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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2201154

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2201154

mardi 30 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2201154
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationChambre 1
Avocat requérantSCP JOFFROY - LITAIZE - LIPP

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés les 14 avril 2022, 31 octobre 2023 et 12 janvier 2024, Mme D A, représentée par Me Coissard, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions par lesquelles le maire de la commune d'Hussigny-Godbrange a refusé de prononcer la caducité du permis de construire délivré le 12 décembre 2018 à M. C en vue de construire une maison d'habitation sur deux parcelles cadastrées section AC n° 327 et n° 446 ;

2°) de mettre à la charge de la commune d'Hussigny-Godbrange une somme de 3 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- sa requête est recevable ;

- en l'absence de travaux substantiels entrepris dans les trois années suivant la délivrance du permis de construire le 12 décembre 2018, celui-ci est caduc.

Par un mémoire en défense enregistré le 28 septembre 2023, la commune d'Hussigny-Godbrange, représentée par Me Joffroy, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 2 000 euros soit mise à la charge de Mme A en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient :

- à titre principal, que la requête est irrecevable faute d'intérêt à agir ;

- à titre subsidiaire, que les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.

Par un mémoire en défense enregistré le 16 novembre 2023, M. B C, représenté par Me Merll, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 1 500 euros soit mise à la charge de Mme A en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient :

- à titre principal, que la requête est irrecevable faute d'intérêt à agir ;

- à titre subsidiaire, que les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Grandjean, rapporteure,

- les conclusions de M. Gottlieb, rapporteur public,

- et les observations de Me Coissard, représentant Mme A.

Considérant ce qui suit :

1. M. C a obtenu le 12 décembre 2018 un permis de construire une maison d'habitation sur deux parcelles perpendiculaires cadastrées section AC n° 327 et n° 446 à Hussigny-Godbrange (Meurthe-et-Moselle). Par un courrier en date du 8 février 2022, Mme A, propriétaire de la parcelle cadastrée section AC n° 317 limitrophe de la parcelle n° 446, a demandé au maire de la commune d'Hussigny-Godbrange de constater la caducité de ce permis. Le maire de la commune, qui a répondu le 28 février 2022 à Mme A avoir réceptionné une déclaration d'ouverture de chantier à la date du 6 décembre 2021, doit être regardé comme ayant ainsi rejeté la demande de la requérante. Saisi à nouveau le 7 mars 2022 par Mme A, le maire de la commune lui a, par un courrier du 24 mars 2022, indiqué qu'il " ne lui sembl[ait] pas justifié de procéder à la caducité de ce permis ". Par la requête susvisée, Mme A demande l'annulation des décisions des 28 février et 24 mars 2022 opposées à ses demandes.

Sur la fin de non-recevoir opposée par la commune d'Hussigny-Godbrange et M. C :

2. Aux termes de l'article L. 600-1-2 du code de l'urbanisme : " Une personne autre que l'État, les collectivités territoriales ou leurs groupements ou une association n'est recevable à former un recours pour excès de pouvoir contre une décision relative à l'occupation ou à l'utilisation du sol régie par le présent code que si la construction, l'aménagement ou le projet autorisé sont de nature à affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance du bien qu'elle détient ou occupe régulièrement ou pour lequel elle bénéficie d'une promesse de vente, de bail, ou d'un contrat préliminaire mentionné à l'article L. 261-15 du code de la construction et de l'habitation ".

3. Il résulte de ces dispositions qu'il appartient, en particulier, à tout requérant qui saisit le juge administratif d'un recours pour excès de pouvoir tendant à l'annulation d'un permis de construire, de démolir ou d'aménager, de préciser l'atteinte qu'il invoque pour justifier d'un intérêt lui donnant qualité pour agir, en faisant état de tous éléments suffisamment précis et étayés de nature à établir que cette atteinte est susceptible d'affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance de son bien. Il appartient au défendeur, s'il entend contester l'intérêt à agir du requérant, d'apporter tous éléments de nature à établir que les atteintes alléguées sont dépourvues de réalité. Le juge de l'excès de pouvoir apprécie la recevabilité de la requête au vu des éléments ainsi versés au dossier par les parties, en écartant le cas échéant les allégations qu'il jugerait insuffisamment étayées mais sans pour autant exiger de l'auteur du recours qu'il apporte la preuve du caractère certain des atteintes qu'il invoque au soutien de la recevabilité de celui-ci.

4. D'une part, eu égard à sa situation particulière, le voisin immédiat justifie, en principe, d'un intérêt à agir lorsqu'il fait état devant le juge, qui statue au vu de l'ensemble des pièces du dossier, d'éléments relatifs à la nature, à l'importance ou à la localisation du projet de construction.

5. D'autre part, le propriétaire d'un terrain non construit est recevable, quand bien même il ne l'occuperait ni ne l'exploiterait, à former un recours pour excès de pouvoir contre un permis de construire, de démolir ou d'aménager si, au vu des éléments versés au dossier, il apparaît que la construction projetée est, eu égard à ses caractéristiques et à la configuration des lieux en cause, de nature à affecter directement les conditions de jouissance de son bien.

6. En l'espèce, Mme A, qui justifie être propriétaire de la parcelle cadastrée section AC n° 137, contigüe à la parcelle cadastrée section AC n° 446 sur toute la longueur de cette dernière, établit que la construction projetée par M. C sur la parcelle cadastrée section AC n° 327 et une partie de la parcelle cadastrée section AC n° 446 ferait obstacle à l'accès de sa parcelle par les véhicules agricoles utilisés lors des travaux de fauchage nécessaires à l'entretien de cette dernière. Dans ces conditions, alors même que les conditions d'occupation de son habitation elle-même ne sont pas affectées par la construction projetée par M. C et nonobstant la circonstance que des alternatives pourraient être trouvées pour permettre l'accès à la parcelle n° 137, la requérante fait ainsi état d'éléments relatifs à la nature, à l'importance et à la localisation du projet de construction suffisants pour que lui soit reconnu un intérêt pour agir contre la décision qu'elle conteste refusant de constater la caducité du permis de construire délivré à M. C.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

7. Aux termes de l'article R. 424-17 du code de l'urbanisme : : " le permis de construire () est périmé si les travaux ne sont pas entrepris dans le délai de trois ans à compter de la notification mentionnée à l'article R. 424-10 ou de la date à laquelle la décision tacite est intervenue. / Il en est de même si, passé ce délai, les travaux sont interrompus pendant un délai supérieur à une année ".

8. Il ressort des pièces du dossier que, par un arrêté du maire de la commune d'Hussigny-Godbrange du 12 décembre 2018, M. C s'est vu délivrer un permis de construire une maison individuelle d'habitation de 143 m² sur les parcelles cadastrées section AC nos 446 et 327. Des constats d'huissier ont été dressés les 4 décembre 2021 à la demande de M. C et le 25 janvier 2022 à la demande de Mme A. Pas plus la présence d'une remorque, de poubelles de chantier et de sacs de ciment, que les quelques travaux de terrassement constatés, la délimitation de la zone d'implantation par des piquets en bois et la pose de quelques briques d'agglomérés à la jonction entre les parcelles nos 446 et 327 réalisés sur la seule journée du 4 décembre 2021, soit seulement quelques jours avant l'intervention de la date de caducité du permis de construire, ne peuvent être regardés comme suffisamment importants pour faire obstacle à la péremption du permis de construire.

9. Il ne ressort pas des pièces du dossier que les conditions climatiques aient été de nature à faire obstacle à la poursuite du chantier au-delà de cette seule date du 4 décembre 2021. Par ailleurs, les circonstances tenant au retard pris par les entreprises pour répondre aux demandes de devis de M. C en raison de la crise sanitaire liée à l'épidémie de Covid 19 de 2020-2021 et l'augmentation du prix des matériaux après cette période ou les événements personnels qui l'ont touché en 2021, ne peuvent être utilement invoqués par le pétitionnaire pour expliquer l'absence de tout travaux depuis l'obtention du permis de construire le 12 décembre 2018 et s'opposer à la caducité de celui-ci.

10. Il résulte de ce qui précède que Mme A est fondée à demander l'annulation des décisions du maire de la commune d'Hussigny-Godbrange du 28 février 2022 et du 24 mars 2022 refusant de constater la caducité du permis de construire délivré à M. C le 12 décembre 2018.

Sur les frais de l'instance :

11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de Mme A, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, les sommes que la commune d'Hussigny-Godbrange et M. C demandent au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de la commune d'Hussigny-Godbrange une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par Mme A et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er :Les décisions du 28 février 2022 et du 24 mars 2022 du maire de la commune d'Hussigny-Godbrange sont annulées.

Article 2 : La commune d'Hussigny-Godbrange versera à Mme A une somme de 1 500 (mille cinq cents) euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme A est rejeté.

Article 4 : Les conclusions présentées par la commune d'Hussigny-Godbrange et M. C au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme D A, à la commune d'Hussigny-Godbrange et à M. B C.

Délibéré après l'audience du 2 avril 2024, à laquelle siégeaient :

M. Coudert, président,

Mme Grandjean, première conseillère,

Mme Jouguet, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 avril 2024.

La rapporteure,

G. Grandjean Le président,

B. Coudert

La greffière,

A. Mathieu

La République mande et ordonne à la préfète de Meurthe-et-Moselle en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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