa demande sans suite, décision qu'il a réitérée le même jour après réexamen de la situation de M. B, au motif que le dossier, auquel il manquait un justificatif de domicile, était incomplet. Par la requête susvisée, M. B demande l'annulation de cette dernière décision.

2. Aux termes de l'article R. 431-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui demande la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour présente à l'appui de sa demande : / 1° Les documents justifiants de son état civil ; / 2° Les documents justifiants de sa nationalité ; / () La délivrance du premier récépissé et l'intervention de la décision relative au titre de séjour sollicité sont subordonnées à la production de ces documents ". Aux termes de l'article R. 431-11 du même code : " L'étranger qui sollicite la délivrance d'un titre de séjour présente à l'appui de sa demande les pièces justificatives dont la liste est fixée par arrêté annexé au présent code ".

3. En dehors du cas d'une demande à caractère abusif ou dilatoire, l'autorité administrative chargée d'instruire une demande de délivrance ou de renouvellement de titre de séjour ne peut refuser de l'enregistrer, et de délivrer le récépissé y afférent, que si le dossier présenté à l'appui de cette demande est incomplet. En revanche, le refus d'enregistrer une telle demande au soutien de laquelle est présenté un dossier incomplet ne constitue une décision susceptible d'être déférée au juge de l'excès de pouvoir que si le requérant apporte la preuve du caractère complet du dossier déposé auprès des services préfectoraux.

4. Le préfet ne conteste pas qu'à la suite de la demande du service instructeur de la préfecture de Meurthe-et-Moselle, M. B a fourni le 24 juin 2021, lendemain du dépôt de sa demande de titre de séjour sur la plateforme dématérialisée " demarches-simplifiees.fr ", un justificatif de domicile. Il ne ressort pas des pièces du dossier et il n'est pas soutenu par le préfet de Meurthe-et-Moselle qu'il manquerait d'autres pièces au dossier de demande de titre de séjour sollicité par M. B. Dans ces conditions, le préfet de Meurthe-et-Moselle était tenu d'enregistrer la demande de titre de séjour de M. B. Ce dernier est donc fondé, pour ce seul motif, à demander l'annulation de la décision du 19 novembre 2021 par laquelle le préfet de Meurthe-et-Moselle a classé sa demande sans suite.

5. Il résulte de l'instruction que M. B a présenté une nouvelle demande de titre de séjour enregistrée le 17 mars 2022 qui, selon les écritures du préfet, est en cours d'instruction. Dans ces conditions, il n'y a pas lieu d'enjoindre au préfet de Meurthe-et-Moselle de réexaminer la situation de M. B.

6. M. B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Martin, avocate de M. B, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'État le versement à M. B de la somme de 1 000 euros.

D E C I D E :

Article 1er :La décision du 19 novembre 2021 par laquelle le préfet de Meurthe-et-Moselle a procédé au classement sans suite de la demande de titre de séjour de M. B est annulée.

Article 2 : L'État versera la somme de 1 000 (mille) euros à Me Martin, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve que Me Martin renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, au préfet de Meurthe-et-Moselle et à Me Martin.

Copie en sera adressée, pour information, au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience publique du 4 octobre 2022 à laquelle siégeaient :

M. Coudert, président,

Mme Grandjean, première conseillère,

M. Gottlieb, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 novembre 2022.

La rapporteure,

G. C Le président,

B. Coudert

La greffière,

I. Varlet

La République mande et ordonne au préfet de Meurthe-et-Moselle en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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