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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2201278

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2201278

mardi 19 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2201278
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationChambre 1
Avocat requérantCHAIB

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 2 mai 2022, M. C, représenté par Me Chaïb, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 30 novembre 2021 par lequel le préfet de Meurthe-et-Moselle lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet de Meurthe-et-Moselle de lui délivrer un titre de séjour avec autorisation de travail dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 000 euros au bénéfice de son conseil en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve du renoncement de celui-ci à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État.

Il soutient que :

- l'arrêté est entaché d'incompétence de l'auteur de l'acte ;

- son état civil et sa nationalité sont justifiés ;

- l'arrêté est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'arrêté méconnait les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il n'est pas une menace pour l'ordre public.

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 juin 2023, le préfet de Meurthe-et-Moselle conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public désigné en application du second alinéa de l'article R. 222-24 du code de justice administrative, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Milin-Rance,

- et les observations de Me Chaïb, représentant M. C.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, né le 17 mai 2000 à Diakoné (Mali), a déclaré être entré en France le 17 octobre 2016. Il a été pris en charge par le service de protection de l'enfance, en exécution d'une ordonnance de placement provisoire du tribunal de grande instance de Nancy en date du 7 décembre 2016, puis à l'aide sociale à l'enfance de Meurthe-et-Moselle, en exécution d'un jugement en assistance éducative du 4 janvier 2017. Par courrier du 31 janvier 2018, M. C a demandé la délivrance d'un titre de séjour au préfet de Meurthe-et-Moselle, qui a rejeté cette demande par une décision du 18 juillet 2018. Cette décision a été annulée par la cour administrative d'appel de Nancy par un arrêt du 23 septembre 2021, qui a enjoint au préfet de procéder au réexamen de la situation de M. C. A la suite de ce réexamen, le préfet de Meurthe-et-Moselle a de nouveau refusé de délivrer au requérant le titre de séjour qu'il sollicitait par une décision du 30 novembre 2021. Par la requête susvisée, M. C demande l'annulation de cette décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, par un arrêté 21.BCI.41 du 8 septembre 2021, régulièrement publié au recueil des actes administratifs n° 82 de Meurthe-et-Moselle le 9 septembre 2021, le préfet de Meurthe-et-Moselle a donné délégation à M. A B, signataire de l'arrêté en litige, pour signer tous les actes relevant des attributions de l'Etat dans le département, au nombre desquels figure la police des étrangers. La délégation consentie n'étant pas subordonnée à l'empêchement de son délégant, celui-ci ne peut être utilement contesté. Ainsi, le moyen tiré de l'incompétence dont serait entaché l'arrêté attaqué doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes des dispositions de l'article R. 431-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui demande la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour présente 1° les documents justifiant de son état civil 2° les documents justifiant de sa nationalité () ". Aux termes des dispositions de l'article L. 811-2 du même code : " La vérification de tout acte d'état civil étranger est effectuée dans les conditions définies par l'article 47 du code civil () ". Aux termes de l'article 47 du code civil : " Tout acte de l'état civil des Français et des étrangers fait en pays étranger et rédigé dans les formes usitées dans ce pays fait foi, sauf si d'autres actes ou pièces détenus, des données extérieures ou des éléments tirés de l'acte lui-même établissent, le cas échéant après toutes vérifications utiles, que cet acte est irrégulier, falsifié ou que les faits qui y sont déclarés ne correspondent pas à la réalité ". La force probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger peut être combattue par tout moyen susceptible d'établir que l'acte en cause est irrégulier, falsifié ou inexact. En cas de contestation par l'administration de la valeur probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger, il appartient au juge administratif de former sa conviction au vu de l'ensemble des éléments produits par les parties.

4. Il ressort des pièces du dossier que, pour justifier de son état civil et de sa nationalité, M. C a produit une photocopie d'un acte de naissance du 23 août 2016, une photocopie d'une carte d'identité malienne n°1660491 du 19 mai 2016 et une photocopie d'une carte d'identité consulaire n° 2134998 du 13 septembre 2021.

5. Pour remettre en cause le caractère probant des documents d'état civil présentés par le requérant et refuser de lui délivrer un titre de séjour, le préfet de Meurthe-et-Moselle s'est fondé sur le rapport d'examen technique documentaire du 3 novembre 2021 établi par un analyste en fraude documentaire qui fait état d'erreurs de formalisme, de l'oubli de certaines mentions telles que le numéro NINA ou le numéro de registre de l'acte de naissance, qui souligne que la carte consulaire a été obtenue sur la base d'un acte de naissance expertisé comme faux et que la carte d'identité malienne est une photocopie sans élément physique permettant d'en déterminer l'authenticité.

6. Contrairement à ce que soutient le requérant, ni la circonstance que le préfet n'ait pas opposé le caractère probant de ses documents d'état-civil lors d'un précédent refus de renouvellement de titre de séjour sur le fondement de l'article L. 313-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni l'autorité absolue qui s'attache aux motifs de l'arrêt de la cour administrative d'appel de Nancy en date du 23 septembre 2021 qui sont le support nécessaire de son dispositif, ne font obstacle à ce que le préfet retienne un tel motif ultérieurement.

7. Dans ces conditions, en l'absence de doute quant au caractère inauthentique des actes présentés, le préfet de Meurthe-et-Moselle, qui n'était pas tenu de saisir les autorités maliennes, n'a pas fait une inexacte application des dispositions de l'article 47 du code civil.

8. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale. 2. Il ne peut y avoir d'ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa rédaction applicable : " L'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ".

9. Il ressort des pièces du dossier que le requérant est célibataire et sans charge de famille sur le territoire français. Les attestations qu'il verse à l'instance ne concernent que l'assiduité de M. C au programme d'accompagnement de l'association pour la fondation étudiante pour la ville (Afev) et ne permettent d'établir ni son intégration effective et réussie, ni qu'il aurait tissé des liens d'une particulière intensité. M. C n'établit pas qu'il serait dépourvu de toute attache familiale dans son pays d'origine où réside notamment sa sœur. Dans ces conditions, et en dépit de l'obtention d'un CAP mention " agent polyvalent de restauration " et de la circonstance qu'il suit une formation en mention complémentaire " cuisinier dessert restauration ", M. C ne justifie pas avoir fixé durablement le centre de ses intérêts en France.

10. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 () ". Il appartient à l'autorité administrative, en application de ces dispositions, de vérifier, dans un premier temps, si l'admission exceptionnelle au séjour par la délivrance d'une carte portant la mention "vie privée et familiale" répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard de motifs exceptionnels, et à défaut, dans un second temps, s'il est fait état de motifs exceptionnels de nature à permettre la délivrance, dans ce cadre, d'une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié" ou "travailleur temporaire". Dans cette dernière hypothèse, un demandeur qui justifierait d'une promesse d'embauche ou d'un contrat de travail, ne saurait être regardé, par principe, comme attestant, par là-même, des " motifs exceptionnels " exigés par la loi. Il appartient, en effet, à l'autorité administrative, sous le contrôle du juge, d'examiner, notamment, si la qualification, l'expérience et les diplômes de l'étranger ainsi que les caractéristiques de l'emploi auquel il postule, de même que tout élément de sa situation personnelle dont l'étranger ferait état à l'appui de sa demande, tel que par exemple, l'ancienneté de son séjour en France, peuvent constituer, en l'espèce, des motifs exceptionnels d'admission au séjour.

11. D'une part, les circonstances rappelées au point 9 du présent jugement ne constituent pas des considérations humanitaires ou des motifs exceptionnels permettant la délivrance d'une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " sur le fondement des dispositions précitées de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. D'autre part, s'il ressort des pièces du dossier que M. C est détenteur d'un CAP " agent polyvalent de restauration " et effectue une mention complémentaire " cuisinier dessert restauration " au lycée Stanislas de Villers-lès-Nancy, ces circonstances ne sont pas susceptibles de lui ouvrir droit au bénéfice d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire " sur le fondement des dispositions précitées de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le préfet, qui n'était saisi que sur le fondement de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, n'a en tout état de cause pas commis d'erreur manifeste d'appréciation de sa situation au regard des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

12. Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation de la requête de M. C doivent être rejetées. Il en va de même, par voie de conséquence, de ses conclusions aux fins d'injonction.

Sur les frais liés au litige :

13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et celles de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce qu'il soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans le cadre de la présente instance, la partie perdante, les frais que M. C demande au bénéfice de son conseil et non compris dans les dépens. Par suite, ces conclusions ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C, à la préfète de Meurthe-et-Moselle et à Me Chaïb.

Délibéré après l'audience publique du 29 août 2023 à laquelle siégeaient :

M. Coudert, président,

Mme Milin-Rance, première conseillère,

Mme Grandjean, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 septembre 2023.

La rapporteure,

F. Milin-RanceLe président,

B. Coudert

La greffière,

I. Varlet

La République mande et ordonne à la préfète de Meurthe-et-Moselle en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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