mardi 11 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nancy |
| Section | Tribunal Administratif de Nancy |
| N° Dossier | TA54-2201269 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Chambre 1 |
| Avocat requérant | CACCIAPAGLIA |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 30 avril 2022, Mme B A épouse Sohn, représentée par Me Cacciapaglia, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 30 avril 2022 par laquelle le président du conseil départemental des Vosges a suspendu son agrément d'assistante familiale ;
2°) d'enjoindre au président du conseil départemental des Vosges de procéder au rétablissement de son agrément d'assistante familiale sous 15 jours à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge du conseil départemental des Vosges la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la compétence de la signataire de la décision attaquée n'est pas établie ;
- la décision attaquée :
- est entachée d'un défaut de motivation ;
- est intervenue au terme d'une procédure viciée, d'une part, en ce qu'elle n'a pas été précédée de la saisine de la commission consultative paritaire départementale (CCPD) et, d'autre part, en raison du refus de lui communiquer son dossier administratif ;
- constitue une sanction disciplinaire déguisée ;
- méconnaît les droits de la défense garantis dans le cadre d'une mesure disciplinaire ;
- méconnaît les dispositions de l'article L. 421-6 du code de l'action sociale et des familles, en ce que l'urgence à prendre la mesure n'était pas caractérisée.
Par un mémoire en défense enregistré le 16 août 2022, le département des Vosges conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'action sociale et des familles ;
- le code général de la fonction publique ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi du 22 avril 1905 portant fixation du budget des dépenses et des recettes de l'exercice 1905 ;
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;
- le décret n° 88-145 du 15 février 1988 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Jouguet, rapporteure,
- les conclusions de M. Gottlieb, rapporteur public,
- et les observations de Mme A épouse Sohn.
Considérant ce qui suit :
1. Par une décision du 29 avril 2022, le président du conseil départemental des Vosges a suspendu l'agrément d'assistante familiale de Mme Sohn, dans l'attente d'éléments à la suite de la révélation de violences sexuelles qui auraient été commises à l'encontre d'enfants précédemment accueillis par cette dernière. Mme Sohn demande l'annulation de cette décision.
2. En premier lieu, la décision est signée par Mme C D, cheffe du service de protection maternelle et infantile et adjointe au directeur de l'enfance et de la famille, auquel le président du conseil départemental établit avoir délégué sa signature aux fins de signer la décision en litige par un arrêté en date du 16 février 2022, régulièrement publié au registre des actes administratifs n° II - 2022 du département des Vosges. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de la décision litigieuse manque en fait et doit être écarté.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 421-6 du code de l'action sociale et des familles : " () Si les conditions de l'agrément cessent d'être remplies, le président du conseil départemental peut, après avis d'une commission consultative paritaire départementale, modifier le contenu de l'agrément ou procéder à son retrait. En cas d'urgence, le président du conseil départemental peut suspendre l'agrément. Tant que l'agrément reste suspendu, aucun enfant ne peut être confié. / Toute décision de retrait de l'agrément, de suspension de l'agrément ou de modification de son contenu doit être dûment motivée et transmise sans délai aux intéressés. / () La composition, les attributions et les modalités de fonctionnement de la commission présidée par le président du conseil départemental ou son représentant, mentionnée au troisième alinéa, sont définies par voie réglementaire () ". Aux termes de l'article R. 421-23 du même code : " Lorsque le président du conseil départemental envisage de retirer un agrément, d'y apporter une restriction ou de ne pas le renouveler, il saisit pour avis la commission consultative paritaire départementale mentionnée à l'article R. 421-27 en lui indiquant les motifs de la décision envisagée. / L'assistant maternel ou l'assistant familial concerné est informé, quinze jours au moins avant la date de la réunion de la commission, par lettre recommandée avec demande d'avis de réception, des motifs de la décision envisagée à son encontre, de la possibilité de consulter son dossier administratif et de présenter devant la commission ses observations écrites ou orales. La liste des représentants élus des assistants maternels et des assistants familiaux à la commission lui est communiquée dans les mêmes délais. L'intéressé peut se faire assister ou représenter par une personne de son choix. / Les représentants élus des assistants maternels et des assistants familiaux à la commission sont informés, quinze jours au moins avant la date de la réunion de la commission, des dossiers qui y seront examinés et des coordonnées complètes des assistants maternels et des assistants familiaux dont le président du conseil départemental envisage de retirer, restreindre ou ne pas renouveler l'agrément. Sauf opposition de ces personnes, ils ont accès à leur dossier administratif. / La commission délibère hors la présence de l'intéressé et de la personne qui l'assiste ". L'article R. 421-24 du même code dispose que : " Le président du conseil départemental informe sans délai la commission consultative paritaire départementale de toute décision de suspension d'agrément prise en application de l'article L. 421-6. / La décision de suspension d'agrément fixe la durée pour laquelle elle est prise qui ne peut en aucun cas excéder une période de quatre mois ". L'article R. 421-27 du même code précise que : " La commission consultative paritaire départementale, prévue par l'article L. 421-6, comprend, en nombre égal, des membres représentant le département et des membres représentant les assistants maternels et les assistants familiaux agréés résidant dans le département. / Le président du conseil départemental fixe par arrêté le nombre des membres de la commission qui peut être de six, huit ou dix en fonction des effectifs des assistants maternels et des assistants familiaux agréés résidant dans le département ".
4. Par la décision attaquée en date du 29 avril 2022, le président du conseil départemental des Vosges a suspendu pour quatre mois l'agrément d'assistante familiale de Mme Sohn dans l'attente d'éléments permettant de garantir les conditions d'accueil, aux motifs que des éléments venaient d'être portés à sa connaissance relatifs à des révélations de violences sexuelles qui auraient été commises à l'encontre d'enfants précédemment accueillis par la requérante et que cette situation relevait de l'autorité judiciaire. Eu égard aux motifs ci-dessus rappelés et contrairement à ce que soutient Mme Sohn, la décision attaquée était suffisamment motivée en fait. Par suite, le moyen tiré d'un défaut de motivation doit être écarté.
5. Il résulte de dispositions citées au point 3 que le président du conseil départemental doit saisir la commission consultative paritaire départementale (CCPD) lorsqu'il envisage de retirer un agrément, d'y apporter une restriction ou de ne pas le renouveler, et informer la CCPD sans délai de toute décision de suspension d'agrément. En vertu de ces mêmes dispositions, l'assistant familial concerné par une mesure de retrait, de restriction ou de non renouvellement d'agrément est informé, quinze jours avant la réunion de la CCPD, des motifs de la décision envisagée à son encontre, de la possibilité de consulter son dossier administratif et de présenter devant la commission ses observations. Il résulte de ce qui précède que la requérante, qui a fait l'objet d'une simple mesure de suspension, n'est pas fondée à se prévaloir de l'absence de saisine de la CCPD préalablement à la décision contestée, pas plus que du refus de communication de son dossier administratif, dès lors qu'aucune disposition légale ou réglementaire n'imposait le respect de ces garanties.
6. En troisième lieu, aux termes de l'article 65 de la loi du 22 avril 1905 portant fixation du budget des dépenses et des recettes de l'exercice 1905 : " Tous les militaires, tous les employés et ouvriers de toutes administrations publiques ont droit à la communication personnelle et confidentielle de toutes les notes, feuilles signalétiques et tous autres documents composant leur dossier, soit avant d'être l'objet d'une mesure disciplinaire ou d'un déplacement d'office, soit avant d'être retardé dans leur avancement à l'ancienneté ". Aux termes de l'article L. 532-4 du code général de la fonction publique, applicable au jour de la décision contestée : " Le fonctionnaire à l'encontre duquel une procédure disciplinaire est engagée a droit à la communication de l'intégralité de son dossier individuel et de tous les documents annexes. / L'administration doit l'informer de son droit à communication du dossier. / Le fonctionnaire à l'encontre duquel une procédure disciplinaire est engagée a droit à l'assistance de défenseurs de son choix ".
7. La décision par laquelle l'autorité administrative prononce la suspension de l'agrément d'un assistant maternel ou familial constitue une mesure provisoire prise dans l'intérêt des enfants accueillis, destinée à permettre de sauvegarder la santé, la sécurité et le bien-être de ces derniers, durant les délais nécessaires notamment à la consultation de la commission consultative paritaire départementale et au respect du caractère contradictoire de la procédure, en vue, le cas échéant, d'une mesure de retrait ou de modification du contenu de l'agrément. Il s'ensuit qu'une mesure de suspension, qui a le caractère d'une mesure conservatoire, prise dans l'intérêt du service et qui ne constitue pas une sanction disciplinaire, n'est pas au nombre des mesures devant être précédées d'une procédure contradictoire ni de celles pour lesquelles l'agent concerné doit être mis à même de consulter son dossier en application des dispositions précitées. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision contestée constituerait une sanction déguisée, et devait, par suite, être précédée d'une procédure contradictoire et de la communication du dossier de l'intéressée, doit être écarté.
8. En quatrième lieu, en vertu des dispositions citées au point 3, il incombe au président du conseil départemental de s'assurer que les conditions d'accueil garantissent la sécurité, la santé et l'épanouissement des enfants accueillis et de procéder au retrait de l'agrément si ces conditions ne sont plus remplies. A cette fin, dans l'hypothèse où il est informé de suspicions de comportements susceptibles de compromettre la santé, la sécurité ou l'épanouissement d'un enfant de la part du bénéficiaire de l'agrément ou de son entourage, il lui appartient de tenir compte de tous les éléments portés à la connaissance des services compétents du département ou recueillis par eux et de déterminer si ces éléments sont suffisamment établis pour lui permettre raisonnablement de penser que l'enfant est victime des comportements en cause ou risque de l'être. Il peut en outre, si la première appréciation de ces éléments révèle une situation d'urgence, procéder à la suspension de l'agrément.
9. Il ressort des pièces du dossier que, pour décider de suspendre l'agrément d'assistante familiale de Mme Sohn, le président du conseil départemental des Vosges s'est fondé sur un rapport d'évaluation pluridisciplinaire du 28 avril 2022 qui précise que le 17 avril 2022, un enfant a relaté à une éducatrice avoir subi des agressions sexuelles durant plusieurs années lorsqu'il était accueilli au domicile de M. et Mme Sohn et les désigne comme auteurs de certains faits. L'enfant a dénoncé en outre des insultes et des privations de repas. Le rapport précise que ces faits, qui sont semblables à ceux dénoncés par d'autres enfants accueillis en juin 2020, ont été transmis à l'autorité judiciaire. Ainsi, contrairement à ce que soutient la requérante, le président du conseil départemental des Vosges a pu estimer, sans commettre d'erreur d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 421-6 du code de l'action sociale et des familles, qu'il existait, compte tenu des faits rapportés, un risque pour la santé et la sécurité des enfants, et qu'il y avait urgence à ne plus confier de mineurs à la requérante. Par suite, le moyen tiré de l'absence d'urgence à prendre la mesure, telle que prévue par l'article L. 421-6 du code de l'action sociale et des familles, ne peut qu'être écarté.
10. Il résulte de tout ce qui précède que Mme Sohn n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du 29 avril 2022 par laquelle le président du conseil départemental des Vosges a suspendu son agrément d'assistante familiale pour une durée de quatre mois.
11. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation, n'appelle aucune mesure d'exécution. Il s'ensuit que les conclusions à fin d'injonction ne peuvent qu'être également rejetées.
12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que le département des Vosges, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse à Mme Sohn la somme que celle-ci réclame au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme A épouse Sohn est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A épouse Sohn et au département des Vosges.
Délibéré après l'audience du 21 mai 2024, à laquelle siégeaient :
M. Coudert, président,
Mme Milin-Rance, première conseillère,
Mme Jouguet, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 juin 2024
La rapporteure,
A. JouguetLe président,
B. Coudert
La greffière,
A. Mathieu
La République mande et ordonne à la préfète des Vosges en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026