mardi 20 septembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nancy |
| Section | Tribunal Administratif de Nancy |
| N° Dossier | TA54-2201491 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Chambre 1 |
| Avocat requérant | GOUDJIL |
Vu les procédures suivantes :
I. Par une requête et un mémoire enregistrés le 10 août 2021 et les 17 février et 12 août 2022 sous le n° 2102329, M. D C demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
2°) d'annuler l'arrêté du 15 avril 2021 par lequel le préfet des Vosges a procédé au retrait de sa carte de séjour temporaire valable du 15 mai 2020 au 14 mai 2021, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit ;
3°) d'enjoindre au préfet des Vosges de procéder au renouvellement de son titre de séjour et à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa demande sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
4°) à titre subsidiaire, d'enjoindre au préfet de lui délivrer une carte de séjour portant la mention " vie privée et familiale " sur le fondement des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
5°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
En ce qui concerne la décision portant retrait du titre de séjour :
- la décision contestée n'est pas motivée ;
- le préfet n'a pas procédé à un examen complet de sa situation ;
- la décision contestée a été prise en méconnaissance du 8° l'article R. 311-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il doit être considéré comme involontairement privé d'emploi ;
- elle méconnaît les dispositions du 10° de l'article R. 311-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il ne constitue pas une menace pour l'ordre public ;
- elle porte une atteinte grave et disproportionnée à sa situation personnelle ;
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- la décision contestée n'est pas motivée ;
- le préfet n'a pas procédé à un examen complet de sa situation ;
- la décision contestée doit être annulée en raison de l'illégalité de la décision de retrait de titre de séjour ;
- elle méconnaît les dispositions du 10° de l'article L. 511-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qu'un traitement n'est pas disponible dans son pays d'origine ;
- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
- la décision contestée est insuffisamment motivée ;
- elle doit être annulée en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- elle méconnaît les articles 2 et 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un courrier en date du 18 janvier 2022, M. C a été invité, sur le fondement de l'article R. 612-5-1 du code de justice administrative, à confirmer expressément, dans le délai d'un mois, le maintien de ses conclusions.
Par une lettre, enregistrée le 8 février 2022, M. C a confirmé le maintien des conclusions de sa requête.
Par des mémoires en défense enregistrés les 8 et 18 août 2022, le préfet des Vosges conclut, dans le dernier état de ses écritures, au rejet de la requête et à la mise à la charge de M. C d'une somme de 800 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la requête est tardive ;
-les moyens de la requête ne sont pas fondés.
II. Par une ordonnance du 23 mai 2022, le président du tribunal administratif de Paris a renvoyé au tribunal administratif de Nancy le dossier de la requête de M. D C.
Par cette requête, enregistrée au tribunal administratif de Paris le 21 avril 2022, M. C, représenté par Me Goudjil, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 15 avril 2021 par lequel le préfet des Vosges a procédé au retrait de sa carte de séjour temporaire valable du 15 mai 2020 au 14 mai 2021, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit ;
2°) d'enjoindre au préfet des Vosges de lui délivrer un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement et, dans cette attente, de lui délivrer immédiatement une autorisation provisoire de séjour.
Il soutient que :
- l'arrêté contesté est entaché d'incompétence ;
- il n'est pas motivé, en méconnaissance de l'article L. 211-1 du code des relations entre le public et l'administration ;
- cette insuffisance de motivation témoigne d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français porte atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- elle méconnait l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la décision fixant le pays de renvoi est dépourvue de base légale.
Par des mémoires en défense enregistrés les 8 et 18 août 2022, le préfet des Vosges conclut, dans le dernier état de ses écritures, au rejet de la requête et à la mise à la charge de M. C d'une somme de 800 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la requête est tardive ;
- les moyens de la requête ne sont pas fondés.
M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Paris en date du 2 mars 2022.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Les rapports de M. E ont été entendus au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. C, ressortissant guinéen né le 20 juin 2000, a déclaré être entré en France en janvier 2017. Il a été pris en charge par l'aide sociale à l'enfance et s'est vu délivrer le 15 mai 2019 une carte de séjour portant la mention " travailleur temporaire " qui a été renouvelée jusqu'au 14 mai 2021. Par un arrêté du 15 avril 2021 le préfet des Vosges a procédé au retrait de ce titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours en fixant le pays de destination. Par les requêtes susvisées, qu'il y a lieu de joindre pour statuer par un même jugement, M. C demande au tribunal d'annuler cet arrêté.
Sur les conclusions relatives à l'aide juridictionnelle :
2. Par une décision du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Paris en date du 2 mars 2022, M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, les conclusions tendant à ce que l'aide juridictionnelle lui soit accordée sont devenues sans objet.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la compétence du signataire de l'arrêté attaqué :
3. D'une part, aux termes de l'article R. 311-10, dans sa version applicable au litige : " Le titre de séjour est délivré par le préfet du département dans lequel l'étranger a sa résidence et, à Paris, par le préfet de police () ".
4. D'autre part, aux termes de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa version applicable au litige : " I. ' L'autorité administrative peut obliger à quitter le territoire français un étranger non ressortissant d'un Etat membre de l'Union européenne, d'un autre Etat partie à l'accord sur l'Espace économique européen ou de la Confédération suisse et qui n'est pas membre de la famille d'un tel ressortissant au sens des 4° et 5° de l'article L. 121-1, lorsqu'il se trouve dans l'un des cas suivants : / () / 3° () si le titre de séjour qui lui avait été délivré lui a été retiré ; () ". Aux termes de l'article R. 512-1 du même code, dans sa version applicable : " L'autorité administrative mentionnée aux articles L. 511-1 () est le préfet de département () ". Enfin, aux termes de l'article R. 513-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, applicable à la date d'édiction de l'arrêté attaqué : " L'autorité administrative compétente pour prononcer la décision fixant le pays de renvoi d'un étranger en cas d'exécution d'office de la mesure d'éloignement est le préfet de département () ".
5. L'arrêté litigieux a été signé par M. A B, préfet des Vosges. Il ressort des pièces des dossiers que le titre de séjour portant la mention " travailleur temporaire " de M. C lui a été délivré par le préfet des Vosges. Ce dernier était ainsi compétent pour procéder au retrait de ce titre de séjour. Le préfet des Vosges était également compétent, en application des dispositions citées au point précédent, pour faire obligation à M. C de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixer le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté contesté doit être écarté.
En ce qui concerne les moyens propres à la contestation de la décision portant retrait du titre de séjour :
6. En premier lieu, l'arrêté contesté comporte les considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision portant retrait du titre de séjour et ont permis au requérant d'en comprendre les motifs. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.
7. En deuxième lieu, il ne ressort ni des pièces des dossiers ni des termes de l'arrêté contesté que le préfet était informé des problèmes de santé du requérant à la date d'édiction de la décision en litige. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen complet de sa situation doit être écarté.
8. En troisième lieu, aux termes de l'article 311-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La carte de séjour temporaire et la carte de séjour "compétences et talents" sont retirées si leur titulaire cesse de remplir l'une des conditions exigées pour leur délivrance. / Par dérogation au premier alinéa, la carte de séjour temporaire portant la mention () "travailleur temporaire", () ne peut être retirée au motif que l'étranger s'est trouvé, autrement que de son fait, privé d'emploi. ". Aux termes R. 311-14 du même code : " Le titre de séjour est retiré : () 8° Si l'étranger titulaire de la carte de séjour temporaire ou de la carte de séjour " pluriannuelle " cesse de remplir l'une des conditions exigées pour sa délivrance. () ".
9. M. C soutient que le préfet ne pouvait lui retirer son titre de séjour dès lors qu'il ne peut être regardé comme ayant été involontairement privé d'emploi. En l'espèce, s'il ressort des pièces des dossiers que M. C a été recruté à compter de novembre 2017 en qualité d'apprenti maçon au sein de la société Bonini, dont il a été licencié en juillet 2020, et qu'il a ainsi été involontairement privé d'emploi, l'intéressé a toutefois été recruté par la société RevalPrest en qualité d'agent polyvalent à compter du mois de janvier 2021. Il ressort des pièces des dossiers que l'employeur de M. C a constaté que ce dernier avait abandonné son poste de travail le 29 janvier 2021, que l'intéressé a été mis en demeure, par deux lettres avec accusé de réception, de reprendre son travail, auxquelles il n'a pas déféré et qu'une procédure de rupture anticipée pour faute grave a été engagée. Il est en outre constant que M. C a été licencié de cet emploi en février 2021. Si le requérant fait valoir que son employeur ne l'aurait pas autorisé à revenir sur son poste de travail tant qu'il ne lui aurait pas fourni un nouveau titre de séjour qu'il n'arrivait pas à retirer auprès de la préfecture malgré de vaines tentatives, il n'apporte à l'appui de ses allégations aucun commencement de preuve, alors au surplus que la carte de séjour temporaire dont il était titulaire expirait le 14 mai 2021. Le requérant n'établit pas davantage que les troubles psychiatriques pour lesquels il a été hospitalisé à compter du 21 avril 2021 seraient à l'origine de l'abandon de son poste de travail à compter du 29 janvier 2021. Dans ces conditions, M. C doit être regardé comme s'étant trouvé de son fait privé de son emploi et ne remplissait donc plus l'une des conditions exigées pour la délivrance d'une carte de séjour portant la mention " travailleur temporaire ". Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions du 8° de l'article R. 311-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.
10. En quatrième lieu, si le requérant soutient qu'il ne constitue pas une menace pour l'ordre public, il résulte de ce qui a été dit au point précédent que le préfet des Vosges aurait pu légalement prendre la décision contestée en se fondant uniquement sur le motif tiré de ce qu'il ne remplissait plus les conditions exigées pour la délivrance de son titre de séjour. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions du 10° de l'article R. 311-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.
11. En cinquième lieu, il ressort des pièces des dossiers que M. C est entré en France en janvier 2017 alors qu'il était âgé de seize ans. S'il se prévaut de sa prise en charge par les services de l'aide sociale à l'enfance, de sa scolarisation et de l'obtention d'un CAP maçonnerie lui ayant permis d'être embauché par la société Bonini, le requérant est célibataire et sans charge de famille sur le territoire français et n'établit pas être dépourvu de toutes attaches familiales dans son pays d'origine. Par suite, et en dépit de ses efforts d'intégration professionnelle, M. C n'est pas fondé à soutenir que la décision contestée porterait une atteinte grave et disproportionnée à sa situation personnelle.
12. En dernier lieu, la décision litigieuse n'a ni pour effet, ni pour objet de refuser à M. C la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article
L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions doit être écarté comme étant inopérant.
En ce qui concerne les moyens propres à la contestation de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
13. En premier lieu, M. C n'établit pas l'illégalité de la décision du préfet lui retirant son titre de séjour. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire français devrait être annulée en raison de l'illégalité de la décision de retrait du titre de séjour.
14. En deuxième lieu, l'arrêté contesté comporte les considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.
15. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 511-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français : () / 10° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié ; () ".
16. Il résulte de ces dispositions que, lorsqu'il envisage de prononcer une obligation de quitter le territoire français à l'encontre d'un ressortissant étranger, le préfet doit s'assurer que la situation de l'intéressé n'entre dans aucun des cas listés à l'article L. 511-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En particulier, lorsque des éléments sérieux relatifs à l'état de santé de l'intéressé ont été portés à sa connaissance, il appartient au préfet d'examiner ces éléments en vue de mettre en œuvre la procédure prévue par les dispositions précitées pour faire constater cet état de santé notamment en délivrant le dossier contenant la notice explicative de la procédure et le certificat médical vierge devant être transmis au collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration.
17. En l'espèce, il ne ressort pas des pièces des dossiers que le requérant aurait transmis au préfet des éléments sérieux relatif à son état de santé justifiant une analyse particulière du préfet au regard des dispositions citées au point 15. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen complet de sa situation personnelle doit être écarté.
18. En quatrième lieu, si M. C fait valoir qu'il présente un trouble schizo-affectif ayant entraîné son hospitalisation sans son consentement à compter du 21 avril 2021, les certificats médicaux attestant de son état de santé sont postérieurs à la date d'édiction de l'arrêté contesté. Le requérant ne verse aucun élément tendant à établir qu'à la date de l'arrêté en litige, son état de santé nécessitait une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées du 10° de l'article L. 511-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.
19. En cinquième lieu, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales est inopérant à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français.
20. En sixième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (). / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
21. Les moyens tiré de ce que la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaîtrait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et qu'elle serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés pour les mêmes motifs de fait que ceux exposés au point 11 du présent jugement.
22. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 () ". Indépendamment de l'énumération faite par le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile des catégories d'étrangers qui ne peuvent faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français, l'autorité administrative ne saurait légalement prendre une mesure d'éloignement à l'encontre d'un étranger que si ce dernier se trouve en situation irrégulière au regard des règles relatives à l'entrée et au séjour. Lorsque la loi ou une convention internationale prévoit que l'intéressé doit se voir attribuer de plein droit un titre de séjour, cette circonstance fait obstacle à ce qu'il puisse légalement être l'objet d'une mesure d'éloignement.
23. Le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui ne prévoient pas la délivrance d'un titre de séjour de plein droit, est inopérant à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français.
En ce qui concerne le moyen propre à la contestation de la décision fixant le pays de destination :
24. En premier lieu, M. C n'établit pas l'illégalité de la décision du préfet des Vosges portant obligation de quitter le territoire français. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir que la décision fixant le pays de destination devrait être annulée en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.
25. En deuxième lieu, l'arrêté contesté comporte les considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision fixant le pays de destination. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.
26. En dernier lieu, aux termes de l'article 2 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales : " 1. Le droit de toute personne à la vie est protégé par la loi. La mort ne peut être infligée à quiconque intentionnellement, sauf en exécution d'une sentence capitale prononcée par un tribunal au cas où le délit est puni de cette peine par la loi ". Aux termes de l'article 3 de cette même convention :: " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".
27. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées doit être écarté pour les mêmes motifs de fait que ceux exposés au point 18 du présent jugement.
28. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur les fins de non-recevoir opposées en défense, que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. C doivent être rejetées.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
29. Le présent jugement qui rejette les conclusions à fin d'annulation, n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions susvisées ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les frais d'instance :
30. Les dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans les présentes instances, la partie tenue aux dépens ou la partie perdante, les sommes demandées par le requérant au bénéfice de son conseil au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de M. C les sommes demandées par l'Etat au même titre.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de M. C tendant à son admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Article 2 : Le surplus des conclusions des requêtes de M. C et les conclusions présentées par le préfet des Vosges au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetés.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D C et au préfet des Vosges.
Copie en sera adressée, pour information, au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 2 septembre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Coudert, président,
Mme Grandjean, première conseillère,
M. Gottlieb, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 septembre 2022.
Le rapporteur,
R. E Le président,
B. Coudert
La greffière,
I. Varlet
La République mande et ordonne au préfet des Vosges en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Nos 2102329,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026