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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2201401

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2201401

jeudi 17 août 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2201401
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationChambre 3
Avocat requérantSCP LEVI-CYFERMAN - CYFERMAN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 16 mai 2022, M. B A, représenté par Me Lévi-Cyferman, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 4 février 2022 par laquelle le préfet de Meurthe-et-Moselle lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet de Meurthe-et-Moselle, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour comportant une autorisation de travail, ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation administrative et de lui délivrer, en tout état de cause, une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil, Me Lévi-Cyferman, sur le fondement des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- cette décision est entachée d'incompétence de son auteur ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- il n'a pas été en mesure de faire valoir ses observations avant l'intervention de la décision attaquée en méconnaissance des dispositions de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- cette décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences qu'elle est susceptible d'avoir sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense enregistré le 26 juin 2023, le préfet de Meurthe-et-Moselle conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau de l'aide juridictionnelle du 11 mars 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Fabas, rapporteure ;

- et les observations de Me Lévi-Cyferman, représentant M. A.

Des pièces ont été enregistrées pour M. A, le 12 juillet 2023, postérieurement à la clôture d'instruction et n'ont pas été communiquées.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant malien né le 4 septembre 2002, est entré en France en avril 2019, selon ses déclarations. Par une ordonnance d'ouverture d'une tutelle d'Etat du tribunal de grande instance de Nancy du 29 mars 2019, l'intéressé a été confié aux services de l'aide sociale à l'enfance du département de Meurthe-et-Moselle. M. A avait saisi le préfet de Meurthe-et-Moselle aux fins de délivrance d'un titre de séjour. Par un arrêté du 9 avril 2021, le préfet avait rejeté cette demande et l'avait obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours en fixant le pays à destination duquel il était susceptible d'être éloigné. Par un jugement du 16 novembre 2021, le tribunal administratif de Nancy a annulé cet arrêté et a enjoint au préfet de Meurthe-et-Moselle de réexaminer la situation du requérant dans un délai d'un mois et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler. Par une nouvelle décision du 4 février 2022, le préfet de Meurthe-et-Moselle a rejeté la demande de titre de séjour de M. A. Par sa requête, M. A demande au tribunal d'annuler cette décision.

Sur les conclusions d'annulation :

2. En premier lieu, cette décision est signée par M. Julien Le Goff, secrétaire général de la préfecture de Meurthe-et-Moselle, lequel a pu légalement signer la décision litigieuse en vertu de la délégation de signature que lui a donnée le préfet de Meurthe-et-Moselle par un arrêté du 8 septembre 2021 publié le lendemain au recueil des actes administratifs de la préfecture. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée doit être écarté.

3. En deuxième lieu, la décision attaquée comporte les considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation ne peut, dès lors, qu'être écarté.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable ".

5. En l'espèce, par la décision attaquée, le préfet de Meurthe-et-Moselle a statué sur une demande de titre de séjour présentée par M. A. Dans ces conditions, ce dernier ne peut utilement invoquer la méconnaissance des dispositions de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration.

6. En quatrième lieu, il ne ressort ni des termes de la décision attaquée ni des pièces du dossier que le requérant aurait saisi le préfet de Meurthe-et-Moselle d'une demande de séjour au motif de sa vie privée et familiale sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions doit être écarté comme étant inopérant.

7. En cinquième lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans leur version alors applicable : " A titre exceptionnel, l'étranger qui a été confié à l'aide sociale à l'enfance entre l'âge de seize ans et l'âge de dix-huit ans et qui justifie suivre depuis au moins six mois une formation destinée à lui apporter une qualification professionnelle peut, dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire, se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ", sous réserve du caractère réel et sérieux du suivi de cette formation, de la nature de ses liens avec sa famille restée dans le pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil sur l'insertion de cet étranger dans la société française. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable ".

8. Pour refuser de délivrer à M. A un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet de Meurthe-et-Moselle s'est fondé sur les motifs tirés, d'une part, que l'intéressé ne justifie pas suivre depuis au moins six mois une formation destinée à lui apporter une qualification professionnelle et, d'autre part, qu'il n'établit pas le caractère réel et sérieux du suivi de sa formation. Il ressort des pièces du dossier que, par la décision attaquée du 4 février 2022, le préfet de Meurthe-et-Moselle a, sur injonction du tribunal, réexaminé la situation de M. A. Le requérant était inscrit, au titre de l'année scolaire 2021-2022 en première année de CAP de maintenance des véhicules option A : voitures particulières. Cette formation est destinée à lui apporter une qualification professionnelle puisqu'il peut, à l'issue de deux années, obtenir un certificat d'aptitude professionnelle. Toutefois, il ressort du bulletin de notes de M. A, produit par le préfet en défense, qu'au titre du premier trimestre de l'année scolaire 2021-2022 M. A a seulement obtenu une moyenne de 9,61/20 et qu'il lui est reproché par l'équipe éducative ses nombreuses absences et un manque d'implication dans sa formation. Dans ces conditions, M. A n'établit pas le caractère réel et sérieux du suivi de sa formation et le préfet pouvait, pour ce seul motif, refuser de lui délivrer le titre de séjour qu'il sollicitait sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

9. En dernier lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

10. Il ressort des pièces du dossier que M. A réside sur le territoire français depuis moins de trois ans à la date de la décision attaquée. Il est célibataire et sans charge de famille et est également dépourvu de tout lien familial sur le territoire français. Par ailleurs, s'il fait valoir qu'il est isolé dans son pays d'origine, il ne l'établit pas. En dépit de ses efforts d'intégration, il n'établit pas davantage avoir transféré en France le centre de ses intérêts personnels et familiaux. Dans ces conditions, c'est sans méconnaître les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et sans commettre d'erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de sa décision sur la situation personnelle du requérant que le préfet de Meurthe-et-Moselle a refusé de lui délivrer un titre de séjour.

11. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 4 février 2022 par laquelle le préfet de Meurthe-et-Moselle a refusé de lui délivrer un titre de séjour. Les conclusions présentées à fin d'annulation de cette décision ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et celles tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ne peuvent, par suite, qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Lévi-Cyferman et au préfet de Meurthe-et-Moselle.

Délibéré après l'audience du 7 juillet 2023, à laquelle siégeaient :

M. Coudert, président,

Mme Fabas, conseillère,

M. Bastian, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 août 2023.

La rapporteure,

L. Fabas

Le président,

B. CoudertLe greffier,

P. Lepage

La République mande et ordonne au préfet de Meurthe-et-Moselle en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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