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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2201465

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2201465

lundi 30 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2201465
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationChambre 1
Avocat requérantDUPIED

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire en réplique enregistrés les 23 mai et 19 octobre 2022, M. A B demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 15 avril 2022 par lequel le maire de la commune de Nancy a établi le tableau d'avancement au grade d'agent de maîtrise territorial principal pour l'année 2022.

Il soutient que :

- l'arrêté méconnaît les dispositions législatives et réglementaires relatives à l'avancement de grade en cas de décharge syndicale de l'agent, notamment l'article 23 bis II de la loi du 13 juillet 1983, dès lors que le maire était tenu de le nommer sur le grade d'agent de maîtrise principal et qu'il remplissait les conditions dès 2017 ;

- l'arrêté est entaché d'une erreur de fait ainsi que d'une erreur de droit dès lors que le maire n'a pas procédé à sa nomination dans les conditions de droit commun ;

- l'arrêté est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il bénéficiait d'une ancienneté supérieure à d'autres agents et de la meilleure évaluation de tous les candidats au grade d'agent de maîtrise principal justifiant ainsi de sa valeur professionnelle, de sa responsabilité ainsi que de son investissement personnel ;

- la commune ne justifie pas devoir respecter une limite de 50 % d'avancement par direction générale adjointe ;

- l'illégalité de la décision démontre l'existence d'une discrimination syndicale ;

- l'arrêté est entaché d'un détournement de pouvoir, dès lors que l'entretien professionnel ne respecte pas les conditions posées par le décret n° 2017-1419.

Par des mémoires en défense enregistrés les 16 septembre 2022 et 9 février 2023, la commune de Nancy, représentée par Me Dupied, conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général de la fonction publique ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;

- le décret n° 88-547 du 6 mai 1988 ;

- le décret n° 2014-1526 du 16 décembre 2014 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Grandjean, rapporteure,

- les conclusions de M. Gottlieb, rapporteur public,

- et les observations de Me Dupied, représentant la commune de Nancy.

Considérant ce qui suit :

1. M. B a intégré le grade d'agent de maîtrise à compter du 1er avril 2012 et a été affecté en dernier lieu à des fonctions de serrurier au sein de la commune de Nancy. Il a bénéficié d'une décharge totale d'activité de services pour exercer des fonctions syndicales du 2 septembre 2021 au 21 décembre 2021, puis du 3 janvier 2022 au 5 septembre 2022. Par un arrêté du 15 avril 2022, le maire de la commune de Nancy a établi le tableau d'avancement au grade d'agent de maîtrise principal au titre de l'année 2022 sur lequel ne figure pas le nom de M. B. Par la requête susvisée, ce dernier demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 413-1 du code général de la fonction publique : " Les lignes directrices de gestion déterminent la stratégie pluriannuelle de pilotage de ressources humaines, notamment en matière de gestion prévisionnelle des emplois et des compétences. / Elles fixent les orientations générales en matière de promotion et de valorisation des parcours des agents publics, sans préjudice du pouvoir général d'appréciation de l'autorité compétente en fonction des situations individuelles, des circonstances ou d'un motif d'intérêt général ". Aux termes de l'article L. 522-24 du même code, qui a repris les dispositions de l'article 79 de la loi du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale : " L'avancement de grade au sein de la fonction publique territoriale a lieu suivant l'une ou plusieurs des modalités ci-après : /1° Au choix par voie d'inscription à un tableau annuel d'avancement, établi par appréciation de la valeur professionnelle et des acquis de l'expérience professionnelle des agents. Sans renoncer à son pouvoir d'appréciation, l'autorité territoriale tient compte des lignes directrices de gestion prévues chapitre III du titre Ier du livre IV ; / () ". Aux termes de l'article L. 522-28 du même code, codifiant les dispositions de l'article 80 de la loi du 26 janvier 1984 : " L'avancement de grade est prononcé par l'autorité territoriale parmi les fonctionnaires territoriaux inscrits sur un tableau d'avancement. Les fonctionnaires d'une collectivité ou d'un établissement ne peuvent être promus par cette collectivité ou cet établissement que dans l'ordre du tableau ". Aux termes de l'article 13 du décret du 6 mai 1988 relatif au statut particulier du cadre d'emplois des agents de maîtrise territoriaux : " Peuvent être nommés agent de maîtrise principal au choix, par voie d'inscription sur un tableau annuel d'avancement, en application du 1° de l'article 79 de la loi du 26 janvier 1984 susvisée, les agents de maîtrise qui justifient d'un an d'ancienneté dans le 4e échelon et de quatre ans de services effectifs en qualité d'agent de maîtrise ".

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 212-4 du code général de la fonction publique : " Le fonctionnaire, qui bénéficie, depuis au moins six mois au cours d'une année civile, d'une décharge d'activité de services à titre syndical ou est mis à la disposition d'une organisation syndicale et qui consacre la totalité de son service à cette activité syndicale a droit, dès la première année, s'il réunit les conditions fixées par le statut particulier de son corps ou de son cadre d'emplois pour bénéficier d'un avancement de grade au choix, est inscrit, de plein droit, au tableau d'avancement de grade, au vu de l'ancienneté acquise dans son grade et de celle dont justifient en moyenne les fonctionnaires titulaires du même grade relevant de la même autorité de gestion et ayant accédé, au titre du précédent tableau d'avancement et selon la même voie, au grade supérieur ".

4. Il ressort des pièces du dossier que M. B a bénéficié d'une décharge totale d'activité de services pour exercer une activité syndicale du 2 septembre au 31 décembre 2021. Ainsi, il ne justifie pas de la durée de décharge d'activité de services de six mois au cours de l'année précédant l'établissement du tableau d'avancement en litige nécessaire pour bénéficier des dispositions précitées de l'article L. 212-4 du code général de la fonction publique. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit soulevé par M. B doit être écarté.

5. En second lieu, aux termes de l'article 8 du décret du 16 décembre 2014 relatif à l'appréciation de la valeur professionnelle des fonctionnaires territoriaux : " Pour l'établissement du tableau d'avancement prévu à l'article 80 de la loi du 26 janvier 1984 susvisée et de la liste d'aptitude prévue à l'article 39 de cette même loi, il est procédé à une appréciation de la valeur professionnelle du fonctionnaire, compte tenu notamment : / 1° Des comptes rendus d'entretiens professionnels ; / 2° Des propositions motivées formulées par le chef de service ; / 3° Et, pour la période antérieure à la mise en place de l'entretien professionnel, des notations. / Les fonctionnaires sont inscrits au tableau d'avancement par ordre de mérite ou sur la liste d'aptitude. Les candidats dont le mérite est jugé égal sont départagés par l'ancienneté dans le grade ".

6. Il résulte de ces dispositions qu'il appartient à l'autorité territoriale de procéder à un examen approfondi de la valeur professionnelle des agents, compte tenu principalement des notes ou comptes rendus d'évaluation obtenus par chacun d'eux et des propositions motivées formulées par les chefs de service et de comparer les mérites respectifs des agents. La circonstance qu'un agent remplit les conditions statutaires lui permettant d'accéder à un grade supérieur ne lui confère aucun droit à bénéficier d'un tel avancement.

7. Les lignes directrices de gestion définies par la commune de Nancy précisent, en ce qui concerne les avancements de grade, que : " Les propositions doivent tenir compte de manière équivalente des trois critères suivants : / - la valeur professionnelle et le niveau de responsabilité (1/3) / - l'investissement personnel (réussite à un examen professionnel, préparation d'un concours ou examen, présentation aux épreuves des concours et examens, efforts de formation et acquis de l'expérience professionnelle) (1/3) / - l'ancienneté dans le grade (1/3) ", que l'avancement au grade de d'agent maîtrise principal " pourrait être affecté (notamment si plusieurs promouvables pour un seul poste) en priorité aux fonctionnaires ayant en charge soit un encadrement de proximité, soit une fonction de responsabilité ou technicité reconnue, soit des sujétions fortes ", enfin, que : " en cas " d'égalité " entre deux agents, il sera pris en compte dans l'ordre suivant : - les fonctions exercées / - l'ancienneté dans le grade et dans l'échelon / - la date d'entrée dans la collectivité / - l'appréciation portée sur l'EPA " [entretien professionnel annuel]. Par ailleurs, le nombre maximum de fonctionnaires appartenant au cadre d'emplois des agents de maîtrise territoriaux pouvant être promus à l'un des grades d'avancement de ce cadre d'emplois a été fixé pour l'année 2022 à 30 % des fonctionnaires remplissant les conditions pour l'avancement de grade, ce qui limitait à six le nombre de fonctionnaires susceptibles d'être inscrits au tableau d'avancement au titre de cette année.

8. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier, d'une part, que M. B bénéficiait d'une ancienneté dans le grade d'agent de maîtrise de dix ans et huit mois au 1er janvier 2022, d'autre part, que l'évaluation de différents items de compétences professionnelles a conduit à attribuer à M. B, à l'issue de l'entretien d'évaluation professionnelle conduit au titre de l'année 2021, un taux de 94,12 %. Par ailleurs, s'il ne ressort pas des pièces du dossier que l'intéressé, serrurier au sein des ateliers municipaux, aurait assuré des fonctions d'encadrement, l'appréciation générale de son évaluation mentionne qu'il " assure ses missions avec professionnalisme ; il connaît très bien son métier ainsi que la collectivité. Très bon agent qui mérite de passer au grade supérieur " et sa demande d'avancement est entérinée par son chef de service. Enfin, M. B se prévaut d'un acquis de l'expérience professionnelle au titre de l'exercice de ses fonctions syndicales.

9. Or, les six fonctionnaires inscrits au tableau d'avancement en litige justifient d'une ancienneté dans le grade d'agent de maîtrise moindre que celle de M. B, trois d'entre eux justifiant d'une ancienneté de seulement quatre ans et sept mois. Les évaluations de ces fonctionnaires ont été arrêtées à 89,58 %, 89,06 %, 80,66%, 78,57 % et 76,47 %. Par ailleurs, si trois d'entre eux exercent des fonctions d'encadrement de proximité en qualité de responsables d'atelier ou ont fait face à l'absence d'un responsable, et qu'il n'est pas contesté que deux autres ont mis en œuvre une technicité particulière dans l'exercice de leurs fonctions impliquant une prise de responsabilités plus importante, il ne ressort pas des pièces du dossier que le sixième agent inscrit, M. C, dont le niveau d'évaluation est établi à 78,57 %, aurait exercé des fonctions impliquant une prise de responsabilité particulière ou lui confiant une mission à haute technicité, nonobstant l'évolution qu'elles ont connue depuis l'année 2021. De plus, le compte rendu de l'entretien professionnel annuel n'entérine pas le souhait d'avancement exprimé par ce dernier et se limite à relever que l'évolution des missions " pourra, à terme, justifier un avancement au grade d'agent de maîtrise principal, selon l'implication de l'agent ". Il ressort enfin des écritures en défense que le principal obstacle à l'inscription de M. B au tableau d'avancement de l'année 2022 résidait dans la circonstance que ce dernier appartenait à la même direction générale adjointe (DGA), en l'espèce la DGA ressources, que trois autres fonctionnaires dont l'inscription était envisagée en raison des responsabilités assumées, ce qui aurait fait obstacle à l'inscription au tableau d'avancement d'un fonctionnaire supplémentaire relevant de la même DGA, critère qui ne saurait être régulièrement pris en compte dans la sélection des fonctionnaires à promouvoir. Dans ces conditions, M. B est fondé à soutenir que l'arrêté du 15 avril 2022 est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.

10. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. B est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 15 avril 2022 par lequel le maire de la commune de Nancy a établi le tableau d'avancement au grade d'agent de maîtrise territorial principal au titre de l'année 2022.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 15 avril 2022 par lequel le maire de la commune de Nancy a établi le tableau d'avancement au grade d'agent de maîtrise territorial principal pour l'année 2022 est annulé.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la commune de Nancy.

Délibéré après l'audience publique du 10 décembre 2024 à laquelle siégeaient :

M. Coudert, président,

Mme Grandjean, première conseillère,

Mme Jouguet, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 décembre 2024.

La rapporteure,

G. Grandjean Le président,

B. Coudert

La greffière,

A. Mathieu

La République mande et ordonne à la préfète de Meurthe-et-Moselle en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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