jeudi 17 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nancy |
| Section | Tribunal Administratif de Nancy |
| N° Dossier | TA54-2201188 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Chambre 3 |
| Avocat requérant | AARPI GARTNER & ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 20 avril 2022 et un mémoire enregistré le 5 juillet 2023, Mme B C, représentée par Me Hamm, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 23 mars 2022 par laquelle le président du conseil départemental de la Meuse a prononcé à son encontre la sanction disciplinaire de révocation à compter du 7 avril 2022 ;
2°) d'enjoindre au département de la Meuse de la réintégrer et de reconstituer sa carrière en régularisant sa situation financière, juridique et sociale dans un délai de deux mois à compter du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge du département de la Meuse le versement d'une somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision litigieuse est dépourvue de signature en méconnaissance de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration et est entachée d'incompétence ;
- elle est insuffisamment motivée en fait en méconnaissance de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration, à défaut de préciser la date et le contexte de chacun des reproches formulés et de lui permettre de déterminer les griefs retenus à son encontre qui fondent la sanction ;
- elle est entachée d'erreurs de fait, dès lors que le caractère fautif des griefs tirés de l'organisation d'une visite factice au détriment de Mme A et de l'absence de saisine immédiate de la cellule de recueil des informations préoccupantes après avoir eu connaissance de faits d'agression sexuelle d'une fillette de sept ans, commis par le père de cette enfant, n'est pas établi ; s'agissant de son prétendu défaut d'obéissance au pouvoir hiérarchique, elle est dans l'incapacité matérielle de se défendre en l'absence de toute précision sur les dates des faits reprochés et leur contexte ; elle a en tout état de cause toujours respecté sa hiérarchie et a toujours effectué les tâches qui lui ont été demandées ; il ne peut lui être reproché d'avoir voulu être rémunérée des prestations supplémentaires qu'elle a réalisées alors qu'elles ne faisaient pas partie de ses missions ; les échanges compliqués qu'elle peut avoir avec la nouvelle conseillère territoriale ne lui sont pas imputables, mais résultent du contexte dans lequel cette nouvelle conseillère est arrivée dans le service, ainsi que d'un manque de formation et de la charge de travail qui lui est imposée ;
- la sanction est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, dès lors qu'elle n'a pas d'antécédent disciplinaire, que le contexte des faits reprochés était particulièrement difficile, qu'elle s'est toujours investie dans son travail, qu'elle a été confrontée à un manque de moyens mis à sa disposition et à une surcharge de travail, ainsi qu'à un manque de soutien de la part de sa hiérarchie durant la pandémie et à un défaut de formation ; le conseil de discipline a au demeurant émis un avis favorable à une sanction du deuxième groupe d'exclusion temporaire de fonctions d'une durée de huit jours.
Par un mémoire en défense enregistré le 16 août 2022, le département de la Meuse, représenté par Me Jeandon, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 1 500 euros soit mise à la charge de la requérante sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il fait valoir que les moyens invoqués ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code général de la fonction publique ;
- le code de justice administrative ;
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Samson-Dye, présidente,
- les conclusions de Mme Cabecas, rapporteure publique,
- et les observations de Me Hamm, pour Mme C.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B C a été titularisée au département de la Meuse, le 1er juin 1998, en qualité d'assistante éducative. Alors qu'elle exerçait des fonctions de référente de l'aide sociale à l'enfance (ASE) au sein de la maison de la solidarité de Verdun Couten, elle a fait l'objet d'une suspension temporaire décidée le 2 décembre 2021. Par une décision du 23 mars 2022, le président du conseil départemental de la Meuse lui a infligé la sanction de révocation. Mme C demande l'annulation de cette dernière décision.
Sur la légalité de la sanction :
2. La mesure disciplinaire infligée à Mme C est justifiée par plusieurs faits, dont la requérante conteste la matérialité. Elle peut également être regardée comme contestant la qualification de faute disciplinaire.
3. La décision du 23 mars 2022 retient que la requérante a organisé, de sa propre initiative, une " fausse visite " d'une mère avec ses enfants placés, avec l'objectif de blesser cette femme. Il ressort des pièces du dossier, et en particulier du rapport de situation rédigé par Mme C et daté du 29 novembre 2021, concernant les trois enfants membres de la fratrie, sur lesquels le juge des enfants avait accordé à la mère un droit de visite deux fois par mois en présence d'un tiers, que la requérante a fait venir la mère à une visite, alors que ses enfants n'étaient pas là, afin de lui " faire mesurer la souffrance de ses enfants ", ressentie lors des précédentes visites auxquelles elle ne s'était pas présentée. Si Mme C indique qu'il s'agissait en réalité de profiter de cette visite pour avoir un entretien avec cette mère toxicomane, avec laquelle il était impossible d'avoir un contact, cette version n'est corroborée par aucun document probant, alors que l'intention de blesser moralement cette femme ressort au contraire du rapport. Le recours à un tel procédé, pour de tels motifs, constitue un manquement aux principes régissant l'action sociale. Il constitue, dans ces conditions, une faute de nature à justifier une sanction. En outre, si la suppression de la visite en question, pour un remplacement par un entretien avec Mme C, est expressément mentionnée dans un document portant sur l'autorisation du droit de visite, et signé par la coordinatrice territoriale enfance famille de l'établissement, le 9 novembre 2021, il n'est pas démontré que Mme C aurait informé sa hiérarchie du motif de cette suppression. C'est donc à juste titre que son employeur a pu lui reprocher d'avoir agi sans validation de sa hiérarchie, ce qui constitue également un manquement.
4. La décision attaquée mentionne ensuite un retard dans le cadre d'un signalement d'accusations d'agression sexuelle formulées par une enfant placée. Il ressort des pièces du dossier qu'alors qu'une enfant de 7 ans l'a avisée, le 25 août 2021, qu'elle aurait été victime d'agressions sexuelles commises par son père, Mme C n'a saisi la cellule de recueil des informations préoccupantes qu'au cours du mois d'octobre, après avoir choisi d'évoquer ce cas avec la psychologue du service au mois de septembre, lors d'une réunion de synthèse. Le délai dans lequel est intervenu ce signalement constitue une faute professionnelle justifiant le prononcé d'une sanction, dès lors qu'il appartenait à Mme C, agent de catégorie A en poste depuis de nombreuses années, de procéder rapidement à la saisine de cette cellule pour l'informer de tels faits, en vue de la saisine du procureur sur le fondement de l'article 40 du code de procédure pénale. Il en va ainsi, alors même que cette pratique n'aurait pas été explicitée dans un document de procédure interne au département et quand bien même l'enfant ayant effectué ces dénonciations n'était pas exposée, elle-même, à un danger immédiat de réitération des faits, en raison de son placement.
5. L'acte infligeant la sanction évoque enfin, de manière générale, l'attitude de l'intéressée vis-à-vis de sa hiérarchie, avec une approche d'opposition et de discussion systématique des conseils et des consignes. Toutefois, ces griefs ne sont pas exposés de manière suffisamment précise et détaillée dans cet acte et les documents les exposant avec davantage de précisions n'étaient en toute hypothèse pas joints à la décision du 23 mars 2022. Dans de telles circonstances, et compte tenu de l'exigence de motivation des sanctions infligées aux agents publics, dont se prévaut la requérante, et figurant à l'article L. 532-5 du code général de la fonction publique, ces griefs ne pouvaient légalement être pris en considération pour fonder la sanction contestée.
6. Il ressort de ce qui précède que Mme C n'est pas fondée à soutenir que les faits retenus sont matériellement inexacts, dans leur intégralité, ou qu'aucun de ces faits ne pouvait être qualifié de faute disciplinaire. Cependant, il ressort des pièces du dossier qu'elle n'avait jamais fait l'objet de sanction disciplinaire avant la mesure litigieuse. Dans les circonstances de l'espèce, et eu égard notamment à la charge de travail au sein du service dans lequel elle exerçait, ainsi qu'aux difficultés personnelles et relationnelles éprouvées par l'intéressée dans le contexte de sa reprise du travail au cours de la pandémie de la Covid 19, la sanction retenue, à savoir la révocation, est disproportionnée par rapport aux fautes mentionnées aux points 3 et 4, qui ne justifiaient pas une révocation. Mme C est fondée à demander, pour ce motif, l'annulation de la décision du président du conseil départemental de la Meuse du 23 mars 2022, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de sa requête.
Sur les conclusions aux fins d'injonction :
7. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution ". L'annulation d'une décision prononçant la révocation d'un agent implique nécessairement la réintégration de l'intéressé à la date de son éviction.
8. L'annulation de la sanction de révocation, en raison de sa disproportion, implique nécessairement que Mme C soit réintégrée et qu'il soit procédé à la reconstitution de sa carrière. Toutefois, il est constant que Mme C a d'ores et déjà bénéficié d'une mesure de réintégration. Il y a donc seulement lieu d'enjoindre au département de la Meuse de procéder à la reconstitution de sa carrière, dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Sur les frais liés au litige :
9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à ce titre à la charge de Mme C, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante. Il y a en revanche lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du département de la Meuse le versement de la somme de 1 500 euros au titre de ces dispositions.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du 23 mars 2022 par laquelle le président du conseil départemental de la Meuse a prononcé la sanction disciplinaire de révocation à l'encontre de Mme C est annulée.
Article 2 : Il est enjoint au département de la Meuse de procéder à la reconstitution de la carrière de Mme C, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : Le département de la Meuse versera à Mme C la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C et au département de la Meuse.
Délibéré après l'audience du 26 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
- Mme Samson-Dye, présidente,
- M. Bastian, conseiller,
- Mme Philis, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 octobre 2024.
La présidente-rapporteur
A. Samson-Dye
L'assesseur le plus ancien
P. Bastian
Le greffier
P. Lepage
La République mande et ordonne au préfet de la Meuse en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026