mardi 20 septembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nancy |
| Section | Tribunal Administratif de Nancy |
| N° Dossier | TA54-2201365 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Chambre 1 |
| Avocat requérant | BACH-WASSERMANN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 11 mai 2022, et un mémoire complémentaire enregistré le 29 août 2022, M. A E, représenté par Me Bach-Wassermann, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 15 avril 2022 par lequel le préfet de Meurthe-et-Moselle a refusé de renouveler ses droits au séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office ;
2°) d'enjoindre au préfet de Meurthe-et-Moselle de lui délivrer une carte de séjour sur le fondement de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, subsidiairement de réexaminer sa demande dans un délai de deux mois à compter de la décision à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil d'une somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Il soutient que :
- l'arrêté contesté est entaché d'incompétence ;
- il méconnaît les dispositions de l'article L. 423-7 et celles du 5° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'il est le père d'un enfant français par sa mère, que sa paternité n'a jamais été remise en cause, qu'il justifie contribuer à l'entretien et à l'éducation de son enfant depuis sa naissance, et que les éléments avancés par le préfet sur les circonstances dans lesquelles la délivrance d'un certificat de nationalité de l'enfant a été refusée sont matériellement inexacts, inopérants et sans incidence sur la nationalité de cet enfant ;
- dès lors qu'il remplit les conditions de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet devait saisir la commission du titre de séjour conformément à l'article L. 432-13 du même code ;
- il méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
Par un mémoire en défense enregistré le 22 juin 2022, le préfet de Meurthe-et-Moselle conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New York le 26 janvier 1990 ;
- l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. C ;
- et les observations de Me Bach-Wassermann, représentant M. E.
Considérant ce qui suit :
1. M. E, ressortissant marocain né le 3 janvier 1996, s'est marié le 1er juillet 2019 au Maroc avec une ressortissante française avant d'entrer en France, sous couvert d'un visa de long séjour portant la mention " vie privée et familiale " valable jusqu'au 3 novembre 2021, avec son épouse le 7 novembre 2020. Un enfant est né en France de cette union le 2 décembre 2020. Le couple s'est séparé en juillet 2021. Le 12 septembre 2021, M. E a sollicité le renouvellement de ses droits au séjour en qualité de parent d'un enfant français, par une première demande qui a été classée sans suite en l'absence de carte d'identité de son fils. M. E a renouvelé sa demande le 12 décembre 2021. Par l'arrêté contesté du 15 avril 2022, le préfet de Meurthe-et-Moselle a rejeté cette demande, a fait obligation à l'intéressé de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office.
2. En premier lieu, M. D B, directeur de l'immigration et de l'action locale, a pu légalement signer l'arrêté attaqué en vertu d'une délégation de signature que le préfet de Meurthe-et-Moselle lui a consentie par arrêté du 29 novembre 2021 régulièrement publiée le 30 novembre 2021 au recueil des actes administratifs de la préfecture.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France et qui établit contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil, depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ". Aux termes de l'article L. 611-3 du même code : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : / () 5° L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France, à condition qu'il établisse contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans ; / () ".
4. Contrairement à ce que le requérant soutient, le préfet de Meurthe-et-Moselle n'a pas fondé la décision de refus de renouvellement de ses droits au séjour, en sa qualité de parent d'enfant français, sur la seule circonstance que le tribunal judiciaire a refusé de délivrer un certificat de nationalité de l'enfant et a procédé à un signalement auprès du procureur de la République, mais également et avant tout sur la circonstance que M. E n'avait joint à sa demande de renouvellement de séjour aucun élément de nature à justifier qu'il contribuait à l'éducation et à l'entretien de son enfant, alors par ailleurs que n'était produite aucune convention ou décision prise par le juge aux affaires familiales lui accordant un droit de visite ou d'hébergement de l'enfant. De même, le préfet n'a pas entendu, par les motifs de sa décision, remettre en cause la nationalité française de l'enfant.
5. Il ressort des pièces du dossier que l'enfant de M. E est né le 2 décembre 2020. Si le requérant soutient que la vie commune avec son épouse n'aurait cessé qu'en juillet 2021, il ressort des pièces du dossier que l'épouse du requérant a déclaré que ce dernier a quitté le domicile conjugal le 5 mars 2021 et qu'il ne s'occupait pas de son enfant durant la vie commune. Dès lors, les justificatifs de virements bancaires et de factures alimentaires ou d'habits que M. E verse au dossier pour justifier de sa contribution à l'entretien et à l'éducation de son enfant, dont la première est datée de seulement septembre 2021 ne suffisent pas à établir que cette contribution aurait été apportée sans interruption depuis la naissance de son enfant. Il résulte par ailleurs de l'attestation du 1er avril 2022, qui n'est assortie d'aucune pièce d'identité, qui aurait été établie par l'épouse du requérant, que ce dernier ne rend visite à son enfant que depuis le mois de décembre 2021. Dans ces conditions, le préfet pouvait, pour le seul motif que M. E ne justifiait pas contribuer à l'éducation et à l'entretien de son enfant depuis sa naissance, refuser de renouveler ses droits au séjour en sa qualité de parent d'enfant français.
6. Il résulte de ce qui précède que les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 423-7 et de celles du 5° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne peuvent qu'être écartés en toutes leurs branches.
7. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
8. Il ressort des pièces du dossier que M. E est entré récemment en France à l'âge de vingt-quatre ans et n'y résidait que depuis seize mois à la date de l'arrêté contesté. Il ne ressort en revanche pas des pièces du dossier que la vie commune de M. E avec son épouse ait duré plus de deux ans, ni que le requérant ait entretenu ou continue d'entretenir des relations particulièrement intenses et stables avec son enfant. M. E ne fait état d'aucun autre lien familial, ni d'aucun autre lien personnel ou professionnel en France et ne justifie pas être dépourvu de toute attache familiale dans son pays d'origine qu'il a quitté récemment. Dans ces conditions, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'en refusant de renouveler les droits au séjour du requérant, le préfet aurait porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peuvent qu'être écartés.
9. En quatrième lieu, dès lors que M. E ne justifie pas remplir les conditions posées à l'article L. 423-7 ou à l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, lui permettant de se voir délivrer de plein droit un titre de séjour, le préfet n'était pas dans l'obligation de saisir la commission du titre de séjour avant de statuer sur sa demande de renouvellement de ses droits au séjour. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.
10. En dernier lieu, aux termes du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".
11. Ainsi qu'il a été dit précédemment, le requérant ne justifie pas entretenir des relations particulièrement intenses et stables avec son enfant. Dans ces conditions, il n'est pas fondé à soutenir, sans au demeurant assortir ce moyen de précision particulière, que le préfet aurait méconnu les stipulations du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation de l'arrêté litigieux doivent être rejetées. Les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte, ainsi que celles relatives aux frais exposés et non compris dans les dépens doivent être également rejetées par voie de conséquence.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. E est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A E et au préfet de Meurthe-et-Moselle.
Copie en sera adressée, pour information, au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 2 septembre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Coudert, président,
Mme Grandjean, première conseillère,
M. Gottlieb, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 septembre 2022.
Le président-rapporteur,
B. C
L'assesseure la plus ancienne,
G. Grandjean
La greffière,
I. Varlet
La République mande et ordonne au préfet de Meurthe-et-Moselle en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
No 2201365
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026