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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2201308

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2201308

lundi 30 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2201308
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationChambre 1
Avocat requérantSELARL CL AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 5 mai 2022, M. A B, représenté par Me Tadic, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 9 mars 2022 par laquelle le maire de la commune de Saint-Mihiel a décidé d'exercer le droit de préemption urbain dont la commune dispose sur la parcelle cadastrée section ZE n° 2 ;

2°) d'annuler la délibération du 28 avril 2022 par laquelle le conseil municipal de la commune de Saint-Mihiel a décidé d'acquérir par préemption la parcelle cadastrée ZE n° 2 ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Saint-Mihiel la somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la délibération du 28 avril 2022 est entachée d'incompétence dès lors que le conseil municipal a délégué au maire l'exercice de son droit de préemption ;

- le courrier du 9 mars 2022 est entachée d'incompétence négative dès lors que le maire n'a pas pleinement exercé sa compétence ;

- le courrier du 9 mars 2022 est illégal dès lors qu'il n'a pas fait l'objet d'une transmission au préfet dans le délai de deux mois à compter de la transmission de la déclaration d'intention d'aliéner ;

- les décisions du 9 mars 2022 et 28 avril 2022 ne reposent pas sur une action d'aménagement au sens des articles L. 210-1 et L. 300-1 du code de l'urbanisme ;

- les décisions du 9 mars 2022 et 28 avril 2022 sont entachées d'un détournement de pouvoir.

Par des mémoires en défense enregistrés les 10 juin 2022 et 24 juillet 2024, la commune de Saint-Mihiel, représentée par Me Dartois, conclut au rejet de la requête et à la mise à charge de M. B de la somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Par courrier en date du 27 novembre 2024, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions tendant à l'annulation du courrier du 9 mars 2022 qui ne fait pas grief.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Milin-Rance, rapporteure,

- les conclusions de M. Gottlieb, rapporteur public,

- et les observations de Me Dartois, représentant la commune de Saint-Mihiel.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, propriétaire d'une parcelle AL 0552 sur le territoire de la commune de Saint-Mihiel, a signé, le 20 janvier 2022, un compromis de vente de la parcelle ZE n° 2 située en face de sa propriété, en vue d'y réaliser un lotissement. Par un courrier en date du 9 mars 2022, le maire de la commune de Saint-Mihiel a informé le notaire du souhait de la commune d'exercer son droit de préemption urbain, sous réserve de l'avis du directeur départemental des finances publiques sur le prix et de la confirmation par le conseil municipal. Par une délibération du 28 avril 2022, le conseil municipal de la commune de Saint-Mihiel a décidé d'acquérir la parcelle cadastrée ZE n° 2. M. B demande au tribunal d'annuler la décision du maire en date du 9 mars 2022 et la délibération du conseil municipal en date du 28 avril 2022.

Sur les conclusions à fin d'annulation du courrier du 9 mars 2022 :

2. Aux termes de l'article L. 2122-22 du code général des collectivités territoriales : " Le maire peut, en outre, par délégation du conseil municipal, être chargé, en tout ou partie, et pour la durée de son mandat : / () 15° D'exercer, au nom de la commune, les droits de préemption définis par le code de l'urbanisme, que la commune en soit titulaire ou délégataire, de déléguer l'exercice de ces droits à l'occasion de l'aliénation d'un bien selon les dispositions prévues à l'article L. 211-2 ou au premier alinéa de l'article L. 213-3 de ce même code dans les conditions que fixe le conseil municipal ; / () ". En application de ces dispositions le conseil municipal a la possibilité de déléguer au maire, le cas échéant aux conditions qu'il détermine, pour la durée de son mandat, l'exercice des droits de préemption dont la commune est titulaire ou délégataire afin d'acquérir les biens au profit de la commune.

3. Il ressort des pièces du dossier que, par une délibération du 30 juillet 2020, le conseil municipal de la commune de Saint-Mihiel a délégué au maire, pour la durée de son mandat, l'exercice du droit de préemption au nom de la commune en ce qui concerne " les opérations d'intérêt général évident tels que : actions de valorisation du centre bourg () ". En l'absence de délibération ultérieure procédant à son retrait, le conseil municipal s'est ainsi dessaisi de sa compétence au bénéfice du maire.

4. Par le courrier du 9 mars 2022 contesté, le maire de la commune de Saint-Mihiel a informé le notaire en charge de la vente de la parcelle ZE n° 2 de l'intention de la commune d'exercer son droit de préemption urbain sur ce terrain, sans toutefois accepter le prix devant au préalable faire l'objet d'une consultation du service des domaines, et a reporté la confirmation de l'exercice du droit de préemption à l'intervention ultérieure d'une délibération du conseil municipal. En l'absence de confirmation ferme du prix de vente à l'issue du délai de deux mois dont disposait le maire à compter de la notification de la décision d'intention d'aliéner du 20 janvier 2022, le seul courrier du 9 mars 2022 ne permet pas de regarder la commune comme ayant exercé son droit de préemption. Il n'est dès lors pas opposable aux parties à la vente et ne constitue pas une décision susceptible de faire grief au requérant. Par suite, les conclusions tendant à l'annulation de ce courrier doivent être rejetées comme étant irrecevables.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la délibération du 28 avril 2022 :

5. En premier lieu, ainsi qu'il a été exposé au point 4 du présent jugement, le conseil municipal de la commune de Saint-Mihiel ayant délégué au maire sa compétence pour exercer au nom de la commune le droit de préemption urbain, il s'en est dessaisi et ne pouvait plus légalement décider, par sa délibération du 28 avril 2022, d'acquérir par voie de préemption la parcelle ZE n° 2. Dans ces conditions, M. B est fondé à soutenir que la délibération du 28 avril 2022, adoptée par le conseil municipal de la commune de Saint-Mihiel, est entachée d'incompétence.

6. En second lieu, aux termes de l'article L. 210-1 du code de l'urbanisme : " Les droits de préemption institués par le présent titre sont exercés en vue de la réalisation, dans l'intérêt général, des actions ou opérations répondant aux objets définis à l'article L. 300-1, à l'exception de ceux visant à sauvegarder ou à mettre en valeur les espaces naturels, ou pour constituer des réserves foncières en vue de permettre la réalisation desdites actions ou opérations d'aménagement () Toute décision de préemption doit mentionner l'objet pour lequel ce droit est exercé. Toutefois, lorsque le droit de préemption est exercé à des fins de réserves foncières dans le cadre d'une zone d'aménagement différé, la décision peut se référer aux motivations générales mentionnées dans l'acte créant la zone. () " et aux termes de l'article L. 300-1 du même code, dans sa version applicable : " Les actions ou opérations d'aménagement ont pour objets de mettre en œuvre un projet urbain, une politique locale de l'habitat, d'organiser la mutation, le maintien, l'extension ou l'accueil des activités économiques, de favoriser le développement des loisirs et du tourisme, de réaliser des équipements collectifs ou des locaux de recherche ou d'enseignement supérieur, de lutter contre l'insalubrité et l'habitat indigne ou dangereux, de permettre le renouvellement urbain, de sauvegarder ou de mettre en valeur le patrimoine bâti ou non bâti et les espaces naturels, notamment en recherchant l'optimisation de l'utilisation des espaces urbanisés et à urbaniser./L'aménagement, au sens du présent livre, désigne l'ensemble des actes des collectivités locales ou des établissements publics de coopération intercommunale qui visent, dans le cadre de leurs compétences, d'une part, à conduire ou à autoriser des actions ou des opérations définies dans l'alinéa précédent et, d'autre part, à assurer l'harmonisation de ces actions ou de ces opérations ".

7. Il résulte des dispositions des articles L. 210-1 et L. 300-1 du code de l'urbanisme que, pour exercer légalement ce droit, les collectivités titulaires du droit de préemption urbain doivent, d'une part, justifier, à la date à laquelle elles l'exercent, de la réalité d'un projet d'action ou d'opération d'aménagement répondant aux objets mentionnés à l'article L. 300-1 du code de l'urbanisme, alors même que les caractéristiques précises de ce projet n'auraient pas été définies à cette date, et, d'autre part, faire apparaître la nature de ce projet dans la décision de préemption.

8. Aux termes de la délibération en date du 28 avril 2022, l'acquisition de la parcelle ZE n° 2 par la commune a pour objet la " sécurisation et préservation contre les écoulements de boues torrentiels, aujourd'hui liés à la culture nue de ce terrain, qui se conjugue avec l'artificialisation des sols par l'urbanisation déjà existante sur ce secteur, et qui viennent trop fréquemment ennoyer le bourg " ainsi que " l'intégration de cette parcelle dans la propriété communale protégée voisine " et constitue " une opportunité de valorisation de cette qualitative entrée de Ville, moins fréquentée que les axes principaux ". Si la constitution d'une réserve foncière répond aux objets de l'article L. 300-1 du code de l'urbanisme et peut, en conséquence, justifier l'exercice du droit de préemption urbain, il ne ressort toutefois pas des pièces du dossier qu'à la date de la délibération contestée la commune de Saint-Mihiel disposait d'un projet suffisamment identifié sur cette parcelle. Par suite, le requérant est fondé à soutenir que la délibération du 28 avril 2022 a été prise en méconnaissance des dispositions précitées des articles L. 210-1 et L. 300-1 du code de l'urbanisme.

9. Pour l'application de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, aucun autre moyen n'est de nature, en l'état du dossier, à fonder l'annulation de la délibération attaquée.

10. Il résulte de tout ce qui précède que la délibération du 28 avril 2022 du conseil municipal de la commune de Saint-Mihiel doit être annulée.

Sur les frais du litige :

11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de M. B qui n'est pas la partie perdante à la présente instance, la somme demandée par la commune de Saint-Mihiel.

12. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de la commune de Saint-Mihiel une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par M. B et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La délibération du 28 avril 2022 du conseil municipal de la commune de Saint-Mihiel est annulée.

Article 2 : La commune de Saint-Mihiel versera à M. B la somme de 1 500 (mille cinq cents) euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Les conclusions présentées par la commune de Saint-Mihiel sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la commune de Saint-Mihiel.

Délibéré après l'audience publique du 10 décembre 2024 à laquelle siégeaient :

M. Coudert, président,

Mme Milin-Rance, première conseillère,

Mme Jouguet, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 décembre 2024.

La rapporteure,

F. Milin-Rance Le président,

B. Coudert

La greffière,

A. Mathieu

La République mande et ordonne au préfet de la Meuse en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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