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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2201379

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2201379

mardi 12 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2201379
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationChambre 1
Avocat requérantRICHARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 13 mai 2022, M. A B, représenté par Me Richard, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 23 février 2022 par lequel le préfet de Meurthe-et-Moselle a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit ;

2°) d'enjoindre au préfet de Meurthe-et-Moselle de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler dans un délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) subsidiairement, d'enjoindre au préfet de Meurthe-et-Moselle de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler dans un délai de huit jours à compter de la notification du jugement sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat les entiers dépens et le versement à son conseil d'une somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :

- la décision attaquée est entachée d'incompétence ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle a été prise sans respecter son droit d'être préalablement entendu ;

- le préfet n'a pas procédé à l'examen de sa situation personnelle ;

- la décision contestée méconnaît l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 et l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- la décision contestée doit être annulée par exception d'illégalité de la décision portant refus de séjour ;

- elle a été prise sans respecter l'article 41-2 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- la décision fixant le pays de destination sera annulée par voie de conséquence de l'annulation des précédentes décisions ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- le préfet a méconnu le champ de sa compétence en ne vérifiant pas les conséquences de cette décision.

Par un mémoire en défense enregistré le 22 juin 2022, le préfet de Meurthe-et-Moselle conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Nancy en date du 7 avril 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code du travail ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Gottlieb, rapporteur,

- et les observations de Me Richard, représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant marocain né le 15 novembre 1986, a déclaré être entré en France le 1er août 2017 sous couvert de son passeport revêtu d'un visa de long séjour. L'intéressé a été mis en possession d'une carte de séjour pluriannuelle portant la mention " travailleur saisonnier " valable jusqu'au 31 juillet 2020. Le 24 janvier 2022, il a sollicité le renouvellement de ses droits au séjour et un changement de statut en vue de la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " salarié ". Par un arrêté du 23 février 2022, dont le requérant demande l'annulation, le préfet de Meurthe-et-Moselle a refusé de faire droit à sa demande, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué est signé par M. Julien Le Goff, secrétaire général, auquel le préfet de Meurthe-et-Moselle a, par un arrêté du 8 septembre 2021, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le lendemain, délégué sa signature à l'effet de signer, notamment, les décisions en matière d'éloignement des étrangers. Par suite, et alors que cette délégation n'était pas subordonnée à l'absence ou à l'empêchement du préfet, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté en litige doit être écarté.

3. En deuxième lieu, l'arrêté litigieux comporte les considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision portant refus de séjour. Par suite, le moyen tiré de son insuffisante motivation doit être écarté.

4. En troisième lieu, la circonstance alléguée selon laquelle le préfet de Meurthe-et-Moselle n'aurait pas répondu aux précédentes demandes de titre de séjour que le requérant prétend lui avoir adressées n'est pas de nature à établir que le préfet n'aurait pas, avant de prendre la décision contestée, procédé à un examen complet de sa demande de titre de séjour au regard de sa situation personnelle, familiale et professionnelle. En l'espèce, il ne ressort ni des pièces du dossier, ni des termes de l'arrêté contesté, que le préfet n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation personnelle de l'intéressé. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen doit être écarté.

5. En quatrième lieu, lorsqu'un étranger sollicite la délivrance d'un titre de séjour, il ne saurait ignorer, en raison même de l'accomplissement de cette démarche qui tend à son maintien régulier sur le territoire français, qu'en cas de refus, il pourra faire l'objet d'une mesure d'éloignement. A l'occasion du dépôt de sa demande, il est conduit à préciser les motifs pour lesquels il demande que lui soit délivré un tel titre de séjour et à produire tous éléments susceptibles de venir au soutien de cette demande. Il lui appartient, lors du dépôt de cette demande, lequel doit en principe faire l'objet d'une présentation personnelle du demandeur en préfecture, d'apporter à l'administration toutes les précisions qu'il juge utiles. Il lui est loisible, au cours de l'instruction de sa demande, de faire valoir auprès de l'administration toute observation complémentaire utile, au besoin en faisant état d'éléments nouveaux. En l'espèce, il n'est ni établi ni allégué que M. B aurait été empêché de porter à la connaissance de l'administration l'ensemble des informations relatives à sa situation dont il souhaitait se prévaloir avant que ne soit prise à son encontre la décision qu'il conteste et qui, si elles avaient pu être communiquées en temps utile auraient été de nature à influer sur le sens de la décision. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du droit à être entendu ne peut qu'être écarté.

6. En cinquième lieu, l'article 3 de l'accord entre le gouvernement de la République française et le gouvernement du royaume du Maroc en matière de séjour et d'emploi du 9 octobre 1987 dispose que : " Les ressortissants marocains désireux d'exercer une activité professionnelle salariée en France, pour une durée d'un an au minimum, et qui ne relèvent pas des dispositions de l'article 1er du présent accord, reçoivent, après le contrôle médical d'usage et sur présentation d'un contrat de travail visé par les autorités compétentes, un titre de séjour valable un an renouvelable et portant la mention ''salarié'' () ". Aux termes de l'article 9 du même accord : " Les dispositions du présent accord ne font pas obstacle à l'application de la législation des deux Etats sur le séjour des étrangers sur tous les points non traités par l'accord () ". Enfin, selon l'article L. 5221-2 du code du travail : " Pour entrer en France en vue d'y exercer une profession salariée, l'étranger présente :/ () / 2o Un contrat de travail visé par l'autorité administrative ou une autorisation de travail " et l'article R. 5221-1 de ce code prévoit que : " () Tout nouveau contrat de travail fait l'objet d'une demande d'autorisation de travail ".

7. D'une part, il résulte des stipulations précitées de l'article 9 de l'accord franco-marocain que les dispositions de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne sont pas applicables aux ressortissants marocains désireux d'exercer une activité professionnelle salariée en France dont la situation est régie par l'article 3 de cet accord. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté comme étant inopérant.

8. D'autre part, si M. B fait valoir qu'il disposait déjà d'une autorisation de travail lors de sa demande de renouvellement de ses droits au séjour, il ressort des pièces du dossier que cette autorisation lui avait été délivrée pour lui permettre d'exercer une activité en tant que travailleur saisonnier, sur le fondement des dispositions de l'article L. 313-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors applicables et désormais codifiées à l'article L. 421-34 de ce code. Il n'est en outre pas contesté que l'intéressé a ensuite travaillé irrégulièrement sous couvert d'un contrat à durée indéterminée au sein de la SAS Delices d'Orient en tant que préparateur polyvalent. Il ressort enfin des pièces du dossier qu'à l'appui de sa demande de renouvellement de ses droits au séjour et de délivrance d'un titre de séjour portant la mention " salarié ", le requérant s'est prévalu d'une promesse d'embauche au sein de la SAS El Amana en tant qu'employé libre-service. Dans ces conditions, et alors qu'il résulte des dispositions précitées de l'article R. 5221-1 du code du travail que tout nouveau contrat de travail fait l'objet d'une demande d'autorisation de travail, le préfet a pu sans commettre d'erreur de droit lui opposer la circonstance qu'il n'avait pas présenté à l'appui de sa demande l'autorisation de travail lui permettant d'exercer ce nouvel emploi. Par suite, ce moyen doit être écarté.

9. En dernier lieu, il ressort des pièces du dossier que M. B est entré en France le 1er août 2017, alors qu'il était âgé de trente ans. Si le requérant se prévaut de ses efforts d'intégration professionnelle, de la présence en France de sa sœur et de trois oncles, il n'établit ni la réalité, ni l'intensité, ni la stabilité des liens personnels et familiaux qu'il aurait tissés avec ces derniers et ne démontre pas être dépourvu de toute attache familiale dans son pays d'origine. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision de refus de séjour en litige porte à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision contestée serait entachée d'une erreur d'appréciation et qu'elle méconnaîtrait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

En ce qui concerne la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

10. En premier lieu, M. B n'établit pas l'illégalité de la décision par laquelle le préfet de Meurthe-et-Moselle a refusé de l'admettre au séjour. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire français devrait être annulée en raison de l'illégalité de la décision portant refus de séjour.

11. En deuxième lieu, le droit de toute personne d'être entendue, tel qu'il est énoncé notamment au 2 de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, implique que l'autorité préfectorale, avant de prendre à l'encontre d'un étranger une décision portant obligation de quitter le territoire français, mette l'intéressé à même de présenter ses observations écrites et lui permette, sur sa demande, de faire valoir des observations orales, de telle sorte qu'il puisse faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue sur la mesure envisagée avant qu'elle n'intervienne. Lorsqu'il sollicite la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour, l'étranger, en raison même de l'accomplissement de cette démarche qui tend à son maintien régulier sur le territoire français, ne saurait ignorer qu'en cas de refus, il pourra faire l'objet d'une mesure d'éloignement. Il lui appartient, lors du dépôt de sa demande de titre, lequel doit en principe faire l'objet d'une présentation personnelle du demandeur en préfecture, de préciser à l'administration les motifs pour lesquels il demande que lui soit délivré un titre de séjour et de produire tous éléments susceptibles de venir au soutien de cette demande. Il lui est loisible, au cours de l'instruction de sa demande, de faire valoir auprès de l'administration toute observation complémentaire utile, au besoin en faisant état d'éléments nouveaux. Le droit de l'intéressé d'être entendu, ainsi satisfait avant que n'intervienne le refus de titre de séjour, n'impose pas à l'autorité administrative de mettre l'intéressé à même de réitérer ses observations ou de présenter de nouvelles observations, de façon spécifique, sur la décision portant obligation de quitter le territoire français prise concomitamment et en conséquence du refus de titre de séjour.

12. En l'espèce, M. B a sollicité un titre de séjour. Il résulte de ce qui précède qu'il lui appartenait, au besoin au cours de l'instruction de cette demande, de présenter à l'administration ses observations, sans que le préfet ait à les solliciter expressément. Il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il aurait été fait obstacle à ce qu'il présente les éléments qu'il entendait faire valoir. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir qu'il aurait été privé de son droit à être entendu. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ne peut par suite qu'être écarté.

En ce qui concerne la légalité de la décision fixant le pays de destination :

13. En premier lieu, M. B n'établit pas l'illégalité des décisions par lesquelles le préfet de Meurthe-et-Moselle a refusé de l'admettre au séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir que la décision fixant le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit devrait être annulée en raison de l'illégalité de ces décisions.

14. En deuxième lieu, l'arrêté litigieux comporte les considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision fixant le pays de destination. Par suite, le moyen tiré de son insuffisante motivation doit être écarté.

15. Enfin, il ne ressort ni des pièces du dossier ni des termes de l'arrêté contesté que le préfet n'aurait pas procédé à un examen des conséquences de la décision fixant le pays de destination sur la situation personnelle de M. B. Par suite, le moyen tiré de ce que le préfet de Meurthe-et-Moselle aurait méconnu l'étendue de sa compétence doit être écarté.

16. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M.B ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

17. Le présent jugement n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions susvisées ne peuvent qu'être écartées.

Sur les frais du litige :

18. La présente instance n'ayant donné lieu à aucuns dépens, les conclusions présentées à ce titre ne peuvent qu'être rejetées.

19. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la somme demandée au titre des frais exposés non compris dans les dépens soit mise à la charge de l'Etat qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de Meurthe-et-Moselle.

Copie en sera adressée, pour information, au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 28 juin 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Kohler, première conseillère faisant fonction de présidente,

Mme Grandjean, première conseillère,

M. Gottlieb, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 juillet 2022.

Le rapporteur,

R. Gottlieb La présidente,

J. Kohler

La greffière,

A. Mathieu

La République mande et ordonne au préfet de Meurthe-et-Moselle en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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