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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2201182

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2201182

mardi 30 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2201182
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationChambre 2
Avocat requérantSCP BOUVIER - JAQUET - ROYER - PEREIRA-BARBOSA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. Par une requête et des mémoire enregistrés les 3 et 13 février et 9 octobre 2022 sous le n° 2200328, M. B C, représenté par Me Pereira, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision implicite par laquelle le préfet de Meurthe-et-Moselle lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour ;

2°) d'annuler l'arrêté du 1er mars 2022 par lequel le préfet a rejeté sa demande de délivrance d'un titre de séjour ;

3°) d'enjoindre au préfet de Meurthe-et-Moselle de lui délivrer un titre de séjour ou une autorisation provisoire de séjour ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Le requérant soutient que :

En ce qui concerne la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour et obligation de quitter le territoire français :

- la décision est entachée d'incompétence de l'auteur de l'acte ;

- la décision est insuffisamment motivée ;

- le préfet n'a pas procédé à un examen sérieux de sa situation personnelle ;

- la décision est entachée d'un vice de procédure dès lors que le préfet n'a pas saisi la commission du titre de séjour ;

- le préfet a méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation en lui refusant la délivrance d'un titre de séjour ;

En ce qui concerne la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :

- la décision est entachée d'incompétence de l'auteur de l'acte ;

- la décision est insuffisamment motivée ;

- le préfet n'a pas procédé à un examen sérieux de sa situation personnelle ;

- son droit d'être entendu a été méconnu ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- la décision est entachée d'incompétence de l'auteur de l'acte ;

- la décision est insuffisamment motivée ;

- son droit d'être entendu a été méconnu.

Par des mémoires en défense enregistrés les 17 août et 13 octobre 2022, le préfet de Meurthe-et-Moselle conclut au rejet de la requête. Il soutient qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

M. C été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 1er juillet 2022.

Par une ordonnance du 16 mars 2023 la clôture de l'instruction a été fixée au 17 avril 2023.

II. Par une requête enregistrée le 19 avril 2022 sous le n° 2201182, et un mémoire enregistré le 9 octobre 2022, M. B C, représenté par Me Pereira, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 1er mars 2022 par lequel le préfet a rejeté sa demande de délivrance d'un titre de séjour et l'a obligé de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de Meurthe-et-Moselle de lui délivrer un titre de séjour ou une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Le requérant soutient que :

En ce qui concerne la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour et obligation de quitter le territoire français :

- la décision est entachée d'incompétence de l'auteur de l'acte ;

- la décision est insuffisamment motivée ;

- le préfet n'a pas procédé à un examen sérieux de sa situation personnelle ;

- la décision est entachée d'un vice de procédure dès lors que le préfet n'a pas saisi la commission du titre de séjour ;

- le préfet a méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation en lui refusant la délivrance d'un titre de séjour ;

- le préfet a méconnu les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

En ce qui concerne la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :

- la décision est entachée d'incompétence de l'auteur de l'acte ;

- la décision est insuffisamment motivée ;

- le préfet n'a pas procédé à un examen sérieux de sa situation personnelle ;

- son droit d'être entendu a été méconnu ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- la décision est entachée d'incompétence de l'auteur de l'acte ;

- la décision est insuffisamment motivée ;

- son droit d'être entendu a été méconnu ;

Par des mémoires en défense enregistrés les 17 août et 13 octobre 2022, le préfet de Meurthe-et-Moselle conclut au rejet de la requête. Il soutient qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

M. C été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 1er juillet 2022.

Par une ordonnance du 16 mars 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 17 avril 2022.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Marini a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, né le 9 mars 1977, ressortissant camerounais, a déclaré être entré régulièrement en France le 7 octobre 2001 pour y poursuivre des études. Il a obtenu la délivrance d'un titre de séjour étudiant renouvelé jusqu'en 2009. Par un courrier réceptionné le 4 août 2021, M. C a sollicité la délivrance d'un titre de séjour au motif de sa vie privée et familiale. L'absence de réponse du préfet a fait naître une décision implicite de rejet dont le requérant demande l'annulation. Par un arrêté du 1er mars 2022, dont le requérant demande également l'annulation, le préfet de Meurthe-et-Moselle a refusé la délivrance d'un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

2. Les requêtes n° 2200328 et 2201182 concernent la situation d'un même requérant et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour y statuer par un jugement commun.

Sur l'étendue du litige :

3. Par un courrier reçu par les services de la préfecture le 4 août 2021, M. C a sollicité, auprès du préfet de Meurthe-et-Moselle, la délivrance d'un titre de séjour en se prévalant d'éléments relatifs à sa vie privée et familiale. Par un arrêté du 1er mars 2022, le préfet a explicitement refusé de lui délivrer un titre de séjour sur ces fondements. Dès lors que cette décision s'est substituée à la décision implicite née de l'absence de réponse initiale à la demande de M. C, ses conclusions à fin d'annulation doivent être regardées comme dirigées exclusivement contre l'arrêté du 1er mars 2022 en tant qu'il porte refus de séjour.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les moyens communs à l'ensemble des décisions :

4. En premier lieu, par un arrêté n°21.BCI.41 du 8 septembre 2021, publié au recueil des actes administratifs de Meurthe-et-Moselle le 9 septembre 2021, le préfet de Meurthe-et-Moselle a donné délégation à M. Julien Le Goff, secrétaire général de la préfecture, à l'effet de signer les décisions relevant des attributions de l'Etat. Par suite, M. A, signataire de l'arrêté contesté, était autorisé à signer les décisions en litige. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté contesté doit donc être écarté.

5. En deuxième lieu, les décisions contestées comportent les considérations de droit et de fait qui les fondent. Ces décisions sont ainsi suffisamment motivées et le moyen tiré de l'insuffisance de la motivation doit être écarté.

6. En troisième lieu, il résulte de la jurisprudence de la Cour de Justice que le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union. Il appartient aux Etats membres, dans le cadre de leur autonomie procédurale, de déterminer les conditions dans lesquelles le respect de ce droit est assuré. Ce droit se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts. Il ne saurait cependant être interprété en ce sens que l'autorité nationale est tenue, dans tous les cas, d'entendre l'intéressé lorsque celui-ci a déjà eu la possibilité de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur la décision en cause.

7. Lorsqu'il sollicite la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour, l'étranger, à l'occasion du dépôt de sa demande, est conduit à préciser à l'administration les motifs pour lesquels il demande que lui soit délivré un titre de séjour et à produire tous éléments susceptibles de venir au soutien de cette demande. Il lui appartient, lors du dépôt de cette demande, d'apporter à l'administration toutes les précisions qu'il juge utiles. Il lui est loisible, au cours de l'instruction de sa demande, de faire valoir auprès de l'administration toute observation complémentaire utile, au besoin en faisant état d'éléments nouveaux.

8. Au cas d'espèce, M. C soutient que son droit d'être entendu a été méconnu. Toutefois, il ne fait état d'aucun élément particulier qu'il aurait été empêché de faire valoir auprès de l'administration et qui aurait été jugé utile à la compréhension de sa situation. Ainsi, il ne ressort pas des pièces des dossiers que l'intéressé aurait pu se prévaloir de faits qui auraient conduit le préfet de Meurthe-et-Moselle à prendre des décisions différentes. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du droit d'être entendu, tel que garanti par l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, ne peut qu'être écarté.

9. En quatrième lieu, il ne ressort pas des termes de la décision contestée que le préfet n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de M. C.

En ce qui concerne les autres moyens :

10. En premier lieu, aux termes de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa version applicable au litige : " Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative :1° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer ou de renouveler la carte de séjour temporaire prévue aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-13, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21, L. 423-22, L. 423-23, L. 425-9 ou L. 426-5 à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance ; () ".

11. M. C soutient qu'il réside régulièrement en France depuis plus de dix ans et que le préfet ne pouvait lui refuser la délivrance d'un titre de séjour sans avoir au préalable saisi la commission du titre de séjour. Il ressort des pièces du dossier que le requérant a poursuivi des études et séjourné régulièrement en France jusqu'en 2009. Depuis cette date, il ne produit aucun élément attestant d'une adresse personnelle en France ou qu'il est hébergé de même qu'aucun élément justifiant d'une résidence régulière en France. S'il produit de nombreux échanges concernant les sociétés qu'il a créées, ces derniers, qui ne concernent que des échanges épistolaires ou électroniques, ne sont pas de nature à démontrer sa présence en France. Par suite, le moyen tiré du vice de procédure en l'absence de saisine de la commission du titre de séjour doit être écarté.

12. En deuxième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1°) Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ".

13. M. C se prévaut de sa durée de présence en France, de son insertion professionnelle ainsi que de la présence de membres de sa famille. S'il ressort des pièces des dossiers que M. C a séjourné régulièrement en France de 2001 à 2009 en qualité d'étudiant, il n'est pas établi, ainsi qu'il a été dit précédemment, qu'il séjourne régulièrement en France depuis cette date. Le requérant a créé une société de veille et d'intelligence économique dont le siège social est en France ainsi qu'une société produisant des spectacles vivants. Toutefois, l'ensemble des éléments produits qui concernent pour l'essentiel des demandes de subventions qui ont été refusées, des demandes de grille tarifaire pour des locations de salle, des devis pour des animations ou concert ne permettent pas d'établir la réalité de l'activité des entreprises créées par le requérant. Par ailleurs, la seule présence de la sœur de M. C et de ses enfants en France n'est pas de nature à lui conférer un droit au séjour. Enfin, le requérant est célibataire et sans enfant et n'établit ni même n'allègue être dépourvu de tout lien familial dans son pays d'origine. Dans ces conditions, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'en refusant de délivrer un titre de séjour à M. C et lui faisant obligation de quitter le territoire français, le préfet aurait méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de cette décision sur sa situation personnelle ne peut qu'être écarté.

14. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 () ". Pour les mêmes motifs qu'exposés précédemment, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de Meurthe-et-Moselle aurait entaché sa décision d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation en refusant d'admettre, à titre exceptionnel, l'intéressé au séjour.

15. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation des requêtes doivent être rejetées ainsi que par voie de conséquence les conclusions à fin d'injonction et les conclusions présentées sur le fondement des dispositions de l'article 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : Les requêtes de M. C sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C, à Me Pereira et au préfet de Meurthe-et-Moselle.

Délibéré après l'audience du 4 mai 2023, à laquelle siégeaient :

M Marti, président,

M. Durand, premier conseiller,

Mme Marini, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 mai 2023.

La rapporteure,

C. Marini

Le président,

D. Marti

Le greffier,

F. Richard

La République mande et ordonne au préfet de Meurthe-et-Moselle en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N° 2200328 et 2201182

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