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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2201489

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2201489

mardi 23 août 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2201489
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationChambre 3
Avocat requérantLEMONNIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 23 mai et 29 juin 2022, Mme B C, représentée par Me Lemonnier, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 19 avril 2022 par lequel le préfet de Meurthe-et-Moselle a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé son pays de destination ;

3°) d'enjoindre au préfet de Meurthe-et-Moselle de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à verser à son avocate, Me Lemonnier, au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Lemonnier s'engage à renoncer à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

Elle soutient que :

- la décision portant refus de séjour est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 433-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article 26 de la déclaration universelle des droits de l'homme, l'article 28 de la convention relative aux droits de l'enfant, l'article 2 du protocole n°1 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et le principe de droit universel de tout être humain à accéder à la connaissance ;

- le préfet a entaché sa décision d'une erreur d'appréciation en refusant de faire usage de son pouvoir discrétionnaire et aurait dû apprécier l'opportunité d'une mesure de régularisation ;

- le préfet a méconnu l'article L. 611-1, 3° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en l'obligeant à quitter le territoire français ;

- la décision fixant le pays de destination est insuffisamment motivée ;

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire en défense enregistré le 24 juin 2022, le préfet de Meurthe-et-Moselle conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- la requête est tardive ;

- les moyens soulevés par Mme C ne sont pas fondés.

Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 17 juin 2022 du bureau d'aide juridictionnelle.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme A,

- et les observations de Me Lemonnier, avocate de Mme C.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C, ressortissante gabonaise née le 29 avril 1994, est entrée en France le 2 octobre 2016, sous couvert d'un visa long séjour. Une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " lui a été régulièrement délivrée. Par un courrier du 18 janvier 2022, elle en a demandé le renouvellement. Par un arrêté du 19 avril 2022, le préfet de Meurthe-et-Moselle a refusé de lui délivrer un titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, en fixant son pays de destination. Mme C demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions tendant à l'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président ".

3. Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 17 juin 2022 du bureau d'aide juridictionnelle. Par suite, il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions tendant à ce qu'elle soit admise provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction sous astreinte :

4. En premier lieu, la décision portant refus de séjour comporte les considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement. Dès lors, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté comme manquant en fait.

5. En deuxième lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée inférieure ou égale à un an. () ".

6. D'autre part, aux termes de l'annexe 10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le demandeur d'une carte de séjour portant la mention " étudiant " doit produire au préfet un " justificatif de moyens d'existence suffisants (sauf pour les titulaires du visa de court séjour " étudiant concours "). Si l'étranger est " boursier du gouvernement français ou bénéficiaire de programmes européens ", il doit fournir : " un justificatif de cette situation " et s'il est boursier dans son pays d'origine : " l'attestation de bourse de l'organisme payeur du pays d'origine précisant le montant et la durée de la bourse ". Si l'étrange travaille, il doit transmettre ses trois dernières fiches de paie. S'il est pris en charge par un tiers, il doit produire le " justificatif d'identité du tiers ; les attestations bancaires de la programmation de virements réguliers ou une attestation sur l'honneur de versement des sommes permettant d'atteindre le montant requis (615 € mensuels). Enfin, si l'étranger dispose de ressources suffisantes, il transmet : " l'attestation bancaire de solde créditeur suffisant ".

7. Pour refuser de renouveler le titre de séjour de Mme C en qualité d'étudiante, le préfet s'est fondé sur les circonstances qu'elle ne disposait pas de moyens d'existence suffisants et qu'elle ne justifiait pas de l'inscription dans une formation qui nécessitait sa présence en France.

8. Mme C a produit, à l'appui de la présente instance, une attestation de son père qui, si elle est datée du 19 mai 2022, est de nature à révéler une situation antérieure. Par ce document, le père de la requérante atteste de ce qu'il lui verse une somme comprise entre 400 et 700 euros par mois depuis l'année 2016. La requérante produit également une attestation de la personne qui l'héberge en France indiquant contribuer à hauteur de 250 euros par mois à ses besoins. A l'appui de ses attestations, la requérante produit également des relevés de comptes bancaires créditeurs, ainsi que son avis d'impôts 2022 pour l'année 2021, duquel il ressort qu'elle a perçu une pension alimentaire de 5 400 euros. Dès lors qu'il ressort des pièces du dossier que Mme C perçoit une somme supérieure aux 615 euros mensuels exigés par les dispositions précitées, elle est fondée à soutenir que le préfet a inexactement apprécié les dispositions précitées en estimant qu'elle ne disposait pas de moyens d'existence suffisants.

9. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que Mme C a obtenu, au titre de l'année 2019/2020, un brevet de technicien supérieur en comptabilité et gestion, puis un diplôme de responsable de ressources humaines et paie au titre de l'année 2021. Au titre de l'année 2021/2022, Mme C s'est inscrite en master de management de ressources humaines à l'école de commerce " ISCOD ". Si elle soutient que cette formation se déroule en alternance, la requérante ne produit aucun élément à l'appui de ses allégations de nature à l'établir, alors que le préfet soutient sans être contesté que sa formation se déroule à distance. La requérante n'établissant pas que cet enseignement requiert sa présence en France, c'est sans méconnaître les dispositions précitées de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le préfet a pu estimer qu'elle ne suivait pas un enseignement en France. Dès lors que le préfet aurait pu se fonder sur ce seul motif pour refuser de lui délivrer un titre de séjour, Mme C n'est pas fondée à soutenir que le préfet a inexactement apprécié sa situation en refusant de lui délivrer un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

10. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 433-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " A l'exception de la carte de séjour pluriannuelle portant la mention " salarié détaché ICT ", prévue à l'article L. 421-26, et de la carte de séjour pluriannuelle portant la mention " recherche d'emploi ou création d'entreprise ", prévue à l'article L. 422-10, qui ne sont pas renouvelables, le renouvellement de la carte de séjour temporaire ou pluriannuelle est subordonné à la preuve par le ressortissant étranger qu'il continue de remplir les conditions requises pour la délivrance de cette carte. L'autorité administrative peut procéder aux vérifications utiles pour s'assurer du maintien du droit au séjour de l'intéressé et, à cette fin, convoquer celui-ci à un ou plusieurs entretiens ".

11. Dès lors que Mme C ne remplit pas, ainsi qu'il a été dit ci-dessus, les conditions pour obtenir le renouvellement de son titre de séjour portant la mention étudiant, elle n'est pas fondée à soutenir que le préfet a inexactement apprécié sa situation en refusant de lui délivrer une carte de séjour pluriannuelle sur le fondement des dispositions de l'article L. 433-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

12. En quatrième lieu, d'une part, il ressort des termes de la décision attaquée que le préfet s'est interrogé sur la possibilité de régulariser la situation de la requérante au titre de son pouvoir discrétionnaire. D'autre part, si la requérante était présente sur le territoire français depuis plus de cinq ans à la date de la décision contestée et qu'elle a suivi avec succès ses études, ces seules circonstances ne sont pas de nature à démontrer que le préfet aurait entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation en s'abstenant de faire usage de son pouvoir discrétionnaire.

13. En cinquième lieu, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 26 de la déclaration universelle des droits de l'homme, de l'article 28 de la convention relative aux droits de l'enfant, de l'article 2 du protocole n°1 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et du principe du droit universel de tout être humain à accéder à la connaissance sont dépourvus des précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé et ces dispositions ne peuvent, au demeurant, utilement être invoquées à l'appui de la décision litigieuse portant refus de séjour.

14. En sixième lieu, les moyens dirigés contre la décision de refus de titre de séjour ayant été écartés, c'est sans méconnaître les dispositions du 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le préfet a pu obliger Mme C à quitter le territoire français.

15. En septième lieu, la décision fixant le pays de destination comporte les considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement. Dès lors, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté comme manquant en fait.

16. En dernier lieu, les moyens dirigés contre la décision portant obligation de quitter le territoire français ayant été écartés, l'exception d'illégalité de cette décision invoquée par Mme C à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision fixant son pays de destination ne peut qu'être écartée par voie de conséquence.

17. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir soulevée en défense, que Mme C n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 19 avril 2022 par lequel le préfet de Meurthe-et-Moselle a refusé de lui délivrer un titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours en fixant son pays de destination. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte doivent être rejetées.

Sur les frais de l'instance :

18. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que la somme demandée au titre des frais exposés et non compris dans les dépens soit mise à la charge de l'Etat qui n'a pas la qualité de partie perdante dans la présente instance.

DÉCIDE :

Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions de Mme C tendant à ce qu'elle soit admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme C est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C et au préfet de Meurthe-et-Moselle.

Copie en sera adressée, pour information, au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 5 juillet 2022, à laquelle siégeaient :

- M. Di Candia, président,

- M. Denizot, premier conseiller,

- Mme Cabecas, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 23 août 2022.

La rapporteure,

L. ALe président,

O. Di Candia

Le greffier,

P. LepageLa République mande et ordonne au préfet de Meurthe-et-Moselle en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2201489

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