mardi 19 décembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nancy |
| Section | Tribunal Administratif de Nancy |
| N° Dossier | TA54-2201525 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Chambre 1 |
| Avocat requérant | LANG |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires enregistrés le 25 mai 2022 et les 4 janvier et 24 octobre 2023, Mme B A, représentée par Me Coissard, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 14 avril 2022 par laquelle l'Établissement public foncier de Grand Est a préempté le bien situé 4 rue Vieille à Vaucouleurs ;
2°) de condamner l'établissement public foncier de Grand Est à lui verser la somme de 2 951,27 euros au titre des préjudices subis ;
3°) de mettre à la charge de l'établissement public foncier de Grand Est une somme de 3 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l'établissement public foncier de Grand Est (EPFGE) a fait part de son projet en 2021 alors qu'un compromis a été rédigé dès 2019 ;
- la promesse d'achat qu'elle a signée est parfaite au sens de l'article 1583 du code civil ;
- l'EPFGE a commis un abus de pouvoir et doit être impartial ;
- la décision est entachée d'un défaut de motivation ;
- aucun projet n'était prévu avant l'année 2021.
Par des mémoires en défense enregistrés les 1er juillet 2022 et 2 mars 2023, l'Établissement public foncier de Grand Est, représenté par Me Lang, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 2 000 euros soit mise à la charge de Mme A en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient :
- à titre principal, que la requête est irrecevable dès lors que, tendant à l'annulation de la déclaration d'intention d'aliéner, les conclusions à fins d'annulation sont mal dirigées ; que la requête n'est pas accompagnée de la décision attaquée en méconnaissance de l'article R. 412-1 du code de justice administrative ; qu'elle ne comporte pas de moyens et de conclusions en méconnaissance de l'article R. 411-1 du même code et que les conclusions tendant à la condamnation de l'établissement public foncier de Grand Est n'ont pas été précédées d'une demande préalable ;
- à titre subsidiaire, que les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.
Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Nancy en date du 16 septembre 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code civil ;
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Grandjean, rapporteure,
- les conclusions de M. Gottlieb, rapporteur public,
- les observations de Me Degoulet, substituant Me Coissard, représentant Mme A,
- et les observations de Me Lang, représentant l'établissement public foncier de Grand Est.
Considérant ce qui suit :
1. Par une décision du 14 avril 2022, le président de l'établissement public foncier de Grand Est (EPFGE) a décidé d'exercer le droit de préemption urbain sur un immeuble cadastré section AC n° 412 situé 4 rue Vieille à Vaucouleurs (Meuse). Par la requête susvisée, Mme B A, qui bénéficiait d'une promesse de vente pour cet immeuble, demande au tribunal l'annulation de cette décision.
Sur les conclusions à fins d'indemnisation :
2. Dès lors qu'il ne résulte pas de l'instruction que Mme A aurait formé auprès de l'administration une demande préalable tendant à l'indemnisation des préjudices qu'elle estime avoir subis, ses conclusions indemnitaires doivent, alors qu'elle n'a pas régularisé sa requête sur ce point, être rejetées comme irrecevables.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 213-2 du code de l'urbanisme : " Toute aliénation visée à l'article L. 213-1 est subordonnée, à peine de nullité, à une déclaration préalable faite par le propriétaire à la mairie de la commune où se trouve situé le bien. Cette déclaration comporte obligatoirement l'indication du prix et des conditions de l'aliénation projetée ou, en cas d'adjudication, l'estimation du bien ou sa mise à prix, ainsi que les informations dues au titre de l'article L. 514-20 du code de l'environnement. Le titulaire du droit de préemption peut, dans le délai de deux mois prévu au troisième alinéa du présent article, adresser au propriétaire une demande unique de communication des documents permettant d'apprécier la consistance et l'état de l'immeuble, ainsi que, le cas échéant, la situation sociale, financière et patrimoniale de la société civile immobilière. La liste des documents susceptibles d'être demandés est fixée limitativement par décret en Conseil d'État. La déclaration d'intention d'aliéner peut être dématérialisée. Le cas échéant, cette déclaration comporte également les informations dues au titre des articles L. 303-2 et L. 741-1 du code de la construction et de l'habitation. / () Le silence du titulaire du droit de préemption pendant deux mois à compter de la réception de la déclaration mentionnée au premier alinéa vaut renonciation à l'exercice du droit de préemption. / () ".
4. En l'espèce, la déclaration d'intention d'aliéner prévue par le premier alinéa de l'article L. 213-2 du code de l'urbanisme a été communiquée à la commune de Vaucouleurs le 28 janvier 2022. Il ressort des pièces du dossier que l'EPFGE, auquel la commune a délégué le droit de préemption, a exercé ce droit en sollicitant divers documents et en demandant à visiter le bien en litige dans le délai de deux mois suivant cette date et en décidant, le 14 avril 2022, de préempter cet immeuble. Mme A, bien que déclarant qu'un premier compromis de vente avait été rédigé, au vu de sa proposition d'achat, en 2019, n'allègue pas qu'une déclaration d'intention d'aliéner serait parvenue à la commune de Vaucouleurs avant le 28 janvier 2022. La requérante n'est ainsi pas fondée à soutenir que la décision de préemption serait tardive.
5. En deuxième lieu, le compromis de vente que Mme A a signé le 6 janvier 2022, en réservait les effets à l'exercice du droit de préemption par l'un des titulaires de ce droit. Par suite, la requérante n'est en tout état de cause pas fondée à soutenir que les dispositions de l'article 1583 du code civil aux termes desquelles la vente " est parfaite entre les parties, et la propriété acquise de droit à l'acheteur à l'égard du vendeur, dès lors qu'on est convenu de la chose et du prix quoique la chose n'ait pas encore été livrée ni le prix payé ", feraient obstacle à l'exercice du droit de préemption.
6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 210-1 du code de l'urbanisme : " Les droits de préemption institués par le présent titre sont exercés en vue de la réalisation, dans l'intérêt général, des actions ou opérations répondant aux objets définis à l'article L. 300-1, à l'exception de ceux visant à sauvegarder ou à mettre en valeur les espaces naturels, à préserver la qualité de la ressource en eau, ou pour constituer des réserves foncières en vue de permettre la réalisation desdites actions ou opérations d'aménagement. / () / Toute décision de préemption doit mentionner l'objet pour lequel ce droit est exercé. Toutefois, lorsque le droit de préemption est exercé à des fins de réserves foncières dans le cadre d'une zone d'aménagement différé, la décision peut se référer aux motivations générales mentionnées dans l'acte créant la zone. / Lorsque la commune a délibéré pour définir le cadre des actions qu'elle entend mettre en œuvre pour mener à bien un programme local de l'habitat ou, en l'absence de programme local de l'habitat, lorsque la commune a délibéré pour définir le cadre des actions qu'elle entend mettre en œuvre pour mener à bien un programme de construction de logements locatifs sociaux, la décision de préemption peut, sauf lorsqu'il s'agit d'un bien mentionné à l'article L. 211-4, se référer aux dispositions de cette délibération. Il en est de même lorsque la commune a délibéré pour délimiter des périmètres déterminés dans lesquels elle décide d'intervenir pour les aménager et améliorer leur qualité urbaine ". Aux termes de l'article L. 300-1 du même code : " Les actions ou opérations d'aménagement ont pour objets de mettre en œuvre un projet urbain, une politique locale de l'habitat, d'organiser la mutation, le maintien, l'extension ou l'accueil des activités économiques, de favoriser le développement des loisirs et du tourisme, de réaliser des équipements collectifs ou des locaux de recherche ou d'enseignement supérieur, de lutter contre l'insalubrité et l'habitat indigne ou dangereux, de permettre le renouvellement urbain, de sauvegarder ou de mettre en valeur le patrimoine bâti ou non bâti et les espaces naturels, notamment en recherchant l'optimisation de l'utilisation des espaces urbanisés et à urbaniser ".
7. Il résulte de ces dispositions que les collectivités titulaires du droit de préemption urbain peuvent légalement exercer ce droit, d'une part, si elles justifient, à la date à laquelle elles l'exercent, de la réalité d'un projet d'action ou d'opération d'aménagement répondant aux objets mentionnés à l'article L. 300-1 du code de l'urbanisme, alors même que les caractéristiques précises de ce projet n'auraient pas été définies à cette date et, d'autre part, si elles font apparaître la nature de ce projet dans la décision de préemption. En outre, la mise en œuvre de ce droit doit, eu égard notamment aux caractéristiques du bien faisant l'objet de l'opération ou au coût prévisible de cette dernière, répondre à un intérêt général suffisant.
8. D'une part, la décision attaquée relève que la commune de Vaucouleurs et l'EPFGE ont décidé, les 8 et 15 mars 2021, de conclure une convention de projet intitulée " Vaucouleurs - îlots des Écuries - Revitalisation du centre bourg " et qu'une délibération du conseil municipal de la commune de Vaucouleurs a décidé le 7 décembre 2021, dans ce cadre, d'installer sur le secteur des Écuries un équipement public (tiers-lieu ou médiathèque), lequel, aux termes d'une étude de faisabilité doit prendre la forme d'un bâtiment sur deux étages doté d'une terrasse paysagée. Ces énonciations font apparaître de façon suffisamment précise la nature du projet en vue duquel le droit de préemption est exercé. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de cette décision doit, sans qu'il y ait lieu de se prononcer sur la recevabilité de ce moyen, être écarté.
9. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que la commune de Vaucouleurs a engagé un projet de redynamisation du centre-bourg en signant, le 15 février 2018, une convention d'études tripartite avec la communauté de communes et l'EPFGE, aux termes de laquelle ont été identifiés les biens stratégiques répondant à l'enjeu de recomposition de nouveaux bâtis et d'espaces publics susceptibles d'accueillir de nouveaux résidents et commerçants. Par ailleurs, la commune a signé le 15 mars 2021 une convention foncière opérationnelle avec l'EPFGE afin de mettre en œuvre ce projet dont le plan annexé identifie, parmi les biens à acquérir par l'intermédiaire de l'établissement public, la parcelle cadastrée section AC n° 412. En outre, une étude de faisabilité d'une médiathèque - tiers-lieu a été remise à la commune en octobre 2021 afin d'évaluer la possibilité d'implanter une médiathèque sur l'une ou sur plusieurs parcelles " situées entre la mairie et le quai Bigeon ", parmi lesquelles la parcelle cadastrée section AC n° 412 figurant sur le plan présenté. Enfin, une étude patrimoniale relative à l'îlot des anciennes écuries de Vaucouleurs et à l'identification des constructions sur " les 12 parcelles identifiées comme prioritaires par la maîtrise d'ouvrage car directement concernées par le futur projet sur le site ", a été commandée en septembre 2021 et remise à l'EPFGE le 11 janvier 2022. Elle étudie notamment l'éventuel intérêt historique du bâtiment actuellement présent sur la parcelle cadastrée section AC n° 412. Dans ces conditions, l'EPFGE justifie, à la date de réception de la déclaration d'intention d'aliéner, de la réalité d'un projet d'aménagement porté par la commune de Vaucouleurs depuis plusieurs années et dans lequel s'inscrit le bien préempté. Par suite, le moyen tiré de l'absence de réalité du projet ne peut qu'être écarté.
10. En dernier lieu, il n'est pas établi que l'EPFGE ait manqué d'impartialité ou que la décision attaquée soit entachée d'un détournement de pouvoir. Ces moyens ne peuvent, par suite, qu'être écartés.
11. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur les fins de non-recevoir opposées à ce titre par l'EPFGE, que les conclusions de Mme A tendant à l'annulation de la décision du 14 avril 2022 prise par l'EPFGE doivent être rejetées.
Sur les frais de l'instance :
12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'EPFGE, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que Mme A demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions de l'EPFGE présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er :La requête de Mme A est rejetée.
Article 2 : Les conclusions de l'EPFGE présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, à l'Établissement public foncier de Grand Est et à Me Coissard.
Délibéré après l'audience du 28 novembre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Coudert, président,
Mme Milin-Rance, première conseillère,
Mme Grandjean, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 décembre 2023.
La rapporteure,
G. Grandjean Le président,
B. Coudert
La greffière,
I. Varlet
La République mande et ordonne au préfet de la Meuse en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026