jeudi 17 août 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nancy |
| Section | Tribunal Administratif de Nancy |
| N° Dossier | TA54-2201490 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Chambre 3 |
| Avocat requérant | RICHARD |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires enregistrés les 24 mai et 16 décembre 2022 et le 10 mai 2023, M. A B, représenté par Me Richard, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 23 mars 2022 par lequel le préfet des Vosges a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;
2°) d'enjoindre au préfet des Vosges de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " ou, à défaut, de réexaminer sa situation et de prendre une nouvelle décision dans un délai d'un mois et de lui délivrer, dans l'attente, un récépissé de demande de titre de séjour l'autorisation à travailler ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'arrêté attaqué est entaché d'incompétence ;
- il est entaché d'un défaut de motivation ;
- il est entaché d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation dès lors que le préfet ne s'est pas interrogé sur les conséquences de sa décision sur l'intérêt supérieur de ses enfants tel que protégé par l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- il a été victime d'une usurpation d'identité ;
- l'arrêté attaqué méconnaît les articles L. 811-2 et R. 431-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, est entaché d'erreur de droit et d'erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'en se bornant à se référer au rapport de la police aux frontières, le préfet n'établit pas le caractère frauduleux des actes d'état civil produits, que la police aux frontière n'est pas compétente pour établir un rapport sur l'authenticité d'un acte d'état civil étranger, auquel se réfère le préfet pour prendre la décision en litige, que son identité a déjà été consacrée dans l'ordre juridique français ;
- ses actes d'état civil sont authentiques ;
- il méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- il méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.
Par des mémoires en défense enregistrés les 17 novembre 2022 et 3 juillet 2023, la préfète des Vosges conclut :
1°) au rejet de la requête ;
2°) à ce qu'une somme de 500 euros soit mise à la charge de M. B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;
3°) au retrait du bénéfice de l'aide juridictionnelle accordée à M. B.
Elle soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.
Un mémoire enregistré le 4 juillet 2023 a été produit pour M. B mais n'a pas été communiqué.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative ;
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Bastian, conseiller,
- les observations de Me Richard, représentant M. B.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, se disant ressortissant guinéen né le 2 mai 2000, est entré en France, selon ses déclarations, le 19 mai 2016. Le 24 novembre 2021, il a sollicité la délivrance d'un titre de séjour en qualité de parent d'enfants français, en se prévalant de sa vie privée et familiale, de son état de santé et en sollicitant son admission exceptionnelle au séjour. Par un arrêté du 23 mars 2022, dont M. B demande l'annulation, le préfet des Vosges, alors même qu'il se réfère à l'article R. 431-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, indiquant la liste des documents devant être présentés à l'appui d'une demande de titre de séjour, a implicitement mais nécessairement accepté de regarder le dossier de l'intéressé comme complet en refusant de lui délivrer un titre de séjour.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
3. Il ressort des pièces du dossier et il n'est pas contesté que M. B est père de deux enfants de nationalité française nés respectivement le 6 juillet 2019 et le 25 juillet 2020, de deux unions différentes. Il ressort par ailleurs des pièces versées au dossier, notamment du rapport éducatif du 22 novembre 2021, d'une part, qu'il dispose d'un droit de visite médiatisé de deux heures, un samedi sur deux, pour maintenir le lien avec son fils aîné, d'autre part, qu'il a, jusqu'à la date de ce rapport, toujours honoré ses visites. S'agissant de son second enfant, il ressort des termes du jugement du juge aux affaires familiales du tribunal de proximité de Lunéville du 30 septembre 2022, postérieur à la décision attaquée mais révélant en partie une situation antérieure à celle-ci, que M. B a maintenu un lien avec son enfant après la séparation du couple qu'il formait avec sa mère. Dès lors, en refusant de lui délivrer un titre de séjour, le préfet des Vosges, en dépit des doutes qu'il a pu nourrir sur l'authenticité des actes d'état civil produit par l'intéressé, a porté au droit de M. B, qui participe à l'éducation de ses enfants, une atteinte disproportionnée au respect de sa vie privée et familiale et a, par suite, méconnu les stipulations citées au point précédent.
4. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que l'arrêté du 23 mars 2022 par lequel le préfet des Vosges a refusé de délivrer un titre de séjour à M. B, doit être annulé.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
5. Eu égard au motif d'annulation retenu ci-dessus et alors qu'il ne résulte pas de l'instruction que des éléments de fait ou de droit nouveaux justifieraient que l'autorité administrative oppose une nouvelle décision de refus, le présent jugement implique nécessairement que cette autorité délivre à M. B une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale ". Il y a lieu, par suite, d'enjoindre au préfet des Vosges de délivrer ce titre dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Sur les frais liés au litige :
6. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de M. B, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par l'Etat au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
7. Il y a lieu, en revanche, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par M. B et non compris dans les dépens.
8. Enfin, il résulte de ce qui a été dit précédemment que la procédure engagée par M. B n'était ni dilatoire, ni abusive ni manifestement irrecevable. En conséquence, la préfète des Vosges n'est en tout état de cause pas fondée à demander au tribunal de procéder au retrait du bénéfice de cette aide.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du 23 mars 2022 par lequel le préfet des Vosges a refusé de délivrer un titre de séjour à M. B est annulé.
Article 2 : Il est enjoint à la préfète des Vosges de délivrer à M. B une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'Etat versera à M. B une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Les conclusions présentées par la préfète des Vosges sont rejetées.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la préfète des Vosges.
Délibéré après l'audience du 7 juillet 2023, à laquelle siégeaient :
- M. Di Candia, président,
- Mme Fabas, conseillère,
- M. Bastian, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 août 2023.
Le rapporteur,
P. Bastian
Le président,
O. Di Candia
Le greffier,
P. Lepage
La République mande et ordonne à la préfète des Vosges en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026