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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2201436

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2201436

mardi 2 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2201436
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJuge unique (Chambre 1)
Avocat requérantIOSCA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 19 mai 2022, Mme A C, représentée par Me Iosca, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision référencée 48 SI du 12 mars 2022 par laquelle le ministre de l'intérieur a prononcé l'invalidité de son permis de conduire pour solde de points nul ainsi que l'annulation des décisions de retrait de points consécutives aux infractions constatées les 16 avril 2019 (4 points), 1er juin 2019 (1 point), 15 juin 2019 (1 point), 4 septembre 2019 (1 point), 20 juin 2020 (1 point), 24 juin 2020 (4 points), 30 novembre 2021 (1 point) et 6 janvier 2022 (1 point) ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de rétablir les points irrégulièrement retirés dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir.

Elle soutient que :

- les informations préalables obligatoires prévues par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route ne lui ont pas été communiquées préalablement aux décisions de retrait de points récapitulées dans la décision 48 SI ;

- la réalité de ces infractions n'est pas établie.

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 février 2023, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme C ne sont pas fondés.

Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions dirigées contre les décisions de retrait de points consécutives aux infractions constatées les 4 septembre 2019 et 20 juin 2020, ces points ayant été restitués antérieurement à l'introduction de la requête.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la route ;

- le code de procédure pénale ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Kohler, première conseillère, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

La magistrate statuant seule a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme B a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Par une décision référencée 48 SI du 12 mars 2022, le ministre de l'intérieur a prononcé l'invalidité du permis de conduire de Mme C pour solde de points nul. Mme C demande l'annulation de cette décision ainsi que des décisions de retrait de points consécutives aux infractions des 16 avril 2019 (4 points), 1er juin 2019 (1 point), 15 juin 2019 (1 point), 4 septembre 2019 (1 point), 20 juin 2020 (1 point), 24 juin 2020 (4 points), 30 novembre 2021 (1 point) et 6 janvier 2022 (1 point).

Sur l'étendue du litige :

2. Il résulte de l'instruction, et en particulier de relevé d'information intégral relatif au permis de conduire de Mme C, que les points retirés de son permis de conduire à la suite des infractions constatées les 4 septembre 2019 et 20 juin 2020 ont été respectivement restitués les 23 mars 2020 et 1er août 2021. Par suite, les conclusions de la requête tendant à l'annulation des décisions relatives à ces retraits de points ainsi que les conclusions tendant à ce qu'il soit enjoint au ministre de procéder à la restitution de ces points sont dépourvues d'objet et, par suite, irrecevables.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. Aux termes de l'article L. 223-1 du code de la route : " Le permis de conduire est affecté d'un nombre de points. Celui-ci est réduit de plein droit si le titulaire du permis a commis une infraction pour laquelle cette réduction est prévue () La réalité d'une infraction entraînant retrait de points est établie par le paiement d'une amende forfaitaire ou l'émission du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée, l'exécution d'une composition pénale ou par une condamnation définitive () ". Aux termes de l'article L. 223-3 du même code : " Lorsque l'intéressé est avisé qu'une des infractions entraînant retrait de points a été relevée à son encontre, il est informé des dispositions de l'article L. 223-2, de l'existence d'un traitement automatisé de ces points et de la possibilité pour lui d'exercer le droit d'accès conformément aux articles L. 225-1 à L. 225-9. / Lorsqu'il est fait application de la procédure de l'amende forfaitaire ou de la procédure de composition pénale, l'auteur de l'infraction est informé que le paiement de l'amende ou l'exécution de la composition pénale entraîne le retrait du nombre de points correspondant à l'infraction reprochée, dont la qualification est dûment portée à sa connaissance ; il est également informé de l'existence d'un traitement automatisé de ces points et de la possibilité pour lui d'exercer le droit d'accès () ". Enfin, aux termes de l'article R. 223-3 du même code : " I.- Lors de la constatation d'une infraction entraînant retrait de points, l'auteur de celle-ci est informé qu'il encourt un retrait de points si la réalité de l'infraction est établie dans les conditions définies à l'article L. 223-1. / II.- Il est informé également de l'existence d'un traitement automatisé des retraits et reconstitutions de points et de la possibilité pour lui d'accéder aux informations le concernant. Ces mentions figurent sur le document qui lui est remis ou adressé par le service verbalisateur. Le droit d'accès aux informations ci-dessus mentionnées s'exerce dans les conditions fixées par les articles L. 225-1 à L. 225-9 () ".

4. En premier lieu, la délivrance, au titulaire du permis de conduire à l'encontre duquel est relevée une infraction donnant lieu à retrait de points, de l'information prévue aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route, constitue une garantie essentielle donnée à l'auteur de l'infraction pour lui permettre, avant d'en reconnaître la réalité par le paiement d'une amende forfaitaire ou l'exécution d'une composition pénale, d'en mesurer les conséquences sur la validité de son permis et éventuellement d'en contester la réalité devant le juge pénal. Elle revêt le caractère d'une formalité substantielle et conditionne la régularité de la procédure au terme de laquelle le retrait de points est décidé.

5. D'une part, les dispositions portant application des articles R. 49-1 et R. 49-10 du code de procédure pénale en vigueur à la date des infractions litigieuses, notamment celles des articles A. 37-15 à A. 37-18 de ce code issues de l'arrêté du 13 mai 2011 relatif aux formulaires utilisés pour la constatation et le paiement des contraventions soumises à la procédure de l'amende forfaitaire, prévoient que lorsqu'une contravention soumise à cette procédure est constatée soit par un procès-verbal dressé avec un appareil électronique sécurisé, sans que l'amende soit payée immédiatement entre les mains de l'agent verbalisateur, soit, sans interception du véhicule et à l'aide d'un système de contrôle automatisé enregistrant les données en numérique, soit avec interception du véhicule mais sans que l'amende soit payée immédiatement entre les mains de l'agent verbalisateur, il est adressé au contrevenant un avis de contravention, qui comporte une information suffisante au regard des exigences des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route, une notice de paiement qui comprend une carte de paiement et un formulaire de requête en exonération.

6. Dès lors, le titulaire d'un permis de conduire à l'encontre duquel une infraction au code de la route est relevée au moyen d'un appareil électronique sécurisé ou constatée par radar automatique ou au moyen d'un formulaire conforme au modèle prévu par les dispositions susmentionnées du code de procédure pénale et dont il est établi, notamment par la mention qui en est faite au système national des permis de conduire, qu'il a payé, à une date postérieure à celle de l'infraction, l'amende forfaitaire correspondant à celle-ci, a nécessairement reçu l'avis de contravention. Eu égard aux mentions dont cet avis est réputé être revêtu, l'administration doit être regardée comme s'étant acquittée envers le titulaire du permis de son obligation de lui délivrer les informations requises préalablement au paiement de l'amende, à moins que l'intéressé, à qui il appartient à cette fin de produire l'avis qu'il a nécessairement reçu, ne démontre s'être vu remettre un avis inexact ou incomplet.

7. D'autre part, en application du second alinéa de l'article 529-2 du code de procédure pénale, en l'absence de paiement ou de requête en exonération, l'amende forfaitaire est majorée de plein droit et recouvrée en vertu d'un titre rendu exécutoire par le ministère public. Le paiement de l'amende forfaitaire majorée établit que le contrevenant a reçu un avis d'amende forfaitaire majorée qui, conformément aux dispositions de l'article A. 37-28 du code de procédure pénale, est revêtu des informations requises par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. Dans ces conditions, lorsqu'il est établi que le titulaire du permis de conduire a payé l'amende forfaitaire majorée, il découle de cette seule constatation qu'il doit être regardé comme établi que l'administration s'est acquittée envers lui de son obligation de lui délivrer, préalablement au paiement de l'amende, les informations requises, à moins que l'intéressé, à qui il appartient à cette fin de produire l'avis qu'il a nécessairement reçu, démontre avoir été destinataire d'un avis inexact ou incomplet.

8. Il résulte de l'instruction, d'une part, que les infractions constatées les 1er juin 2019, 15 juin 2019, 30 novembre 2021 et 6 janvier 2022 ont été constatées par contrôle automatisé et ont donné lieu, ultérieurement, au paiement des amendes forfaitaires correspondantes et, d'autre part, que les infractions constatées les 16 avril 2019 et 14 juin 2020 ont donné lieu à l'émission de titres exécutoires pour le paiement des amendes forfaitaires majorées correspondantes qui ont été acquittées par Mme C. Dans ces conditions, et alors que Mme C qui ne conteste pas ces éléments, ne démontre pas s'être vu remettre des avis inexacts ou incomplets, l'administration doit être regardée comme s'étant acquittée envers l'intéressée de son obligation de lui délivrer les informations requises préalablement au paiement de l'amende pour ces six infractions.

9. En second lieu, la réalité d'une infraction est établie, en vertu des dispositions de l'article L. 223-1 du code de la route par le paiement d'une amende forfaitaire ou l'émission du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée, l'exécution d'une composition pénale ou par une condamnation définitive. Ainsi qu'il vient d'être dit, l'intégralité des infractions récapitulées dans la décision référencée 48 SI du 12 mars 2022 a donné lieu soit à paiement de l'amende forfaitaire, soit à l'émission du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée. La réalité de ces infractions est donc établie.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation de la décision référencée 48 SI du 12 mars 2022 ainsi qu'à celle des décisions de retrait de points consécutives aux infractions des 16 avril 2019, 1er juin 2019, 15 juin 2019, 24 juin 2020, 30 novembre 2021 et 6 janvier 2022 doivent être rejetées. Par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 mai 2023.

La magistrate désignée,

J. B

La greffière,

I. Varlet

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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