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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2201195

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2201195

vendredi 13 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2201195
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 20 avril 2022 et des mémoires complémentaires enregistrés les 25 mars, 9 et 29 octobre 2023, M. A B demande au tribunal :

1°) d'enjoindre au maire de la commune de Nancy de lui communiquer une copie numérique de la version non expurgée du rapport de restauration de l'horloge de Bernard Joyeux par l'atelier Chronos ;

2°) d'enjoindre au directeur du Musée Lorrain de lui communiquer, sous forme numérique, les photographies des mécanismes de l'horloge de Bernard Joyeux et notamment celles reçues du restaurateur, qui font implicitement partie du dossier documentaire réalisé à l'occasion de la restauration.

Il soutient que :

- c'est à tort que la commission d'accès aux documents administratifs (CADA) a estimé dans son avis du 10 mars 2022 que les occultations auxquelles la commune avait procédées dans le rapport de restauration de la partie horlogère étaient légitimes ;

- la commission n'a pas les connaissances techniques et scientifiques pour décider ce qui est occultable, notamment ce qui relève du secret des affaires ;

- les occultations ne peuvent concerner que ce qui représente un avantage commercial pour l'entreprise ; il faut que les risques pour les intérêts commerciaux des entreprises soient prouvés ; en l'espèce, on ne trouvera pas grand chose d'occultable dans le rapport de restauration de l'atelier Chronos ;

- ainsi que la commune le demande dans ses écritures, il renonce à sa demande de communication de photographies dans le cadre de cette instance et saisira directement la commune de cette demande.

Par un mémoire en défense enregistré le 3 octobre 2023, la commune de Nancy conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que :

- les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés ;

- les conclusions tendant à la communication de photographies sont irrecevables.

Par un mémoire en défense enregistré le 17 octobre 2023, le Musée Lorrain indique qu'il s'en remet aux écritures de la commune de Nancy.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Coudert, vice-président, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les présidents de formation de jugement des tribunaux () peuvent, par ordonnance : / 1° Donner acte des désistements ; / () 4° Rejeter les requêtes manifestement irrecevables, lorsque la juridiction n'est pas tenue d'inviter leur auteur à les régulariser ou qu'elles n'ont pas été régularisées à l'expiration du délai imparti par une demande en ce sens ; / () ".

Sur les conclusions relatives à la communication de photographies des mécanismes de l'horloge de Bernard Joyeux :

2. Si, dans son mémoire du 25 mars 2023, M. B a demandé qu'il soit enjoint au directeur du Musée Lorrain de lui communiquer les photographies des mécanismes de l'horloge de Bernard Joyeux, il doit être regardé, eu égard aux termes de son mémoire du 9 octobre 2023, comme s'étant désisté de ces conclusions. Ce désistement étant pur et simple, rien ne s'oppose à ce qu'il en soit donné acte.

Sur les conclusions relatives à la communication d'une version non expurgée du rapport de restauration de l'horloge de Bernard Joyeux :

3. En vertu des dispositions des articles R. 311-12 et R. 311-13 du code des relations entre le public et l'administration, le silence gardé par l'administration dans le délai d'un mois à compter de la réception d'une demande de communication de documents administratifs vaut décision de refus. L'article L. 342-1 du même code subordonne la recevabilité du recours contentieux à la saisine pour avis de la CADA. Selon les dispositions des articles R. 343-4 et R. 343-5 du même code, le silence gardé par l'administration pendant un délai de deux mois à compter de l'enregistrement de la saisine de la CADA fait naître une décision implicite de confirmation de refus. Il en résulte que lorsque l'administration, saisie d'une demande de communication de documents administratifs, oppose un refus au demandeur postérieurement à la saisine de la CADA, cette décision doit être regardée comme la confirmation du refus de communication, susceptible de faire l'objet d'un recours pour excès de pouvoir, qui fait obstacle à la naissance d'une décision implicite à l'expiration du délai de deux mois mentionné à l'article R. 343-5.

4. Il résulte des dispositions des articles L. 112-3, L. 112-6, L. 412-3, R. 311-12, R. 311-13, R. 311-15, et R. 343-3 à R. 343-5 du code des relations entre le public et l'administration, et de celles des articles R. 421-1 et R. 421-5 du code de justice administrative que le demandeur dispose d'un délai de deux mois à compter de la notification de la confirmation du refus de communication de documents administratifs qu'il a sollicités pour en demander l'annulation au tribunal administratif compétent, sous réserve qu'il ait été informé tant de l'existence du recours administratif préalable obligatoire devant la CADA et des délais dans lesquels ce recours peut être exercé que des voies et délais de recours contentieux contre cette confirmation. En l'absence de cette information, le demandeur peut demander l'annulation pour excès de pouvoir de cette décision dans un délai raisonnable à compter de la date à laquelle il en a eu connaissance. Sauf circonstance particulière, que ne constitue pas la notification de l'avis de la CADA, ce délai ne saurait excéder un an.

5. Il ressort des pièces du dossier que M. B a saisi le 27 août 2019 la commission d'accès aux documents administratifs à la suite du refus opposé par la commune de Nancy à sa demande de copie du rapport de restauration de l'horloge Bernard Joyeux conservée au Musée Lorrain. Le 23 avril 2020, la commission a émis un avis favorable à la communication de ce rapport de restauration, sous réserve de la protection du secret des procédés. Par courrier du 28 juillet 2020, la commune de Nancy a transmis à M. B une copie du rapport de restauration de l'horloge astronomique. Le rapport ainsi transmis comportant de nombreuses occultations, M. B a saisi de nouveau la commission d'accès aux documents administratifs le 19 janvier 2022. Cette dernière a estimé, par son avis du 10 mars 2022, que cette saisine, qui devait être regardée comme une demande de révision d'avis, était irrecevable. Par la présente requête, M. B demande au tribunal d'enjoindre au maire de la commune de Nancy de lui communiquer une copie numérique de la version non expurgée du rapport de restauration de l'horloge de Bernard Joyeux par l'atelier Chronos.

6. Il résulte des principes énoncés aux points 3 et 4, qu'il appartenait à M. B, à la suite de la transmission du rapport de restauration effectuée le 28 juillet 2020 par la commune de Nancy, de saisir le tribunal administratif d'un recours pour excès de pouvoir aux fins de contestation de la décision de transmission d'une version occultée dudit rapport. Si la commune n'a pas produit en défense l'accusé de réception du pli contenant ce rapport de restauration, il ressort des pièces du dossier, et notamment des écritures mêmes du requérant, que ce rapport lui a été transmis au cours de l'année 2020. En l'absence de mention des voies et délais de recours, il incombait à M. B de saisir le tribunal dans un délai raisonnable qui, en l'espèce et en l'absence de circonstance particulière, ne pouvait excéder un an, la nouvelle saisine de la commission d'accès aux documents administratifs étant sans incidence sur le point de départ et le cours de ce délai de recours. Il suit de là que la requête de M. B, enregistrée au greffe du tribunal le 20 avril 2022, est tardive.

7. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. B est entachée d'une irrecevabilité manifeste et peut être rejetée en application des dispositions du 4° de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : Il est donné acte du désistement des conclusions de M. B tendant à ce qu'il soit enjoint au directeur du Musée Lorrain de lui communiquer les photographies des mécanismes de l'horloge de Bernard Joyeux.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B, à la commune de Nancy et au Musée Lorrain.

Fait à Nancy, le 13 décembre 2024.

Le magistrat désigné,

B. Coudert

La République mande et ordonne à la préfète de Meurthe-et-Moselle en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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