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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2201219

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2201219

mardi 20 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2201219
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationChambre 1
Avocat requérantJEANNOT

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I - Par une requête et un mémoire enregistrés le 23 avril 2022 et les 3 juin et 8 juin 2022 sous le n° 2201217, M. A D, représenté par Me Jeannot, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 14 février 2022 par lequel le préfet de Meurthe-et-Moselle a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit ;

2°) d'enjoindre au préfet de Meurthe-et-Moselle de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, à titre subsidiaire de réexaminer sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai d'un mois à compter de la décision à intervenir valable pendant l'instruction de son dossier ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 800 euros au bénéfice de son conseil, qui s'engage dans cette hypothèse à renoncer à percevoir la part contributive de l'État, en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 75 et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, ainsi que les entiers dépens de l'instance.

Il soutient que :

- le signataire de l'arrêté est incompétent ;

En ce qui concerne la décision de refus de séjour :

- la décision est insuffisamment motivée en méconnaissance des dispositions de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ;

- la décision est entachée d'un vice de procédure, d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : il a fourni un dossier médical complet à l'appui de sa demande de renouvellement de titre de séjour, son état de santé nécessite une prise en charge dont le défaut devrait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité sans qu'il puisse bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine ainsi que le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration l'a indiqué dans son avis du 5 juin 2020 ; la durée de six mois de l'autorisation provisoire de séjour accordée le 29 octobre 2020 est illégale ;

- la décision est entachée d'une erreur de fait, d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que le préfet n'a pas examiné son droit au séjour à ce titre sur le terrain de la vie privée et familiale et qu'il a fait valoir les considérations humanitaires qui justifient la délivrance d'un titre de séjour ;

- la décision a été prise en méconnaissance des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision a été prise en méconnaissance des stipulations de la convention internationale des droits de l'enfant et sa situation n'a pas été examinée sur ce fondement ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- l'annulation de cette décision s'impose comme étant la conséquence de l'annulation de la décision de refus de séjour ;

- la décision a été prise en méconnaissance des dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision est contraire aux stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et emporte des conséquences manifestement excessives sur sa situation et celle de sa famille ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- l'annulation de cette décision s'impose comme étant la conséquence de l'annulation des décisions de refus de séjour et d'obligation de quitter le territoire français ;

- la décision est insuffisamment motivée en fait ;

- le préfet n'a pas examiné les risques qu'il encourt en cas de retour dans son pays d'origine ;

- la décision est contraire aux stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision a été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense, enregistré les 31 mai et 20 juin 2022, le préfet de Meurthe-et-Moselle conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. D ne sont pas fondés.

M. D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Nancy en date du 25 mars 2022.

II - Par une requête et un mémoire enregistrés le 23 avril 2022 et le 3 juin 2022 sous le n° 2201219, Mme C D, représentée par Me Jeannot, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 14 février 2022 par lequel le préfet de Meurthe-et-Moselle a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle est susceptible d'être reconduite ;

2°) d'enjoindre au préfet de Meurthe-et-Moselle de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, à titre subsidiaire de réexaminer sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai d'un mois à compter de la décision à intervenir valable pendant l'instruction de son dossier ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 800 euros au bénéfice de son conseil, qui s'engage dans cette hypothèse à renoncer à percevoir la part contributive de l'État, en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 75 et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, ainsi que les entiers dépens de l'instance.

Elle soutient que :

- le signataire de l'arrêté est incompétent ;

En ce qui concerne la décision de refus de séjour :

- l'avis médical rendu par le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) est irrégulier : il existe un doute sur l'identification des médecins en l'absence d'authentification de leur signature en méconnaissance des dispositions de l'article L. 213-3 du code des relations entre le public et l'administration ; la preuve de ce que les médecins de l'OFII ont été régulièrement désignés n'est pas apportée ; il appartient au défendeur de produire l'intégralité du dossier médical ayant servi de base à l'avis médical rendu le 17 juin 2020 afin que le tribunal vérifie la régularité de la procédure, et notamment que le médecin ayant rendu le rapport médical ayant servi de base à la délibération du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration n'a pas siégé au sein de ce collège ;

- le préfet a commis une erreur de droit en s'estimant à tort en situation de compétence liée par l'avis de l'OFII ; il n'a pas procédé à un examen de sa situation ;

- la décision méconnaît l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation eu égard à son état de santé qui ne peut être pris en charge dans son pays d'origine ;

- la décision est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que de celles de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, ce dernier fondement n'ayant pas été examiné par le préfet ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- l'annulation de cette décision s'impose comme étant la conséquence de l'annulation de la décision de refus de séjour ;

- la décision a été prise en méconnaissance des dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision est contraire aux stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et emporte des conséquences manifestement excessives sur sa situation et celle de sa famille ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- l'annulation de cette décision s'impose comme étant la conséquence de l'annulation des décisions de refus de séjour et d'obligation de quitter le territoire français ;

- la décision est insuffisamment motivée en fait ;

- le préfet n'a pas examiné les risques qu'elle encourt en cas de retour dans son pays d'origine ;

- la décision est contraire aux stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision a été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense, enregistré les 31 mai et 20 juin 2022, le préfet de Meurthe-et-Moselle conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme D ne sont pas fondés.

Mme D a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Nancy en date du 25 mars 2022.

III - Par une requête enregistrée le 16 juin 2022 sous le n° 2201698, Mme C D, représentée par Me Jeannot, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 14 février 2022 par lequel le préfet de Meurthe-et-Moselle a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle est susceptible d'être reconduite ;

3°) d'annuler l'arrêté du 15 juin 2022 portant assignation à résidence pris par le préfet de Meurthe-et-Moselle ;

4°) d'enjoindre au préfet de Meurthe-et-Moselle de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, et dans l'attente une autorisation provisoire de séjour ;

5°) à titre subsidiaire, d'enjoindre au préfet de Meurthe-et-Moselle de réexaminer sa situation dans le délai d'un mois à compter du jugement à intervenir et de lui délivrer immédiatement une autorisation provisoire de séjour ;

6°) d'enjoindre au préfet de lui restituer son passeport ainsi que celui de son enfant dans un délai de huit jours à compter du jugement à intervenir ;

7°) de mettre à la charge de l'État une somme de de 2 000 euros au bénéfice de son conseil, qui s'engage dans cette hypothèse à renoncer à percevoir la part contributive de l'État, en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, ainsi que les entiers dépens de l'instance.

Elle soutient que :

En ce qui concerne la décision de refus de séjour :

- l'avis médical rendu par le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) est irrégulier : il existe un doute sur l'identification des médecins en l'absence d'authentification de leur signature en méconnaissance des dispositions de l'article L. 213-3 du code des relations entre le public et l'administration ; la preuve de ce que les médecins de l'OFII ont été régulièrement désignés n'est pas apportée ; le rapport sur la base duquel l'avis des médecins de l'OFII en date du 17 juin 2020 est fondé comprend des mentions erronées relatives à ses pathologies qui ne sont pas stabilisées ;

- le préfet a commis une erreur de droit en s'estimant à tort en situation de compétence liée par l'avis de l'OFII ; il n'a pas procédé à un examen de sa situation ;

- la décision méconnaît l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation eu égard à son état de santé qui ne peut être pris en charge dans son pays d'origine ;

- la décision est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile puisqu'elle présente des motifs exceptionnels et des considérations d'ordre humanitaire ouvrant droit à régularisation, et compte tenu du fait que le préfet n'a pas examiné sa demande sur le terrain de la vie privée et familiale ;

- la décision est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de celles de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- l'annulation de cette décision s'impose comme étant la conséquence de l'annulation de la décision de refus de séjour ;

- la décision a été prise en méconnaissance des dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision est contraire aux stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et emporte des conséquences manifestement excessives sur sa situation et celle de sa famille ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- l'annulation de cette décision s'impose comme étant la conséquence de l'annulation des décisions de refus de séjour et d'obligation de quitter le territoire français ;

- la décision est insuffisamment motivée en fait ;

- le préfet n'a pas examiné les risques qu'elle encourt en cas de retour dans son pays d'origine ;

- la décision est contraire aux stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision a été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.

En ce qui concerne la décision portant assignation à résidence :

- l'annulation de cette décision s'impose comme étant la conséquence de l'annulation des décisions de refus de séjour et d'obligation de quitter le territoire français ;

- la décision a été prise en méconnaissance de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- elle n'est pas suffisamment motivée et est entachée d'un défaut d'examen de sa situation ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 juin 2022, le préfet de Meurthe-et-Moselle conclut au rejet de la requête de Mme D.

Il soutient que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

IV - Par une requête enregistrée le 16 juin 2022 sous le n° 2201699, M. A D, représenté par Me Jeannot, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 14 février 2022 par lequel le préfet de Meurthe-et-Moselle a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit ;

3°) d'annuler l'arrêté du 15 juin 2022 portant assignation à résidence pris par le préfet de Meurthe-et-Moselle ;

4°) d'enjoindre au préfet de Meurthe-et-Moselle de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, et dans l'attente une autorisation provisoire de séjour ;

5°) à titre subsidiaire d'enjoindre au préfet de Meurthe-et-Moselle de réexaminer sa situation dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et de lui délivrer immédiatement une autorisation provisoire de séjour ;

6°) de mettre à la charge de l'État une somme de de 2 000 euros au bénéfice de son conseil, qui s'engage dans cette hypothèse à renoncer à percevoir la part contributive de l'État, en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, ainsi que les entiers dépens de l'instance.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision de refus de séjour :

- la décision méconnait l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation eu égard à son état de santé qui ne peut être pris en charge dans son pays d'origine ; il a produit un dossier complet lors de la demande de renouvellement de son autorisation provisoire de séjour et doit être mis en possession d'un titre de séjour d'une durée d'un an ; le refus est entaché d'un vice de procédure à défaut pour le préfet d'avoir sollicité à nouveau le collège des médecins de l'OFII ; la durée de six mois de l'autorisation provisoire de séjour accordée le 29 octobre 2020 est illégale ;

- la décision est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile puisqu'il présente des motifs exceptionnels et des considérations d'ordre humanitaire ouvrant droit à régularisation, et compte tenu du fait que le préfet n'a pas examiné sa demande sur le terrain de la vie privée et familiale ;

- la décision est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de celles de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- l'annulation de cette décision s'impose comme étant la conséquence de l'annulation de la décision de refus de séjour ;

- la décision est entachée d'un vice de procédure en l'absence de saisine du collège des médecins de l'OFII ;

- la décision a été prise en méconnaissance des dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; l'avis du collège des médecins de l'OFII indique qu'il ne peut bénéficier de soins dans son pays d'origine ;

- la décision est contraire aux stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et emporte des conséquences manifestement excessives sur sa situation et celle de sa famille ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- l'annulation de cette décision s'impose comme étant la conséquence de l'annulation des décisions de refus de séjour et d'obligation de quitter le territoire français ;

- la décision est insuffisamment motivée en fait ;

- le préfet n'a pas examiné les risques qu'il encourt en cas de retour dans son pays d'origine ;

- la décision est contraire aux stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision a été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

En ce qui concerne la décision portant assignation à résidence :

- l'annulation de cette décision s'impose comme étant la conséquence de l'annulation des décisions de refus de séjour et d'obligation de quitter le territoire français ;

- la décision a été prise en méconnaissance de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- elle n'est pas suffisamment motivée ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 juin 2022, le préfet de Meurthe-et-Moselle conclut au rejet de la requête de M. D.

Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- les rapports de Mme Grandjean, rapporteure,

- et les observations de Me Jeannot représentant M. et Mme D.

Considérant ce qui suit :

1. M. et Mme D, ressortissants serbes nés respectivement le 23 juillet 1992 et le 16 mai 1986, sont entrés en France accompagnés de leur fils mineur en mai 2017 selon leurs déclarations, pour y solliciter le statut de réfugié. Leurs demandes d'asile ont été rejetées par des décisions de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) en date du 11 octobre 2017, et de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) du 28 mai 2018. Leurs demandes de réexamen ont également été rejetées par deux ordonnances de l'OFPRA du 3 août 2018 et des décisions de la CNDA du 8 mars 2019. Mme D a sollicité un titre de séjour par un courrier du 3 mai 2019. Par un arrêté du 14 février 2022, le préfet de Meurthe-et-Moselle a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle est susceptible d'être reconduite d'office. Par un courrier du 19 décembre 2019, M. D a présenté une demande de titre de séjour en se prévalant de son état de santé. Après avis du collège des médecins de l'Office français de l'intégration et de l'immigration (OFII), le préfet de Meurthe-et-Moselle lui a accordé une autorisation provisoire de séjour pour une durée de six mois. Le préfet a en revanche refusé, le 14 février 2022, de faire droit à la demande de renouvellement de ce titre de séjour que M. D a présentée le 5 mai 2021, a assorti cette décision d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit d'office. Par deux arrêtés en date du 15 juin 2022, le préfet de Meurthe-et-Moselle a assignés les requérants à résidence. Par quatre requêtes qu'il y a lieu de joindre pour statuer par un même jugement, M. et Mme D demandent l'annulation des quatre arrêtés du 14 février 2022 et du 15 juin 2022.

Sur l'étendue des litiges :

2. Par un jugement en date du 24 juin 2022, la magistrate désignée par la présidente du tribunal administratif de Nancy a statué sur les conclusions à fin d'annulation des décisions du 14 février 2022 obligeant M. et Mme D à quitter le territoire français sans délai et fixant le pays de destination et des décisions du 15 juin 2022 les assignant à résidence, ainsi que sur les conclusions présentées dans les requêtes nos 2201698 et 2201699 tendant à leur admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle, tout en réservant celles dirigées contre les refus de titre de séjour, lesquelles relèvent de la formation collégiale, et celles tendant à l'application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique y afférentes. Par suite, le présent jugement a pour unique objet de statuer sur ces dernières conclusions.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le moyen commun à l'ensemble des décisions tiré de l'incompétence :

3. En premier lieu, les arrêtés attaqués sont signés par M. Julien Le Goff, secrétaire général, auquel le préfet de Meurthe-et-Moselle établit avoir délégué sa signature aux fins de signer les décisions en litige par un arrêté en date du 8 septembre 2021, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le lendemain. Par suite, les moyens tirés de l'incompétence du signataire des décisions litigieuses manquent en fait et doivent être écartés.

4. En deuxième lieu, les arrêtés contestés comportent les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, les moyens tirés du défaut de motivation dont seraient entachées les décisions portant refus de titres de séjour doivent être écartés.

En ce qui concerne les moyens dirigés contre les décisions portant refus de séjour pour motifs de santé :

5. Aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'État () ". Aux termes de l'article R. 425-11 du même code : " () le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'office et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé. Les orientations générales mentionnées au troisième alinéa de l'article L. 425-9 sont fixées par arrêté du ministre chargé de la santé ".

6. Aux termes de l'article R. 425-12 du même code : " Le rapport médical mentionné à l'article R. 425-11 est établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à partir d'un certificat médical établi par le médecin qui suit habituellement le demandeur ou par un médecin praticien hospitalier inscrits au tableau de l'ordre () / Sous couvert du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le service médical de l'office informe le préfet qu'il a transmis au collège de médecins le rapport médical. () ". Aux termes de l'article R. 425-13 du même code : " Le collège à compétence nationale mentionné à l'article R. 425-12 est composé de trois médecins, il émet un avis dans les conditions de l'arrêté mentionné au premier alinéa du même article. La composition du collège et, le cas échéant, de ses formations est fixée par décision du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Le médecin ayant établi le rapport médical ne siège pas au sein du collège. / Le collège peut délibérer au moyen d'une conférence téléphonique ou audiovisuelle. / () ".

7. Aux termes de l'article 3 de l'arrêté susvisé du 27 décembre 2016 : " Au vu du certificat médical et des pièces qui l'accompagnent ainsi que des éléments qu'il a recueillis au cours de son examen éventuel, le médecin de l'office établit un rapport médical () ". Aux termes de l'article 5 de cet arrêté : " Le collège de médecins à compétence nationale de l'office comprend trois médecins instructeurs des demandes des étrangers malades, à l'exclusion de celui qui a établi le rapport. / () ". Aux termes de l'article 6 du même arrêté : " Au vu du rapport médical mentionné à l'article 3, un collège de médecins désigné pour chaque dossier dans les conditions prévues à l'article 5 émet un avis (). Cet avis mentionne les éléments de procédure ". Aux termes de l'article 6 de cet arrêté : " Au vu du rapport médical mentionné à l'article 3, un collège de médecins désigné pour chaque dossier dans les conditions prévues à l'article 5 émet un avis, conformément au modèle figurant à l'annexe C du présent arrêté, précisant : / a) si l'état de santé de l'étranger nécessite ou non une prise en charge médicale ; / b) si le défaut de cette prise en charge peut ou non entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur son état de santé ; / c) si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont le ressortissant étranger est originaire, il pourrait ou non y bénéficier effectivement d'un traitement approprié ; / d) la durée prévisible du traitement. / Dans le cas où le ressortissant étranger pourrait bénéficier effectivement d'un traitement approprié, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, le collège indique, au vu des éléments du dossier du demandeur, si l'état de santé de ce dernier lui permet de voyager sans risque vers ce pays. / Cet avis mentionne les éléments de procédure. / Le collège peut délibérer au moyen d'une conférence téléphonique ou audiovisuelle. / L'avis émis à l'issue de la délibération est signé par chacun des trois médecins membres du collège ".

8. D'une part, sous réserve des cas où la loi attribue la charge de la preuve à l'une des parties, il appartient au juge administratif, au vu des pièces du dossier, et compte tenu, le cas échéant, de l'abstention d'une des parties à produire les éléments qu'elle est seule en mesure d'apporter et qui ne sauraient être réclamés qu'à elle-même, d'apprécier si l'état de santé d'un étranger nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, sous réserve de l'absence d'un traitement approprié dans le pays de renvoi.

9. En outre, il résulte de ces dispositions qu'il appartient à l'autorité administrative de se prononcer sur la demande de titre de séjour en qualité d'étranger malade au vu de l'avis émis par un collège de médecins nommés par le directeur général de l'OFII. Préalablement à l'avis rendu par ce collège d'experts, un rapport médical, relatif à l'état de santé de l'intéressé et établi par un médecin instructeur, doit lui être transmis. Le médecin instructeur à l'origine de ce rapport médical ne doit pas siéger au sein du collège de médecins qui rend l'avis transmis au préfet.

10. D'autre part, la partie qui justifie d'un avis du collège des médecins du service médical de l'OFII qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, sa capacité à bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays de renvoi. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires. En cas de doute, il lui appartient de compléter ces échanges en ordonnant toute mesure d'instruction utile.

S'agissant du titre de séjour pour raison de santé sollicité par M. D :

11. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que M. D s'est vu remettre, le 5 mai 2021, par les services de la préfecture, le certificat médical confidentiel destiné à être adressé au médecin de l'OFII une fois rempli par son médecin. Il a ainsi été mis à même de compléter son dossier en vue de l'examen du renouvellement de son titre de séjour. Alors que le préfet l'a informé le 29 novembre 2021 de ce que l'OFII n'avait pas reçu les éléments médicaux nécessaires à l'examen de sa situation médicale et qu'il ne pouvait, faute d'avis de cette instance, lui délivrer en l'état le titre de séjour pour raison de santé sollicité, M. D n'établit pas ni même ne soutient avoir adressé son dossier complété à l'OFII. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet aurait entaché la décision contestée d'un vice de procédure.

12. En deuxième lieu, M. D ne peut utilement se prévaloir de l'avis du collège de médecins de l'OFII en date du 5 juin 2020, aux termes duquel cette instance a estimé que son état de santé nécessitait une prise en charge médicale dont le défaut pouvait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, qu'eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, il ne pouvait y bénéficier d'un traitement approprié et que les soins nécessités par son état de santé devaient être poursuivis pendant une durée de six mois et au vu duquel il a précédemment bénéficié d'une autorisation provisoire de séjour d'une durée de six mois, pour soutenir que le refus de renouvellement de son titre de séjour attaqué est illégal dès lors que le préfet ne s'est pas fondé sur cet avis pour prendre sa décision et qu'il lui appartenait de produire les éléments médicaux sur lesquels le collège de médecins de l'OFII devait réexaminer son état de santé.

13. En troisième lieu, le requérant ne peut utilement se prévaloir de l'illégalité de la durée de six mois de l'autorisation provisoire de séjour que le préfet lui a précédemment accordée au motif de son état de santé dès lors que la décision attaquée ne trouve pas son fondement dans cette décision au demeurant définitive. Par suite, le moyen tiré de l'illégalité de l'autorisation provisoire de séjour doit en tout état de cause être écarté.

14. En quatrième lieu, en l'absence de demande complète de renouvellement de titre de séjour au motif de son état de santé transmise par M. D, le collège des médecins de l'OFII a été mis dans l'impossibilité d'émettre un avis. Si le requérant soutient que son état de santé n'a pas évolué favorablement depuis l'avis émis le 5 juin 2020 par cette instance, il ressort de ce qui a été dit au point 11 du présent jugement que le préfet de Meurthe-et-Moselle n'a pas été mis à même de statuer sur la demande de renouvellement de titre de séjour. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le refus de titre de séjour pour raison de santé méconnaîtrait les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

S'agissant du titre de séjour pour raison de santé sollicité par Mme D :

15. En premier lieu, d'une part, il ressort des pièces du dossier que l'avis rendu le 17 juin 2020 par le collège des médecins de l'OFII est revêtu du nom et des signatures des trois médecins composant ce collège, les docteurs Alain Sebille, Gilles Cizeron et Sylvie Lancino, qui ont été régulièrement désignés par une décision du 18 novembre 2019 du directeur de l'Office français de l'immigration et de l'intégration régulièrement publiée au bulletin officiel du ministère de l'intérieur du 15 décembre 2019. La circonstance que les signatures de ces médecins seraient des fac-similés n'est pas de nature à remettre en cause leur authenticité ni l'identité des signataires. La requérante ne peut en tout état de cause utilement se prévaloir de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 212-3 du code des relations entre le public et l'administration, qui renvoient au I de l'article 9 de l'ordonnance du 8 décembre 2005 relative aux échanges électroniques entre les usagers et les autorités administratives, dès lors que l'avis émis par le collège de médecins de l'OFII n'est pas au nombre des actes relevant du champ d'application de ces dispositions, dont le respect ne s'impose qu'aux décisions administratives.

16. D'autre part, il ressort des mentions de l'avis rendu le 17 juin 2020 que le Dr B qui a établi le rapport médical n'a pas siégé au sein du collège de médecins qui a examiné le dossier de la requérante, conformément aux dispositions précitées de l'article R. 425-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

17. Enfin, il ressort des pièces du dossier que l'avis rendu le 17 juin 2020 par le collège des médecins de l'OFII a été pris au vu d'un rapport médical établi le 22 avril 2020 par le Dr B qui mentionne les deux pathologies, " réaction mixte, anxieuse et dépressive " et " thyroïdite auto-immune " invoquées par Mme D et indique, dans sa partie consacrée à la " pathologie somatique ", que la requérante est traitée par lévothyroxine, doit bénéficier d'un suivi biologique thyroïdien tous les trois à six mois et subir une échographie annuelle et, dans sa partie consacrée à la " pathologie psychiatrique ", qu'elle présente un syndrome anxiodépressif persistant nécessitant l'adaptation du traitement anxiolytique. Il ne ressort pas des pièces du dossier que Mme D présenterait d'autres pathologies. Il s'ensuit que, contrairement à ce que soutient la requérante à l'appui des dernières pièces produites, le collège de médecins de l'OFII n'a pas rendu son avis sans avoir pris en compte l'ensemble des pathologies de l'intéressée.

18. Il résulte des points 15 à 17 du présent jugement que les moyens tirés de ce que l'avis du 17 juin 2020 du collège des médecins de l'OFII n'aurait pas été rendu dans des conditions régulières, ne peuvent qu'être écartés, sans qu'il soit besoin d'ordonner au préfet de produire l'entier dossier médical au vu duquel ce collège a fondé son avis, dossier qui, en vertu du secret médical, ne peut être en sa possession.

19. En deuxième lieu, il ne ressort ni des termes de l'arrêté attaqué ni des pièces du dossier que le préfet se serait cru en situation de compétence liée au regard de l'avis émis par le collège des médecins de l'OFII, dont, contrairement à ce que soutient la requérante, il s'est approprié les termes qu'il a rappelés.

20. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier que, par son avis émis le 17 juin 2020, le collège des médecins de l'OFII a estimé que l'état de santé de la requérante nécessitait une prise en charge médicale dont le défaut pouvait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité mais qu'eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont elle est originaire, elle pouvait y bénéficier effectivement d'un traitement approprié et que l'intéressée pouvait voyager sans risque vers son pays d'origine. Il ne ressort des documents médicaux produits par Mme D tenant tant à sa pathologie somatique qu'à son état psychique aucun élément susceptible de remettre en cause l'appréciation qu'a portée le collège des médecins de l'OFII quant à l'existence et l'accessibilité des traitements qui sont nécessaires à Mme D dans son pays d'origine. Par suite, la requérante n'est pas fondée à soutenir que le préfet aurait méconnu les dispositions précitées l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ou entaché sa décision d'une erreur dans l'appréciation de sa situation au regard de ces mêmes dispositions.

En ce qui concerne les moyens dirigés contre les autres fondements des refus de titre de séjour :

21. En premier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ".

22. Il ressort des pièces du dossier que les requérants résidaient en France depuis moins de cinq ans à la date des arrêtés contestés. Si leur fils aîné est scolarisé depuis l'âge de sept ans en France et qu'un second enfant est né le 28 août 2021 en France, ces seules circonstances ne suffisent pas à leur ouvrir un droit à poursuivre leur séjour sur le territoire national. Les requérants ne se prévalent en outre d'aucun lien familial en France en dehors de la cellule familiale dont les enfants ont vocation à suivre leurs parents. Les requérants n'apportent non plus aucun élément permettant au tribunal d'apprécier la réalité et l'intensité de leur insertion sociale ou professionnelle en France. Si M. D produit une attestation du père de son épouse selon laquelle il déclare la répudier et la déshériter en raison de son mariage avec un homme de religion musulmane, les requérants n'établissent ni même n'allèguent être dépourvus de toute autre attache familiale ou personnelle dans leur pays d'origine. M. et Mme D ne font par ailleurs état d'aucun autre élément qui serait de nature à faire obstacle à ce que la cellule familiale soit transférée hors de France. Dans ces conditions, les refus de titre en litige n'ont pas porté au droit au respect de la vie familiale et privée des intéressés une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels ils ont été pris. Il s'ensuit que les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent être écartés.

23. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () ".

24. En présence d'une demande de régularisation présentée sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'autorité administrative doit d'abord vérifier si des considérations humanitaires ou des motifs exceptionnels justifient la délivrance d'une carte portant la mention " vie privée et familiale ", ensuite, en cas de motifs exceptionnels, si la délivrance d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire " est envisageable. Dans ce dernier cas, il appartient à l'autorité administrative, sous le contrôle du juge, d'examiner, notamment, si la qualification, l'expérience et les diplômes de l'étranger ainsi que les caractéristiques de l'emploi auquel il postule, de même que tout élément de sa situation personnelle dont l'étranger ferait état à l'appui de sa demande, tel que par exemple, l'ancienneté de son séjour en France, peuvent constituer, en l'espèce, des motifs exceptionnels d'admission au séjour de nature à permettre la délivrance, dans ce cadre, d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ".

25. D'une part, la demande de titre de séjour de Mme D en date du 3 mai 2019 n'était fondée que sur son état de santé. La requérante ne peut en conséquence utilement se prévaloir des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile au regard desquelles le préfet, qui n'y était pas obligé et n'a en conséquence pas commis d'erreur de droit, n'a pas examiné sa situation.

26. D'autre part, il ressort des termes de l'arrêté attaqué concernant M. D qui indique que l'intéressé ne fait pas mention de considérations humanitaires ou de motifs exceptionnels, que le préfet a examiné la possibilité de lui délivrer tant un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " qu'un titre de séjour portant la mention " salarié " sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de ce que le préfet aurait commis une erreur de droit dans l'examen de la demande d'admission exceptionnelle au séjour du requérant doit être écarté.

27. Enfin, ni la durée de la présence en France de M. D, ni sa situation personnelle et familiale telle qu'elle a été exposée au point 22 du présent jugement ne peuvent être regardées comme constituant des considérations humanitaires ou des motifs exceptionnels au sens des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le requérant ne justifie en outre d'aucune intégration par le travail. Par suite, les moyens tirés de ce que le refus de séjour litigieux serait entaché d'une erreur manifeste d'appréciation de la situation de M. D au regard de ces dispositions doivent être écartés.

28. En dernier lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces dernières dispositions que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

29. En l'espèce, le préfet a examiné les conséquences que les refus de séjour opposés aux requérants auraient sur leur situation et celle de leur famille. Cette appréciation a été faite en visant la convention internationale relative aux droits de l'enfant et en tenant compte de la composition de la famille des requérants. Les seules circonstances que les enfants des requérants soient, pour le premier, scolarisé en France depuis 2017 à l'âge de sept ans et en classe ULIS à la suite d'une décision de la maison départementale des personnes handicapées (MDPH) de 2021, et, pour le second, né en France en 2021, et à supposer même que leur origine rom ne leur donnerait pas les mêmes conditions de scolarité en Serbie, ne suffisent pas à établir une atteinte à leur intérêt supérieur, dès lors que les requérants n'apportent pas d'éléments suffisamment probants et personnalisés de nature à établir que leurs enfants, qui ont vocation à suivre leurs parents et n'en seront pas séparés du fait des arrêtés contestés, ne pourraient pas s'adapter dans leur pays d'origine et ne pourraient pas y poursuivre leur scolarité. Par suite, les moyens tirés d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation au regard des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ne peuvent qu'être écartés.

30. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation des décisions du 14 février 2022 portant refus de titres de séjour doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

31. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation des refus de titre de séjour, n'appelle aucune mesure d'exécution. Il s'ensuit que les conclusions susvisées des requérants ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les conclusions relatives aux dépens :

32. La présente instance ne comporte aucun dépens. Par suite, les conclusions présentées à ce titre par M. et Mme D doivent être rejetées.

Sur les frais liés à l'instance :

33. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique font obstacle à ce que soient mises à la charge de l'État, qui n'est pas, dans les présentes instances, la partie tenue aux dépens ou la partie perdante, les sommes demandées par M. et Mme D au bénéfice de leur conseil au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er :Les conclusions tendant à l'annulation des décisions du 14 février 2022 par lesquelles le préfet de Meurthe-et-Moselle a refusé d'admettre M. et Mme D au séjour ainsi que, en tant qu'elles s'y rapportent, les conclusions aux fins d'injonction sous astreinte, de condamnation de l'État aux dépens et d'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A D, à Mme C D et au préfet de Meurthe-et-Moselle.

Copie en sera adressée, pour information, au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience publique du 2 septembre 2022 à laquelle siégeaient :

M. Coudert, président,

Mme Grandjean, première conseillère,

M. Gottlieb, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 septembre 2022.

La rapporteure,

G. FLe président,

B. Coudert

La greffière,

I. Varlet

La République mande et ordonne au préfet de Meurthe-et-Moselle en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Nos 2201217,

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