jeudi 5 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nancy |
| Section | Tribunal Administratif de Nancy |
| N° Dossier | TA54-2201423 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Chambre 3 |
| Avocat requérant | SELARL MONTAZEAU ET CARA AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés les 18 mai et 22 juin 2022, 6 juillet 2023, 20 juin 2024 et 30 septembre 2024, M. A B, représenté par Me Montazeau, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler l'arrêté du 15 mars 2022 par lequel la préfète de la zone de défense et de sécurité Est a prononcé sa radiation pour abandon de poste à compter du 23 août 2021 ;
2°) d'enjoindre à la préfète de la zone de défense et de sécurité Est de procéder à un nouvel examen de sa situation en saisissant le conseil médical compétent pour se prononcer sur son état de santé à compter de sa première demande de congé de longue maladie ou, à défaut, à compter du 1er octobre 2020.
Il soutient que :
- la décision attaquée a été prise par une autorité incompétente ;
- elle n'est pas suffisamment motivée ;
- elle a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière, dès lors que son état de santé justifiait que l'administration le soumette, avant toute reprise du travail, à une nouvelle visite médicale ; la composition du comité médical était irrégulière en l'absence d'un médecin spécialiste ;
- elle est entachée d'erreur d'appréciation dès lors qu'il justifie de son impossibilité médicale à la reprise de ses fonctions et de l'existence de circonstances nouvelles.
Par un mémoire en défense, enregistré le 27 avril 2023, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.
Par des lettres des 18, 20 et 26 juin 2024, les parties ont été invitées, en application de l'article R. 613-1-1 du code de justice administrative, à produire des pièces en vue de compléter l'instruction.
Par un mémoire, enregistré le 21 juin 2024, le ministre de l'intérieur et des outre-mer a répondu à la mesure supplémentaire d'instruction et produit les pièces sollicitées.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;
- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 ;
- le décret n° 86-442 du 14 mars 1986 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Agnès Bourjol,
- les conclusions de Mme Laëtitia Cabecas, rapporteure publique,
- et les observations de Me Degoulet, substituant Me Montazeau, représentant M. B.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B, gardien de la paix au sein de la circonscription de la sécurité publique de Toul, a été placé en congé de maladie ordinaire du 28 décembre 2018 au 27 décembre 2019. Après épuisement de ses droits à congés de maladie, il a sollicité à la fois sa mutation pour raison de santé et son placement en congé de longue maladie. Par un arrêté du 31 janvier 2020, la préfète de la zone de défense et de sécurité Est a placé M. B en disponibilité d'office pour raison médicale pour trois mois à compter du 28 décembre 2019, prolongée à deux reprises jusqu'au 27 septembre 2020, au vu des deux avis favorables émis par le comité médical interdépartemental les 28 janvier 2020 et 27 juillet 2020. Par un arrêté du 14 septembre 2020, M. B a été réintégré dans ses fonctions à compter du 28 septembre 2020, à la suite de l'avis favorable émis le 8 septembre 2020 par le comité médical. Par un courrier du 17 décembre 2020, le chef de la circonscription de sécurité publique de Toul a mis en demeure M. B de reprendre ses fonctions. La demande de mutation dérogatoire formée par M. B ayant été rejetée, le préfet de la zone de défense et de sécurité Est l'a, par un premier courrier du 29 avril 2021, reçu le 5 mai 2021, mis en demeure, dans un délai de huit jours à compter de la réception de ce courrier, de reprendre son service, sous peine de faire l'objet d'une procédure de radiation des cadres. Le 23 juillet 2021, le ministre de l'intérieur a adressé à M. B une dernière mise en demeure de reprendre ses fonctions dans un délai d'un mois. Par un arrêté du 15 mars 2022, dont le requérant demande au tribunal l'annulation, le ministre de l'intérieur a radié des cadres M. B pour abandon de poste à compter du 23 août 2021.
Sur les conclusions en annulation :
En ce qui concerne la légalité externe :
2. En premier lieu, l'arrêté contesté du 15 mars 2022 a été signé par Mme Hervé-Magne, conseillère d'administration de l'intérieur et de l'outre-mer, qui a reçu délégation du ministre de l'intérieur et des outre-mer à l'effet de signer toutes décisions relevant des attributions de la direction des ressources humaines, par un arrêté du 24 janvier 2022 publié au Journal Officiel du 1er février 2022. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté contesté doit être écarté.
3. En deuxième lieu, l'arrêté contesté vise les dispositions légales et réglementaires pertinentes, notamment la loi du 21 janvier 1995 d'orientation et de programmation relative à la sécurité, le décret du 9 mai 1995 fixant les dispositions communes applicables aux fonctionnaires actifs des services de police nationale, et le décret du 23 décembre 2004 modifié portant statut particulier du corps d'encadrement et d'application de la police nationale, ainsi que les trois mises en demeure adressées à M. B de reprendre son poste, restées sans effet. Par suite, il comporte les considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement, nonobstant la référence à la durée de service actif de l'intéressé dans la police nationale. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de l'arrêté contesté doit être écarté.
4. En troisième lieu, aux termes de l'article 9 du décret du 14 mars 1986 relatif à la désignation des médecins agréés, à l'organisation des conseils médicaux, aux conditions d'aptitude physique pour l'admission aux emplois publics et au régime de congés de maladie des fonctionnaires, dans sa rédaction alors applicable : " Le médecin président du conseil médical instruit les dossiers soumis au conseil médical. Il peut confier l'instruction de dossiers aux autres médecins membres du conseil. () ". Aux termes de l'article 25 du même décret : " () L'administration peut faire procéder à tout moment à l'examen du demandeur par un médecin agréé. () /Le conseil médical compétent peut être saisi, soit par l'administration, soit par l'intéressé, des conclusions du médecin agréé. ".
5. M. B soutient que la composition du comité médical est irrégulière, en raison de l'absence de médecin spécialiste en psychiatrie lors de sa séance du 8 septembre 2020, le déclarant apte à la reprise de ses fonctions à compter du 28 septembre 2020. Toutefois, l'irrégularité entachant la composition du comité médical, à la supposée établie, est, par elle-même, sans incidence sur la légalité de la décision relative à l'abandon de poste et n'autorisait pas l'intéressé à s'abstenir de reprendre les fonctions qui lui étaient assignées.
6. Il résulte des dispositions combinées citées au point 4 du présent jugement que l'administration n'était pas tenue, en l'espèce, de saisir le comité médical supérieur, dont le requérant ne justifie d'ailleurs pas avoir demandé la consultation. Si M. B soutient que son état de santé aurait dû faire l'objet d'une nouvelle évaluation, motif pris de ce que le rapport de l'expert psychiatre agréée par l'administration, sur lequel le comité médical s'est appuyé pour émettre son avis, avait conclu qu'il présentait " un trouble anxieux généralisé non encore stabilisé ", l'administration n'avait pas davantage l'obligation de faire procéder à une contre-visite du requérant par un médecin agréé, l'article 25 in fine du décret du 14 mars 1986 cité au point 4, dont se prévaut le requérant, ne s'appliquant pas en cas d'abandon de poste. Par suite, le moyen tiré de l'irrégularité entachant la procédure suivie par le comité médical au cours de la séance ayant déclaré M. B apte à la reprise du travail ne peut qu'être écarté comme inopérant.
En ce qui concerne la légalité interne :
7. D'une part, une mesure de radiation des cadres pour abandon de poste ne peut être régulièrement prononcée que si l'agent concerné a, préalablement à cette décision, été mis en demeure de rejoindre son poste ou de reprendre son service dans un délai approprié qu'il appartient à l'administration de fixer. Une telle mise en demeure doit prendre la forme d'un document écrit, notifié à l'intéressé, l'informant du risque qu'il court d'une radiation des cadres sans procédure disciplinaire préalable. Lorsque l'agent ne s'est pas présenté et n'a fait connaître à l'administration aucune intention avant l'expiration du délai fixé par la mise en demeure, et en l'absence de toute justification d'ordre matériel ou médical, présentée par l'agent, de nature à expliquer le retard qu'il aurait eu à manifester un lien avec le service, cette administration est en droit d'estimer que le lien avec le service a été rompu du fait de l'intéressé.
8. D'autre part, l'agent qui se trouve en position de congé de maladie est regardé comme n'ayant pas cessé d'exercer ses fonctions. Par suite, il ne peut en principe faire l'objet d'une mise en demeure de rejoindre son poste ou de reprendre son service à la suite de laquelle l'autorité administrative serait susceptible de prononcer, dans les conditions définies au point précédent, son licenciement pour abandon de poste. Il en va toutefois différemment lorsque l'agent, reconnu apte à reprendre ses fonctions par le comité médical, se borne, pour justifier l'absence de reprise de son service, à produire un nouveau rapport médical n'apportant, sur l'état de santé de l'intéressé, aucun élément nouveau par rapport aux constatations sur la base desquelles ont été rendus les avis du comité médical.
9. Il est constant que M. B, qui souffre de troubles anxio-dépressifs, a été déclaré apte à reprendre son poste par un avis du comité médical interdépartemental du 8 septembre 2020. Par un avis du 17 novembre 2020, le comité médical a rejeté le recours gracieux formé par le requérant contre cet avis, confirmant ainsi son aptitude à reprendre ses fonctions. Par un arrêté du 14 septembre 2020, M. B a été réintégré dans ses fonctions à temps plein à compter du 28 septembre 2020, arrêté qu'il n'a pas contesté. Par un courrier du 17 décembre 2020, auquel il n'a pas déféré, le requérant a été mis en demeure de reprendre son poste sous peine de poursuite disciplinaire, à laquelle il n'a pas déféré. Il lui appartenait donc de prendre toutes les dispositions utiles afin de faire connaître à son employeur, avant la date limite fixée par mise en demeure, les motifs qui font obstacle à sa reprise du travail, pour ne pas être regardé comme ayant rompu le lien qui l'unit à son administration. Par un courrier du 6 janvier 2021, M. B a informé l'administration être dans l'impossibilité médicale de reprendre son poste et que sa demande de mutation pour raison médicale était en cours d'instruction. Par un nouveau courrier du 29 avril 2021, reçu le 5 mai suivant, le ministre de l'intérieur a mis M. B en demeure de reprendre le service sous huitaine à compter de la réception dudit courrier à défaut de quoi il serait considéré comme ayant abandonné son poste. S'il est constant que M. B n'a pas repris son poste, il soutient qu'il était en congé maladie ordinaire continu jusqu'au 13 juin 2021. Toutefois, il ressort des pièces du dossier qu'il s'est borné à adresser de nouveaux certificats médicaux prolongeant son congé de maladie ordinaire, sans apporter d'élément nouveau sur son état de santé distinct de ceux soumis au comité médical. Par une troisième mise en demeure datée du 23 juillet 2021, reçue le 26 juillet 2021, M. B a été invité à rejoindre son poste avant le 26 août 2021. M. B n'a pas déféré à cette mise en demeure et a adressé à l'administration, le 28 janvier 2022, le rapport d'un médecin psychiatre, daté du 24 juillet 2021, qui indique que son état de santé psychique s'est stabilisé. Ainsi, il ne ressort pas de cette pièce, ni d'autres documents versés aux débats, qu'il existerait des circonstances nouvelles de nature à remettre en cause les constatations effectuées par le comité médical. Dans ces conditions, en estimant que M. B avait ainsi entendu rompre le lien avec le service, le ministre de l'intérieur n'a pas porté une appréciation erronée sur sa situation.
10. Enfin, si le requérant fait valoir que le syndrome dépressif dont il souffre l'aurait placé dans un état d'altération de ses facultés de discernement tel qu'il n'aurait pu alors apprécier la portée des mises en demeure qui lui ont été adressées, aucun document produit n'établit l'altération du discernement allégué.
11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par M. B tendant à l'annulation de l'arrêté du 15 mars 2022 doivent être rejetées.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
12. Le présent jugement, qui rejette la requête de M. B, n'appelle pas de mesure d'exécution. Ainsi, les conclusions à fin d'injonction ne peuvent qu'être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : la requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au ministre de l'intérieur.
Délibéré après l'audience publique du 14 novembre 2024 à laquelle siégeaient :
Mme Samson-Dye, présidente,
Mme Bourjol, première conseillère,
M. Bastian, conseiller,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 décembre 2024.
La rapporteure,
A. BourjolLa présidente,
A. Samson-Dye
Le greffier
P. Lepage
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
No 2201423
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026