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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2201389

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2201389

mardi 12 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2201389
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationChambre 1
Avocat requérantARSLAN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 13 mai 2022, M. A B, représenté par Me Arslan, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 11 mai 2022 par lequel le préfet de Meurthe-et-Moselle lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de dix-huit mois ;

2°) de mettre à la charge de " l'Office français de l'immigration et de l'intégration le versement à la société Barber Corner d'une somme de 500 euros en application de l'article L. 731-1 du code de justice administrative ".

Il soutient que :

- la demande d'admission au séjour qu'il a présentée au préfet de la Moselle est toujours en cours d'instruction ;

- l'arrêté attaqué méconnaît l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- son retour portera une atteinte disproportionnée aux articles 2 et 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- ni le requérant, ni sa famille ne présente un risque de trouble à l'ordre public ;

- l'obligation de quitter le territoire français sans délai est disproportionnée au regard de la situation de sa famille et l'absence d'antécédent judiciaire ;

- l'application de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est manifestement excessif ;

- il est manifeste que les deux décisions subséquentes portent atteinte au droit au recours effectif du requérant consacré par l'article 13 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi qu'aux articles 2, 3, 6 et 8 de la même convention.

Par un mémoire en défense enregistré le 20 juin 2022, le préfet de Meurthe-et-Moselle conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. C a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant macédonien né le 10 février 1984 a déclaré être entré en France le 20 mai 2020 accompagné de son épouse et de ses deux enfants mineurs. Sa demande d'asile a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) le 22 février 2021 et par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 9 septembre 2021. A la suite d'un contrôle d'identité par les services de la police aux frontières de Mont-Saint-Martin, le préfet de Meurthe-et-Moselle lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de dix-huit mois par arrêté du 11 mai 2022. Par la requête susvisée, M. B demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, le seul dépôt d'une demande de titre de séjour ne saurait faire obstacle à ce que l'autorité administrative décide la reconduite à la frontière d'un étranger qui se trouve dans l'un des cas mentionnés par l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La circonstance qu'un récépissé ou une autorisation provisoire de séjour a été délivré à l'intéressé pendant la durée d'instruction de cette demande de titre de séjour ne saurait davantage y faire obstacle. Il ne saurait en aller autrement que lorsque la loi prescrit l'attribution de plein droit d'un titre de séjour à l'intéressé, cette circonstance faisant alors obstacle à ce qu'il puisse légalement faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français.

3. Si M. B fait valoir que la demande d'admission au séjour qu'il a présentée au préfet de la Moselle était toujours en cours d'instruction à la date d'édiction de l'arrêté litigieux, il ressort des pièces du dossier que l'intéressé a présenté une demande d'admission exceptionnelle au séjour, qui ne relève pas des cas de délivrance de plein droit d'un titre de séjour. Ainsi, la circonstance, à la supposer établie, que cette demande était toujours en cours d'instruction ne faisait pas obstacle à ce que le préfet de Meurthe-et-Moselle lui fasse obligation de quitter le territoire français. Par suite, ce moyen doit être écarté.

4. En deuxième lieu, M. B n'établit pas avoir sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ni ne soutient qu'il remplirait les conditions pour se voir attribuer de plein droit un titre de séjour sur ce fondement. Par suite, il ne peut utilement se prévaloir, à l'encontre de la décision d'obligation de quitter le territoire français contestée, de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / () / 5° Le comportement de l'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois constitue une menace pour l'ordre public ; / 6° L'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois a méconnu les dispositions de l'article L. 5221-5 du code du travail ".

6. Il ressort des termes de l'arrêté contesté que pour faire obligation à M. B de quitter le territoire français, le préfet de Meurthe-et-Moselle a relevé que l'intéressé entrait " dans le champ d'application de l'article L. 611-1 5° du CESEDA étant donné qu'il a reconnu au cours de son audition de ce jour travailler en toute clandestinité en tant qu'ouvrier façadier () ". Ce faisant, le préfet de Meurthe-et-Moselle ne s'est pas fondé sur la menace pour l'ordre public que représenterait le comportement du requérant, mais sur la circonstance qu'il a exercé une activité professionnelle sans avoir obtenu au préalable une autorisation de travail, et doit ainsi être regardé comme s'étant fondé non pas sur les dispositions du 5° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, mais sur celles du 6° de cet article. Par suite, le moyen tiré de ce que le comportement de M. B ne constituerait pas une menace pour l'ordre public doit être écarté comme étant inopérant.

7. En quatrième lieu, si M. B fait valoir que l'obligation de quitter le territoire français sans délai est disproportionnée au regard de la situation de sa famille et l'absence d'antécédent judiciaire, il ne verse au dossier aucun élément de nature à démontrer l'intensité des liens privés et familiaux qu'il aurait tissés en France. Dans ces conditions, et alors même que M. B n'aurait aucun antécédent judiciaire, l'intéressé n'est pas fondé à soutenir que la décision contestée serait disproportionnée.

8. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : () / 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; / 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; () / 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5. () ".

9. Il ressort des pièces du dossier que M. B, qui n'invoque aucune circonstance particulière liée à sa situation personnelle ou familiale, s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement dont il a fait l'objet le 30 avril 2021, qu'il a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français et qu'il n'a pas été en mesure de présenter un document d'identité ou de voyage en cours de validité. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir que la décision par laquelle le préfet a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire serait disproportionnée.

10. En sixième lieu, M. B n'apporte aucune précision ni aucune pièce de nature à établir la réalité et l'actualité des risques de traitement inhumains et dégradants auxquels il serait personnellement exposé en cas de retour dans son pays d'origine. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que la décision fixant le pays de destination méconnaîtrait les stipulations des articles 2 et 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

11. En dernier lieu, le moyen tiré de ce que " les deux décisions subséquentes portent atteinte au droit au recours effectif du requérant consacré par l'article 13 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi qu'aux articles 2, 3, 6 et 8 de la même convention " n'est pas assorti des précisons suffisantes permettant au tribunal d'en apprécier le bien-fondé.

12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais du litige :

13. Les dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la somme demandée au titre des frais exposés non compris dans les dépens soit mise à la charge de l'Etat qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de Meurthe-et-Moselle.

Copie en sera adressée, pour information, au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 28 juin 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Kohler, première conseillère faisant fonction de présidente,

Mme Grandjean, première conseillère,

M. Gottlieb, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 juillet 2022.

Le rapporteur,

R. C La présidente,

J. Kohler

La greffière,

A. Mathieu

La République mande et ordonne au préfet de Meurthe-et-Moselle en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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