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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2201645

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2201645

mardi 20 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2201645
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationChambre 1
Avocat requérantJEANNOT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 10 juin 2022 et le 10 août 2022, M. A B, représenté par Me Jeannot, demande au tribunal :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler les décisions implicites de refus de délivrance d'un récépissé et d'un titre de séjour ainsi que l'arrêté du 8 juin 2022 par lequel le préfet de Meurthe-et-Moselle l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit d'office et lui a opposé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de dix-huit mois ;

3°) d'enjoindre au préfet de Meurthe-et-Moselle de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou " travailleur temporaire " ou " salarié " dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, et immédiatement un récépissé de demande de titre de séjour avec autorisation de travail, subsidiairement de réexaminer sa situation dans le même délai et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail pendant l'instruction de son dossier ;

4°) en tout état de cause, d'enjoindre au préfet de Meurthe-et-Moselle de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail dans le délai de trois jours sous une astreinte de 100 euros par jour de retard, et de le retirer du signalement aux fins de non admission dans le système Schengen (SIS) dont il fait l'objet sous une astreinte de 100 euros par jour de retard ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 500 euros au bénéfice de son conseil en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

- l'ensemble des décisions attaquées est entaché d'un défaut d'incompétence ;

En ce qui concerne la légalité de la décision implicite de refus de délivrance d'un récépissé de titre de séjour :

- dès lors que son dossier de demande de titre de séjour était complet, le préfet a commis une erreur de fait ; il a également commis une erreur de droit en préjugeant de l'instruction de sa demande de titre de séjour en procédant dès ce stade à un examen de la régularité des actes d'état civil produits ;

En ce qui concerne la décision implicite de refus de titre de séjour :

- le préfet a commis une erreur de droit, à défaut d'examen de sa situation et une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision porte atteinte à son droit à une vie privée et familiale normale et méconnaît ainsi les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation en ne tenant pas compte de ses efforts d'intégration et de ses attaches en France et quant aux conséquences de sa décision sur sa situation personnelle ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- le préfet a méconnu son droit à être entendu garanti par l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le préfet ne démontre pas avoir procédé à un examen individuel de sa situation ;

- la décision est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur de fait au regard des dispositions des 1° et 5° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision porte atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale et a des conséquences manifestement excessives sur sa situation ;

En ce qui concerne la décision relative au délai de départ volontaire :

- la décision est entachée d'un défaut de motivation, d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :

- la décision est insuffisamment motivée ;

- la décision est fondée sur une décision portant obligation de quitter le territoire français elle-même illégale ;

- la décision est entachée d'une erreur de droit dès lors que le préfet n'a pas procédé à l'examen des quatre critères retenus par la loi et que celui-ci s'est estimé en situation de compétence liée ;

- la décision est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors que le préfet n'a pas tenu compte des conditions de son séjour en France et des conséquences manifestement excessives de sa décision sur sa situation.

Par un mémoire en défense enregistré le 26 août 2022, le préfet de Meurthe-et-Moselle conclut au rejet de la requête.

Il soutient que la requête est irrecevable en tant qu'elle demande l'annulation des décisions implicites de refus de délivrance d'un récépissé de demande de titre de séjour et de délivrance de titre de séjour qui n'existent pas, et, pour le surplus, que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Nancy en date du 17 juin 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- l'arrêté du 30 avril 2021 fixant la liste des pièces justificatives exigées pour la délivrance des titres de séjour prévus par le livre IV du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Grandjean, rapporteure,

- et les observations de Me Jeannot, représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant guinéen né le 21 avril 2001, serait entré en France en qualité de mineur isolé étranger en 2017. Il a été confié au service de l'aide sociale à l'enfance du département de Meurthe-et-Moselle par une ordonnance de placement provisoire prononcée par le procureur de la République près le tribunal de grande instance de Gap du 13 novembre 2017 puis confié au service de l'aide sociale à l'enfance par le juge des enfants du tribunal judiciaire de Nancy le 19 décembre 2017. Il s'est inscrit au centre de formation des apprentis (CFA) de Pont-à-Mousson en CAP " menuiserie installateur " à compter de la rentrée scolaire de 2018. Après avoir obtenu ce diplôme en juin 2020, il a poursuivi son apprentissage et a obtenu un second CAP mention " menuiserie aluminium verre " en juin 2021. Il a bénéficié d'un titre de séjour valable un an à compter du 10 septembre 2019 renouvelé pour la même durée le 10 septembre 2020. Par un courrier du 21 octobre 2021 ainsi qu'à dix reprises entre le 8 septembre 2021 et le 25 avril 2022 via l'application " demarches-simplifiees.fr " de la préfecture de Meurthe-et-Moselle, M. B a sollicité le renouvellement de ce titre de séjour. Par un arrêté du 8 juin 2022, le préfet de Meurthe-et-Moselle l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit d'office et lui a opposé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de dix-huit mois. Par la requête susvisée, M. B demande l'annulation des décisions par lesquelles le préfet a implicitement refusé de lui remettre un récépissé de demande de titre de séjour et de l'admettre au séjour, ainsi que l'annulation des décisions expresses l'obligeant à quitter le territoire français, lui refusant un délai de départ volontaire, fixant le pays de destination et lui faisant interdiction de revenir sur le territoire français pendant une durée de dix-huit mois.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les fins de non-recevoir :

2. En premier lieu, aux termes de l'article R. 431-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger admis à souscrire une demande de délivrance ou de renouvellement de titre de séjour se voit remettre un récépissé qui autorise sa présence sur le territoire pour la durée qu'il précise. Ce document est revêtu de la signature de l'agent compétent ainsi que du timbre du service chargé, en vertu de l'article R. 431-20, de l'instruction de la demande. / () ". Aux termes de l'article R. 431-10 du même code : " L'étranger qui demande la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour présente à l'appui de sa demande : / 1° Les documents justifiant de son état civil ; / 2° Les documents justifiant de sa nationalité ; / 3° Les documents justifiant de l'état civil et de la nationalité de son conjoint, de ses enfants et de ses parents lorsqu'il sollicite la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour pour motif familial. / La délivrance du premier récépissé et l'intervention de la décision relative au titre de séjour sollicité sont subordonnées à la production de ces documents. / () ". Aux termes de l'article R. 431-11 du même code : " L'étranger qui sollicite la délivrance d'un titre de séjour présente à l'appui de sa demande les pièces justificatives dont la liste est fixée par arrêté annexé au présent code ".

3. Il résulte de ces dispositions qu'en dehors du cas d'une demande à caractère abusif ou dilatoire, l'autorité administrative chargée d'instruire une demande de titre de séjour ne peut refuser de l'enregistrer, et de délivrer le récépissé y afférent, que si le dossier présenté à l'appui de cette demande est incomplet. Un doute quant au caractère authentique du document justifiant de l'état civil et de la nationalité du demandeur ne peut conduire le préfet à considérer que le dossier est incomplet.

4. Il ressort des pièces du dossier que, à la suite de huit des neuf demandes de renouvellement de titre de séjour portant la mention " travailleur temporaire " déposées par M. B sur le site " demarches-simplifiees.fr ", les services de la préfecture ont par quatre fois sollicité la production par l'intéressé d'une pièce d'identité ou d'une attestation de l'ambassade de la République de Guinée justifiant l'impossibilité de produire un passeport et que, bien que le requérant leur ait fourni le 26 janvier 2022 une attestation de 2019 de l'ambassade de la République de Guinée indiquant qu'elle était dans l'impossibilité de délivrer des passeports sur le territoire français, les services préfectoraux ont à nouveau sollicité une telle attestation invoquant l'ancienneté de celle produite. Toutefois, un tel motif ne peut en aucun cas conduire le préfet à considérer que le dossier était incomplet. Il a aussi été demandé le 15 septembre 2021 à M. B de produire une copie de son contrat de travail que le requérant indique dans un courriel du 1er mars 2022 avoir déjà transmis et le 21 octobre 2021, une attestation de domicile que le requérant a transmise le 1er mars 2022. Il lui a également été demandé, à la suite de la demande déposée le 14 février 2022, de produire un contrat à durée indéterminée alors qu'aux termes de l'arrêté du 30 avril 2021 susvisé, cette pièce n'est pas au nombre des pièces à produire lorsque le titre sollicité porte la mention " travailleur temporaire ". Enfin, il lui a été demandé à trois reprises, les 15 septembre 2021, 14 février 2022 et 21 février 2022 une attestation d'activité professionnelle portant sur les douze mois précédents. Si M. B ne conteste pas que celle-ci n'a pas été fournie, il ressort toutefois des pièces du dossier qu'il lui avait entre-temps, le 11 octobre 2021, été demandé les seuls bulletins de salaire d'août et septembre 2021, dont le préfet ne soutient pas qu'ils n'ont pas été produits, sans que la demande d'attestation professionnelle ne soit alors réitérée. En outre, le requérant, dont le titre de séjour avait entretemps expiré, était sans emploi depuis septembre 2021 et a présenté une promesse d'embauche émanant d'une nouvelle entreprise. Ainsi, les demandes par lesquelles le préfet a invité le requérant à compléter son dossier ont, après le 21 septembre 2021, été partielles, visant des pièces à chaque fois différentes et pour certaines dilatoires. Dans ces conditions, le préfet n'est pas fondé à soutenir qu'il n'aurait pas refusé de délivrer un récépissé de titre de séjour, ni en conséquence que la requête serait irrecevable en ce qu'elle demanderait l'annulation d'une décision inexistante.

5. En second lieu, ainsi qu'il vient d'être dit, le dossier de demande de renouvellement de titre de séjour portant la mention " travailleur temporaire " devait être regardé comme complet et instruit par le préfet. Le préfet n'est ainsi pas fondé à soutenir qu'il n'aurait pas implicitement refusé de délivrer à M. B un titre de séjour. Par suite, la fin de non-recevoir tirée de l'inexistence de cette seconde décision doit être écartée.

En ce qui concerne la légalité de la décision portant refus de délivrance d'un récépissé de titre de séjour :

6. Il ressort des pièces du dossier que le préfet a implicitement refusé de délivrer un récépissé de demande de titre de séjour à M. B en raison de l'incomplétude des demandes de renouvellement de titre de séjour déposées par l'intéressé. Toutefois, ainsi qu'il a été dit au point 4 du présent jugement, le dossier de demande de titre de séjour de M. B devait être regardé comme complet. Dans ces conditions, le préfet ne pouvait refuser de délivrer un récépissé de demande de titre de séjour au requérant.

En ce qui concerne la légalité de la décision implicite de refus de titre de séjour :

7. Il ressort des pièces du dossier que M. B, entré en France en 2017 à l'âge de seize ans et pris en charge par l'aide sociale à l'enfance en qualité de mineur isolé, produit sa carte d'identité consulaire, une attestation du 10 février 2022 de l'ambassade de la République de Guinée exposant que les opérations d'enrôlement en vue de la délivrance de passeports biométriques sont suspendues, un jugement supplétif tenant lieu d'acte de naissance du tribunal de première instance de Conakry III - Mafanco et un récépissé attestant de la remise le 23 avril 2019 à la préfecture de Meurthe-et-Moselle de la transcription de ce jugement supplétif délivré par le bureau de l'état civil et population de Conakry. L'état civil et la nationalité de M. B ne sont pas remis en cause par le préfet. Le requérant, par ailleurs titulaire de deux CAP dans le domaine de la menuiserie obtenus en 2020 et 2021, a précédemment bénéficié de deux titres de séjour l'autorisant à travailler et valables jusqu'au 9 septembre 2021 délivrés par le préfet de Meurthe-et-Moselle. Il ressort également des pièces du dossier que le requérant a conclu avec l'entreprise qui l'avait accueilli en apprentissage un contrat le recrutant à durée indéterminée à compter du 1er août 2021 et il produit une promesse d'embauche en date du 19 janvier 2022 réitérée le 13 avril 2022 de la part de la société Avenir Isolation ainsi qu'une demande d'autorisation de travail complétée par cette même entreprise le 13 avril 2022. Ainsi, dans les circonstances particulières de l'espèce, eu égard aux efforts réalisés par M. B et aux perspectives professionnelles qui lui sont ouvertes, le préfet de Meurthe-et-Moselle a apprécié de façon manifestement erronée la situation du requérant en refusant de lui délivrer un titre de séjour.

8. Il résulte de ce qui précède que M. B est fondé à demander l'annulation de la décision lui ayant implicitement refusé un titre de séjour.

En ce qui concerne la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

9. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; / () 5° Le comportement de l'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois constitue une menace pour l'ordre public ; / () ".

10. Il résulte de la combinaison, d'une part, des articles L. 411-1, L. 611-1, L. 611-3 et L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour et, d'autre part, de l'article R. 431-5 du même code, qu'un étranger mineur entré irrégulièrement en France doit, pour se conformer à l'obligation de possession d'un titre de séjour qui pèse sur lui à compter du jour où il devient majeur, solliciter un tel titre dans les deux mois qui suivent son dix-huitième anniversaire. Il ne peut faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français sur le fondement du 1° du I de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que s'il s'est abstenu de solliciter un titre pendant cette période.

11. En premier lieu, pour obliger M. B à quitter le territoire français, le préfet de Meurthe-et-Moselle s'est fondé sur la circonstance que l'intéressé, entré irrégulièrement sur le territoire français s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour. Or, il ressort des pièces du dossier que M. B a bénéficié d'un titre de séjour " travailleur temporaire " valable du 10 septembre 2019 au 9 septembre 2021 et a sollicité à compter du 8 septembre 2021 la délivrance d'un titre de séjour qui lui a été implicitement refusée. En outre, eu égard à ce qui a été dit précédemment, le refus de délivrance d'un titre de séjour implicitement opposé à l'intéressé est illégal. Par suite, la décision portant obligation de quitter le territoire français ne pouvait être prise sur le fondement du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

12. En second lieu, il ressort des pièces du dossier que le comportement de M. B, qui a été placé en garde à vue au motif qu'il s'est rebellé dans les locaux de la préfecture lorsque l'un des préposés a découpé devant lui un angle de son titre de séjour périmé, ne suffit pas, dans les circonstances de l'espèce, à regarder son comportement comme constituant une menace pour l'ordre public.

13. Il résulte de ce qui vient d'être exposé aux points 11 et 12 du présent jugement, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. B est fondé à demander l'annulation de la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français ainsi que par voie de conséquence, de la décision lui refusant un délai de départ volontaire et de la décision lui faisant interdiction de retour sur le territoire français.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

14. D'une part, le présent jugement, qui annule la décision de refus de titre de séjour ainsi que la décision portant obligation de quitter le territoire français et les décisions subséquentes, implique nécessairement, eu égard aux motifs sur lesquels il se fonde, que le préfet de Meurthe-et-Moselle délivre un titre portant la mention " salarié " au requérant. Par suite, il y a lieu d'enjoindre au préfet de Meurthe-et-Moselle de délivrer à M. B une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer immédiatement une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

15. D'autre part, le présent jugement qui prononce l'annulation de la décision d'interdiction de retour sur le territoire français implique nécessairement l'effacement du signalement du requérant aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen. Il y a lieu d'enjoindre, sans délai, au préfet de Meurthe-et-Moselle de saisir les services ayant procédé à son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen, en vue de la mise à jour du fichier en tenant compte de cette annulation. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés à l'instance :

16. M. B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Jeannot, avocate de M. B, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'État le versement à Me Jeannot de la somme de 1 000 euros.

D E C I D E :

Article 1er :Les décisions implicites par lesquelles le préfet de Meurthe-et-Moselle a refusé de délivrer à M. B un récépissé de demande de titre de séjour ainsi qu'un titre de séjour et l'arrêté du 8 juin 2022 du préfet de Meurthe-et-Moselle sont annulés.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de Meurthe-et-Moselle de délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " à M. B dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et immédiatement une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ainsi que de faire procéder, sans délai, à la suppression du signalement de M. B aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen.

Article 3 : L'État versera la somme de 1 000 (mille) euros à Me Jeannot, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve que Me Jeannot renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, au préfet de Meurthe-et-Moselle et à Me Jeannot.

Copie en sera adressée, pour information, au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience publique du 2 septembre 2022 à laquelle siégeaient :

M. Coudert, président,

Mme Grandjean, première conseillère,

M. Gottlieb, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 septembre 2022.

La rapporteure,

G. Grandjean Le président,

B. Coudert

La greffière,

I. Varlet

La République mande et ordonne au préfet de Meurthe-et-Moselle en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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