jeudi 21 mars 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nancy |
| Section | Tribunal Administratif de Nancy |
| N° Dossier | TA54-2201447 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Chambre 3 |
| Avocat requérant | DAVID |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 20 mai 2022, M. B A, représenté par Me David, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler la décision du 27 avril 2022 par laquelle le directeur du centre pénitentiaire de Nancy-Maxéville le soumet à un régime de fouille intégrale systématique après chaque parloir famille, du 29 avril au 29 juillet 2022 ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 600 euros, à verser à son conseil, au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 ou, à défaut d'admission de M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat cette même somme à verser à M. A au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision est entachée d'incompétence de l'auteur de l'acte ;
- elle est entachée d'un défaut de motivation ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article 57 de la loi du 24 novembre 2009, notamment les principes de subsidiarité et de proportionnalité et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme.
Par un mémoire en défense, enregistré le 1er décembre 2023, le garde des sceaux, ministre de la justice, conclut au rejet de la requête.
Il sollicite une substitution de motifs et fait valoir que la décision portant mise en œuvre d'un régime exorbitant de fouilles intégrales aurait également pu être prise en raison du profil terroriste de M. A. Il soutient par ailleurs que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 17 juin 2022.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code pénitentiaire ;
- le code de procédure pénale ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- la loi pénitentiaire n° 2009-1436 du 24 novembre 2009 ;
- le code de justice administrative ;
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Bastian, rapporteur,
- les conclusions de Mme Cabecas, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. A est écroué depuis le 12 novembre 2020 et incarcéré à la maison d'arrêt de Nancy-Maxéville. Par une décision du 27 avril 2022, le directeur du centre pénitentiaire de Nancy-Maxéville soumet l'intéressé à un régime exorbitant instaurant des fouilles intégrales systématiques à chaque sortie de parloir famille pour une durée de trois mois. M. A demande au tribunal d'annuler cette décision.
Sur la demande d'aide juridictionnelle provisoire :
2. Par une décision du 17 juin 2022, M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, il n'y a pas lieu de statuer sur ses conclusions tendant à obtenir, à titre provisoire, le bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Aux termes de l'article 8 de la même convention : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes de l'article 57 de la loi pénitentiaire du 24 novembre 2009 alors en vigueur : " () Les fouilles doivent être justifiées par la présomption d'une infraction ou par les risques que le comportement des personnes détenues fait courir à la sécurité des personnes et au maintien du bon ordre dans l'établissement. Leur nature et leur fréquence sont strictement adaptées à ces nécessités et à la personnalité des personnes détenues. () Les fouilles intégrales ne sont possibles que si les fouilles par palpation ou l'utilisation de moyens de détection électronique sont insuffisantes ".
4. Il résulte de ces dispositions que si les nécessités de l'ordre public et les contraintes du service public pénitentiaire peuvent légitimer l'application à un détenu de mesures de fouille, le cas échéant répétées, elles ne sauraient revêtir un caractère systématique et doivent être justifiées par l'un des motifs qu'elles prévoient, en tenant compte notamment du comportement de l'intéressé, de ses agissements antérieurs ou des contacts qu'il a pu avoir avec des tiers. Les fouilles intégrales revêtent un caractère subsidiaire par rapport aux fouilles par palpation ou à l'utilisation de moyens de détection électronique. Il appartient à l'administration pénitentiaire de veiller, d'une part, à ce que de telles fouilles soient, eu égard à leur caractère subsidiaire, nécessaires et proportionnées et, d'autre part, à ce que les conditions dans lesquelles elles sont effectuées ne soient pas, par elles-mêmes, attentatoires à la dignité de la personne.
5. S'il ressort des pièces du dossier que le 11 août 2021, M. A a refusé de se soumettre à une mesure de fouille intégrale, il n'a été à l'origine d'aucun autre incident depuis son incarcération. Il ne ressort par ailleurs d'aucune autre pièce du dossier que son comportement en détention ferait courir un risque à la sécurité des personnes et au maintien du bon ordre dans l'établissement. Par suite, M. A est fondé à soutenir qu'en mettant en œuvre un régime exorbitant de fouilles intégrales en raison de son comportement quotidien en détention, le directeur de la maison d'arrêt de Nancy-Maxéville a entaché sa décision d'erreur manifeste d'appréciation.
6. L'administration peut, en première instance comme en appel, faire valoir devant le juge de l'excès de pouvoir que la décision dont l'annulation est demandée est légalement justifiée par un motif, de droit ou de fait, autre que celui initialement indiqué, mais également fondé sur la situation existant à la date de cette décision. Il appartient alors au juge, après avoir mis à même l'auteur du recours de présenter ses observations sur la substitution ainsi sollicitée, de rechercher si un tel motif est de nature à fonder légalement la décision, puis d'apprécier s'il résulte de l'instruction que l'administration aurait pris la même décision si elle s'était fondée initialement sur ce motif. Dans l'affirmative il peut procéder à la substitution demandée, sous réserve toutefois qu'elle ne prive pas le requérant d'une garantie procédurale liée au motif substitué.
7. Le garde des sceaux, ministre de la justice, invoque dans son mémoire en défense communiqué au requérant, un autre motif, tiré du profil de M. A.
8. Toutefois, si M. A, qui a été condamné pour des faits de détention non autorisée de matériels de guerre, armes ou munitions de catégorie B, a été placé en détention provisoire en raison de sa mise en examen pour des faits de participation à une association de malfaiteurs en vue de la préparation d'un crime d'atteinte aux personnes, dans le cadre d'une entreprise terroriste, de telles circonstances, qui peuvent être prises en considération pour apprécier la nécessité de procéder à un régime exorbitant de fouilles intégrales, il ressort des pièces du dossier que M. A n'était pas condamné, à la date de la décision attaquée, pour de tels faits et qu'après avoir été affecté dans les quartiers de prise en charge de la radicalisation, il a ensuite de nouveau été placé en régime de détention ordinaire.
9. Dans ces conditions, il n'y a pas lieu de procéder à la substitution de motifs sollicitée en défense.
Sur les frais liés au litige :
10. M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me David, avocat de M. A, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me David de la somme de 1 300 euros.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions tendant à l'admission de M. A à l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : La décision du 27 avril 2022 par laquelle le directeur du centre pénitentiaire de Nancy-Maxéville soumet M. A à un régime de fouille intégrale systématique après chaque parloir famille, du 29 avril au 29 juillet 2022, est annulée.
Article 3 : L'Etat versera à Me David une somme de 1 300 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me David renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me David et au garde des sceaux, ministre de la justice.
Copie en sera adressée, pour information, au directeur du centre pénitentiaire de Nancy-Maxéville.
Délibéré après l'audience publique du 22 février 2024 à laquelle siégeaient :
M. Di Candia, président,
Mme Bourjol, première conseillère,
M. Bastian, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 mars 2024.
Le rapporteur,
P. BastianLe président,
O. Di Candia
Le greffier,
P. Lepage
La République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de la justice en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
No 2201447
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026