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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2201369

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2201369

mardi 28 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2201369
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationChambre 1
Avocat requérantSELARL KNITTEL - FOURAY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 12 mai et le 14 novembre 2022, M. A B demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'infliger à la commune d'Aydoilles une pénalité de 50 euros par jour de retard ;

2°) de se substituer à la commune d'Aydoilles pour interdire les manœuvres quotidiennes des poids-lourds de la société " PJ Trans " sur la route de Méménil (RD 48) contraires à la permission de voirie n° PV/2010/146/DVA/SRM du 25 mars 2010 ;

3°) de prononcer la déchéance de M. C D de ses fonctions d'adjoint au maire.

Il soutient que :

- les travaux auxquels le tribunal administratif de Nancy a enjoint la commune d'Aydoilles de procéder ne sont pas terminés ;

- le retard pris par la commune pour procéder à la réfection de la voirie a reporté ses propres travaux de réfection de son chemin privé entraînant un préjudice de 423 euros ;

- il dispose d'une permission de voirie qui lui a été accordée le 27 décembre 1973 par le maire de la commune d'Aydoilles ;

- l'adjoint au maire de la commune chargé de la voirie et de l'urbanisme fait preuve d'un abus de pouvoir à son encontre, qui a entraîné la réduction de 500 euros de la réparation de son préjudice et l'engagement de frais de procédure pour un montant de 500 euros ;

- le maire de la commune d'Aydoilles a laissé sans réponse ses demandes tendant à ce qu'il fasse cesser les manœuvres des poids-lourds de la société PJ Trans sur la RD 48 ;

- l'adjoint au maire chargé de la voirie et de l'urbanisme, employé par la société PJ Trans, est en conflit d'intérêt, voire en prise illégale d'intérêt, pour protéger cette société ;

- la société PJ Trans n'a pas respecté les prescriptions du permis de construire qui lui a été délivré le 31 mars 2009 dès lors qu'elle a débuté ses travaux avant d'obtenir les permissions de voirie imposées par ce permis, ce qui démontre l'immunité dont elle bénéficie de la part de la municipalité.

Par un mémoire enregistré le 3 novembre 2022, la commune d'Aydoilles, représentée par Me Fouray, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 1 200 euros soit mise à la charge de M. B en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de ce que les conclusions indemnitaires présentées par M. B sont irrecevables faute d'avoir été précédées d'une demande indemnitaire préalable auprès de la commune d'Aydoilles de nature à lier le contentieux.

Des observations ont été présentées en réponse à ce moyen d'ordre public par M. B par un mémoire enregistré le 24 février 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Grandjean, rapporteure,

- les conclusions de Mme Guidi, rapporteure publique,

- et les observations de Me Luisin, substituant Me Fouray, représentant la commune d'Aydoilles.

Considérant ce qui suit :

1. Le 8 juin 2021, le tribunal administratif de Nancy a condamné la commune d'Aydoilles (Vosges), après avoir retenu une faute du requérant de nature à atténuer la responsabilité de la commune dans le dommage subi tenant à l'artificialisation de l'accotement herbeux situé au droit de sa propriété, à verser à M. B 1 000 euros en raison du préjudice subi au motif que des travaux de rehaussement de la voie publique avait eu pour effet qu'une partie des eaux pluviales de la voie publique se déversaient dans sa propriété. Ce jugement a également enjoint à la commune de prendre toute mesure ou de réaliser tous travaux appropriés de nature à faire cesser l'écoulement des eaux pluviales dans la propriété de M. B dans un délai de 6 mois à compter de la notification du jugement. Par la requête susvisée et dans le dernier état de ses écritures, M. B doit être regardé comme demandant au tribunal, d'une part, de condamner la commune à lui verser une somme de 50 euros par jour de retard à compter de l'échéance du délai qui était imparti à la commune pour réaliser ces travaux, d'autre part, d'annuler le refus que le maire a implicitement opposé à sa demande du 25 avril 2022 tendant à ce qu'il soit mis fin aux manœuvres de véhicules poids-lourds sur la RD 48 au niveau des bâtiments de la société " PJ Trans ", enfin de démettre l'adjoint au maire chargé de la voirie et de l'urbanisme de ses fonctions.

Sur la recevabilité des conclusions de la requête tendant à ce que le tribunal prononce la déchéance de ses fonctions de l'adjoint au maire chargé de la voirie et de l'urbanisme :

2. Il n'appartient pas au juge de l'excès de pouvoir de démettre un élu municipal de ses fonctions. Par suite, la fin de non-recevoir opposée par la commune aux conclusions présentées par M. B tendant à ce que le tribunal démette l'adjoint au maire chargé de la voirie et de l'urbanisme de ses fonctions doit être accueillie. Par voie de conséquence, les moyens relatifs d'une part, à l'abus de pouvoir dont aurait fait preuve cet élu municipal à son encontre, d'autre part, à la protection que la municipalité assurerait à la société " PJ Trans " qui se rattachent à ces conclusions ne peuvent qu'être écartés.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. Aux termes de l'article L. 2213-1 du code général des collectivités territoriales : " Le maire exerce la police de la circulation sur les routes nationales, les routes départementales et l'ensemble des voies publiques ou privées ouvertes à la circulation publique à l'intérieur des agglomérations, sous réserve des pouvoirs dévolus au représentant de l'État dans le département sur les routes à grande circulation / () ".

4. M. B soutient que le maire devait faire usage de ses pouvoirs de police afin de contraindre la société " PJ Trans " située en face de sa propriété à respecter les prescriptions de la permission de voirie délivrée par le département des Vosges le 25 mars 2010 interdisant les manœuvres des véhicules poids lourds sur la route départementale n° 48 (RD 48). Toutefois, il ressort des pièces du dossier, d'une part, que cette permission de voirie a été accordée non à la société " PJ Trans " mais à la SCI " CC Clip ", d'autre part, qu'elle n'a été accordée que pour la réalisation d'un accès à la RD 48, en l'espèce un portail d'entrée, et que ce n'est que dans le cadre des travaux nécessaires à la réalisation de cet ouvrage que les manœuvres des poids lourds ont été interdites sur la RD 48. Par ailleurs, M. B ne se prévaut d'aucune autre disposition légale ou réglementaire s'opposant aux manœuvres, dont il ne précise au demeurant pas la dangerosité, de poids lourds sur la RD 48 au droit des locaux de la société " PJ Trans ". Dans ces conditions, les conclusions de M. B tendant à l'annulation de la décision par laquelle le maire de la commune d'Aydoilles a implicitement refusé de faire usage de ses pouvoirs de police à l'encontre de la société " PJ Trans " ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les conclusions indemnitaires :

5. Aux termes du deuxième alinéa de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle ".

6. Si M. B doit être regardé comme demandant au tribunal de condamner la commune à lui verser une somme de 50 euros par jour écoulé entre la date d'échéance fixée par le jugement du 8 juin 2021 du tribunal administratif de Nancy et la date d'achèvement des travaux que ce même jugement avait enjoint à la commune d'Aydoilles de réaliser, il ne justifie pas avoir préalablement adressé à la commune une demande indemnitaire en ce sens, pas plus qu'en vue de se voir verser la somme de 423 euros de plus-value relative aux travaux effectués sur son chemin privé qu'il impute au retard avec lequel la commune a exécuté les travaux sur la voie publique que ce jugement avait enjoint à cette dernière de réaliser. Dès lors, et ainsi qu'en ont été informées les parties, les conclusions à fin d'indemnisation sont irrecevables et ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais de l'instance :

7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de M. B la somme de 1 200 euros demandée par la commune d'Aydoilles au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er :La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : M. B versera à la commune d'Aydoilles une somme de 1 200 (mille deux cents) euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la commune d'Aydoilles.

Délibéré après l'audience du 9 mars 2023, à laquelle siégeaient :

M. Coudert, président,

Mme Grandjean, première conseillère,

M. Gottlieb, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 mars 2023.

La rapporteure,

G. Grandjean Le président,

B. Coudert

La greffière,

I. Varlet

La République mande et ordonne à la préfète des Vosges en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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