jeudi 23 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nancy |
| Section | Tribunal Administratif de Nancy |
| N° Dossier | TA54-2201533 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Chambre 2 |
| Avocat requérant | CABAILLOT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 31 mai 2022 et le 9 février 2023, Mme C B, représentée par Me Grimaldi, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler la décision du 15 décembre 2021 par laquelle la directrice de l'établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes Saint-Charles de Gondrecourt-le-Château (EHPAD Saint-Charles) lui a refusé l'octroi d'un congé de longue maladie et l'a placée en position de disponibilité d'office à compter du 20 décembre 2021 pour une durée d'un an et la décision implicite de rejet de son recours gracieux formé le 2 février 2022 ;
2°) d'annuler la décision du 19 décembre 2022 par laquelle la directrice de l'EHPAD Saint-Charles a prolongé sa position de disponibilité d'office à compter du 20 décembre 2022 pour une durée d'un an ;
3°) d'enjoindre à la directrice de l'EHPAD Saint-Charles de la placer en position de congé de longue maladie à compter du 20 décembre 2020 dans un délai de cinq jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 500 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'EHPAD Saint-Charles la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision du 15 décembre 2021 a été prise au terme d'une procédure irrégulière dès lors que le médecin du travail n'a pas été informé de la tenue et de l'objet de la réunion du 12 octobre 2021 du comité médical ;
- les décisions contestées sont insuffisamment motivées ;
- elles sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors que le comité médical a rendu un avis favorable au placement de Mme B en congés de longue maladie à compter du 20 décembre 2020 ;
- la décision de rejet de son recours gracieux formé contre la décision du 15 décembre 2023 et la décision du 19 décembre 2022 de prolongation de son placement en disponibilité d'office doivent être annulées par voie de conséquence de l'annulation de la décision du 15 décembre 2021.
Par un mémoire en défense, enregistré le 21 mars 2023, l'EHPAD Saint-Charles, représenté par Me Cabaillot, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de Mme B la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- les conclusions dirigées contre la décision du 19 décembre 2022 constituent une demande nouvelle irrecevable ;
- les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Wolff, rapporteure,
- et les conclusions de Mme Marini, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B exerce les fonctions d'aide-soignante au sein de l'EHPAD Saint-Charles depuis le 17 novembre 2006. À compter du 16 octobre 2018, Mme B a été placée en arrêt de travail pour un syndrome du canal carpien bilatéral reconnu maladie professionnelle par des décisions des 7 et 25 juin 2019 de la directrice de l'EHPAD Saint-Charles. Par une décision du 30 décembre 2020, la directrice de l'EHPAD a considéré que Mme B pouvait reprendre le service à temps plein à compter du 20 décembre 2020 et, qu'à défaut, les arrêts de travail à compter de cette date seraient pris en charge au titre du congé de maladie ordinaire. Dans le même temps, Mme B a formé une nouvelle demande de reconnaissance de maladie professionnelle pour un syndrome canalaire médian du nerf ulnaire du coude gauche pour laquelle la commission de réforme a rendu un avis défavorable le 10 juin 2021. Mme B a ensuite formé une demande de congé de longue maladie à compter du 20 décembre 2020. Par une décision du 15 décembre 2021, malgré l'avis favorable rendu sur cette demande le 12 octobre 2021 par le comité médical, la directrice de l'EHPAD de Saint-Charles a refusé l'octroi à Mme B d'un congé de longue maladie à compter du 20 décembre 2020 et l'a placée en position de disponibilité d'office à compter du 20 décembre 2021. Le 2 février 2022, Mme B a formé un recours gracieux contre cette décision qui a été implicitement rejeté. Le 19 décembre 2022, la directrice de l'EHPAD Saint-Charles a prolongé le placement en position de disponibilité d'office à compter du 20 décembre 2022 pour une durée d'un an. Par sa requête, Mme B demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures, l'annulation de ces décisions.
Sur la fin de non-recevoir opposée par l'EHPAD en défense :
2. Les conclusions d'une requête émanant d'un seul requérant et dirigée contre plusieurs décisions sont recevables dans leur totalité si elles présentent entre elles un lien suffisant. L'irrecevabilité des conclusions insuffisamment liées à celles dirigées contre la première des décisions attaquées ne peut être retenue par le juge administratif que si le requérant, invité à régulariser sa requête, s'est abstenu de donner suite à cette invitation dans le délai qui lui était imparti.
3. Dans sa requête enregistrée le 31 mai 2022, Mme B a présenté des conclusions à fin d'annulation de la décision du 15 décembre 2021 par laquelle la directrice de l'EHPAD Saint-Charles a refusé l'octroi d'un congé de longue maladie et l'a placée en disponibilité d'office à compter du 20 décembre 2021 pour une durée d'un an. Puis, dans un mémoire enregistré le 9 février 2023, Mme B a présenté des conclusions contre la décision du 19 décembre 2022 par laquelle la directrice de l'EHPAD Saint-Charles a prolongé son placement en disponibilité d'office pour une durée d'un an à compter du 20 décembre 2022. Ces décisions présentent donc entre elles un lien suffisant. Par suite, la fin de non-recevoir tenant à l'irrecevabilité des conclusions nouvelles présentées en cours d'instance opposée par l'EHPAD en défense doit être écartée.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
4. D'une part, aux termes de l'article 41 de la loi du 9 janvier 1986 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique hospitalière, dans sa rédaction applicable au litige : " Le fonctionnaire en activité a droit : () / 3° A des congés de longue maladie d'une durée maximale de trois ans dans les cas où il est constaté que la maladie met l'intéressé dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions, rend nécessaires un traitement et des soins prolongés et présente un caractère invalidant et de gravité confirmée. () ". D'autre part, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / () / 6° Refusent un avantage dont l'attribution constitue un droit pour les personnes qui remplissent les conditions légales pour l'obtenir ; () ". Il résulte de la combinaison de ces dispositions qu'une décision de refus d'octroi d'un congé de longue maladie doit être motivée. Le respect du secret médical ne pouvait avoir pour effet d'exonérer la directrice de l'EHPAD et le comité médical de l'obligation de motiver, respectivement, sa décision et son avis dans des conditions de nature à permettre le contrôle par le juge de la légalité de la décision et de l'avis.
5. Pour refuser l'octroi d'un congé de longue maladie à Mme B, la directrice de l'EHPAD Saint-Charles s'est contentée de se référer à un certificat médical, non produit dans le cadre de la présente instance, et à l'avis d'aptitude du médecin de prévention en date du 7 avril 2021. Elle a également mentionné l'absence de conclusions administratives d'un médecin expert agréé faisant référence à la liste des maladies donnant droit à l'octroi de congés de longue maladie, alors que le Dr A a établi un rapport en date du 24 septembre 2021, et l'absence de motivation de l'avis rendu par le comité médical, qui n'a qu'un caractère consultatif. En se bornant à faire référence à ces éléments, sans expliciter les raisons pour lesquelles elle estimait que la requérante ne remplissait pas les conditions légales donnant droit à un congé de longue maladie, la directrice de l'EPHAD Saint Charles n'a pas satisfait à l'obligation de motivation posée par les dispositions précitées. Par suite, Mme B est fondée à soutenir que la décision du 15 décembre 2021 est insuffisamment motivée.
6. Il résulte de ce qui précède que la décision du 15 décembre 2021 par laquelle la directrice de l'EHPAD Saint-Charles a refusé l'octroi d'un congé de longue maladie à Mme B et l'a placée en disponibilité d'office à compter du 20 décembre 2021, ainsi que la décision implicite de rejet du recours gracieux formé le 2 février 2022, doivent être annulées ainsi que, par voie de conséquence, la décision du 19 décembre 2022 par laquelle elle a prolongé le placement en disponibilité d'office d'une durée d'un an à compter du 20 décembre 2022.
Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :
7. Eu égard au motif d'annulation retenu, le présent jugement implique seulement qu'il soit enjoint à la directrice de l'EHPAD de Saint-Charles de procéder à un nouvel examen de la demande de Mme B dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sans qu'il soit nécessaire d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais exposés et non compris dans les dépens :
8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'EHPAD Saint-Charles le versement à Mme B de la somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.
9. En revanche, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que Mme B, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse à l'EHPAD Saint-Charles la somme que celui-ci réclame au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : Les décisions du 15 décembre 2021 et du 20 décembre 2022 par lesquelles la directrice de l'EHPAD Saint-Charles a refusé l'octroi d'un congé de longue maladie à Mme B et l'a placée en disponibilité d'office à compter du 20 décembre 2020 pour une durée d'un an, prolongée à compter du 20 décembre 2021 pour une nouvelle durée d'un an, ainsi que la décision implicite rejetant le recours gracieux formé le 2 février 2022 contre la première décision, sont annulées.
Article 2 : Il est enjoint à la directrice de l'EHPAD de Saint-Charles d'examiner de nouveau la demande de Mme B dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir.
Article 3 : L'EHPAD Saint-Charles versera à Mme B la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Les conclusions présentées par l'EHPAD Saint-Charles sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B et à l'établissement d'hébergement pour personnes âgées et dépendantes Saint-Charles de Gondrecourt-le-Château.
Copie en sera adressée, pour information, à la ministre du travail, de la santé et des solidarités.
Délibéré après l'audience publique du 14 mars 2024 à laquelle siégeaient :
M. Davesne, président,
M. Durand, premier conseiller,
Mme Wolff, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 mai 2024.
La rapporteure,
É. WolffLe président,
S. Davesne
Le greffier,
F. Richard
La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
No 2201533
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026