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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2201274

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2201274

jeudi 17 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2201274
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationChambre 3
Avocat requérantRICHARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 2 mai 2022 et le 13 juillet 2022, M. A B, représenté par Me Richard, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision du 7 avril 2022 par laquelle le préfet de Meurthe-et-Moselle a retiré son titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet de Meurthe-et-Moselle de lui restituer son titre de séjour dans le délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat les entiers dépens et la somme de 2 000 euros à verser à son avocate, Me Richard, au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Richard s'engage à renoncer à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

Il soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'incompétence de l'auteur de l'acte ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;

- elle méconnaît son droit d'être entendu ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l'article L. 432-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; sa seule condamnation ne suffit pas à caractériser une menace à l'ordre public ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle est entachée d'une erreur de droit.

Par des mémoires en défense enregistrés le 26 juillet 2022 et le 1er août 2022, le préfet de Meurthe-et-Moselle conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Un mémoire a été enregistré pour le préfet de Meurthe-et-Moselle, le 5 octobre 2022, et n'a pas été communiqué.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 1er juillet 2022 du bureau d'aide juridictionnelle.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme C,

- et les observations de Me Richard, avocate de M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant bangladais né le 4 mai 2001, serait entré en France le 5 avril 2018, selon ses déclarations. Le 23 juillet 2018, il a été placé aux services de l'aide sociale à l'enfance. Le préfet de Meurthe-et-Moselle lui a délivré un titre de séjour portant la mention " travailleur temporaire " qui a été renouvelé jusqu'au 31 juillet 2022. Par un arrêté du 7 avril 2022, le préfet de Meurthe-et-Moselle a retiré son titre de séjour. M. B demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. En premier lieu, par un arrêté n°21.BCl.41 du 8 septembre 2021, publié au recueil des actes administratifs de préfet de Meurthe-et-Moselle le lendemain, le préfet de Meurthe-et-Moselle a donné délégation à M. Julien Le Goff, secrétaire général de la préfecture, à l'effet de signer les décisions relevant des attributions de l'Etat dans le département. Par suite, M. D, signataire de l'arrêté contesté, était compétent pour signer la décision de retrait de séjour. La délégation consentie n'étant pas subordonnée à l'empêchement de son délégant, celui-ci ne peut être utilement contesté. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté contesté doit être écarté.

3. En deuxième lieu, la décision attaquée vise l'article L. 432-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Elle mentionne qu'eu égard à sa condamnation par le tribunal correctionnel de Nancy, le 24 janvier 2022, le comportement de M. B constitue une menace pour l'ordre public et que le retrait de son titre de séjour ne porte pas une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale. Dès lors que la décision contestée comporte l'énoncé suffisant des considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de cette décision doit être écarté.

4. En troisième lieu, par un courrier du 21 janvier 2022, reçu par M. B le 27 janvier suivant, le préfet de Meurthe-et-Moselle a invité le requérant a présenté des observations sur la mesure de retrait de séjour envisagée. Par suite, le moyen tiré du vice de procédure doit être écarté.

5. En quatrième lieu, il ne ressort ni des termes de la décision attaquée ni des pièces du dossier que le préfet n'aurait pas procédé à un examen sérieux de la situation de M. B avant de retirer son titre de séjour.

6. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 432-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle peut, par une décision motivée, être retirée à tout étranger dont la présence en France constitue une menace pour l'ordre public ". Aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

7. D'une part, il ressort des pièces du dossier que le tribunal correctionnel de Nancy a condamné M. B, le 24 janvier 2022, à une peine de deux ans d'emprisonnement dont un an avec sursis pour des faits de violences volontaires ayant entraîné une incapacité temporaire de travail supérieure à huit jours. Il ressort des mentions du jugement que M. B a agressé son colocataire avec un couteau à la suite d'une altercation verbale. Si le requérant soutient avoir agi pour se défendre contre celui-ci, le tribunal correctionnel a relevé que " le geste de se saisir d'un objet tranchant et de le diriger vers la zone abdominale d'un individu ne pouvait s'analyser en une action dont le but n'était pas de blesser " alors que, par ailleurs, les " éléments mis en avant pour accréditer un geste de défense ne sont corroborés par aucun témoignage ni constatation médicale ". Eu égard à la gravité de ces faits et à leur caractère récent, le préfet n'a pas inexactement appliqué les dispositions de l'article L. 432-4 précité en estimant que le comportement de M. B constituait une menace pour l'ordre public.

8. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que M. B a fait des efforts particuliers d'intégration depuis son entrée en France où il était scolarisé en CAP " commercialisation et services en hôtel-café-restaurant " et en contrat d'apprentissage avec un restaurant indien auprès duquel il a donné pleinement satisfaction. Toutefois, M. B est célibataire et sans charge de famille et n'établit ni même n'allègue disposer d'attaches familiales sur le territoire français. Dans ces conditions, la décision portant retrait de son titre de séjour n'a pas porté une atteinte disproportionnée à son droit à une vie privée et familiale au regard de la menace pour l'ordre public que son comportement représente.

9. En dernier lieu, les moyens tirés de ce que la décision serait entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés comme non assortis des précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé.

10. Il résulte de tout de ce qui précède que les conclusions de M. B tendant à l'annulation de l'arrêté du 7 avril 2022 par lequel le préfet de Meurthe-et-Moselle a retiré son titre de séjour doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquences, ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte.

Sur les frais de l'instance :

11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

12. La présente instance n'ayant par ailleurs donné lieu à aucun dépens, la demande présentée par le requérante à ce titre ne peut qu'être rejetée.

DÉCIDE :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de Meurthe-et-Moselle.

Copie en sera adressée, pour information, au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 20 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

- M. Di Candia, président,

- Mme Cabecas, conseillère,

- M. Bastian, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 17 novembre 2022.

La rapporteure,

L. CLe président,

O. Di Candia

La greffière

L. BourgerLa République mande et ordonne au préfet de Meurthe-et-Moselle en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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