mardi 4 octobre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nancy |
| Section | Tribunal Administratif de Nancy |
| N° Dossier | TA54-2201683 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Chambre 1 |
| Avocat requérant | SELARL GUITTON - GROSSET - BLANDIN |
Vu la procédure suivante :
Par une ordonnance du 15 juin 2022, la présidente de la 4ème chambre du tribunal administratif de Strasbourg a renvoyé au tribunal administratif de Nancy le dossier de la requête de M. A D.
Par cette requête, enregistrée au tribunal administratif de Strasbourg le 8 juin 2022, et un mémoire enregistré le 3 septembre 2022, M. D, représenté par Me Grosset, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;
2°) de surseoir à statuer dans l'attente de la décision d'aide juridictionnelle ;
3°) d'annuler l'arrêté du 6 juin 2022 par lequel la préfète de la région Grand Est, préfète de la zone de défense et de sécurité Est, préfète du Bas-Rhin, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans ;
4°) d'enjoindre à la préfète de lui délivrer un titre de séjour ou à tout le moins une autorisation provisoire de séjour ;
5°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros à verser à son conseil sur le fondement des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Il soutient que :
En ce qui concerne l'arrêté dans son ensemble :
- le signataire de l'arrêté contesté est incompétent ;
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- la décision attaquée n'est pas motivée ;
- la préfète n'a pas procédé à une appréciation de sa situation personnelle et s'est crue, à tort, en situation de compétence liée dans l'examen de sa demande ;
- la préfète du Bas-Rhin aurait dû analyser les éléments relatifs à son état de santé qu'il a présentés au cours de son audition par les services de la gendarmerie nationale comme une demande de protection contre l'éloignement en raison de son état de santé ;
- la décision attaquée méconnaît les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et du 9° de l'article L. 611-3 du même code ;
- elle méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- il ne constitue nullement un risque pour l'ordre public ;
- sa demande de titre de séjour n'a pas encore été examinée ;
En ce qui concerne la décision refusant un délai de départ volontaire :
- la décision attaquée n'est pas motivée ;
- il n'a pas été mis en mesure de présenter ses observations avec un délai suffisant ;
- la décision contestée est entachée d'une erreur de droit dès lors que la préfète n'a pas procédé à un examen sérieux de sa situation et s'est placée dans une situation de pouvoir lié en refusant un délai de départ volontaire ;
- le risque de fuite n'est pas caractérisé ;
- la décision contestée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
- il n'a pas été mis en mesure de présenter ses observations dans un délai suffisant ;
- la décision contestée méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
- la décision est insuffisamment motivée ;
- la préfète s'est crue en compétence liée et n'a pas examiné sa situation ;
- la menace à l'ordre public n'est pas établie ;
- la préfète n'a pas examiné les circonstances notamment humanitaires qui peuvent faire obstacle à une telle décision ;
- la décision est entachée d'une erreur d'appréciation.
Par un mémoire en défense enregistré le 29 août 2022, la préfète de la région Grand Est, préfète de la zone de défense et de sécurité Est, préfète du Bas-Rhin conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Par un courrier du 6 septembre 2022, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de la substitution du 3° au 2° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile comme base légale de la décision attaquée.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
-le rapport de M. Gottlieb, rapporteur,
- et les observations de M. D.
Considérant ce qui suit :
1. M. D, ressortissant arménien né le 8 mars 1989, a déclaré être entré en France le 24 décembre 2012. Par un arrêté du 10 février 2016, le préfet de Meurthe-et-Moselle a refusé de lui délivrer un titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français. Par un arrêté du 28 septembre 2020, le préfet de Meurthe-et-Moselle a refusé de lui délivrer un titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, en fixant son pays de destination. A la suite d'un contrôle routier, la préfète de la région Grand Est, préfète de la zone de défense et de sécurité Est, préfète du Bas-Rhin, a, par un arrêté du 6 juin 2022, prononcé à son encontre une obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans. Par la requête susvisée, M. D demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 6 juin 2022.
Sur l'aide juridictionnelle provisoire et les conclusions aux fins de sursis à statuer dans l'attente de la décision d'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission de M. D au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire. Par conséquent, et dès lors que la requête a été présentée par l'intermédiaire d'un avocat et qu'elle est en état d'être jugée, il n'y a pas lieu de surseoir à statuer dans l'attente de la décision du bureau d'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la compétence du signataire de l'arrêté contesté :
3. Par un arrêté du 4 mars 2022 régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du même jour, la préfète du Bas-Rhin a donné délégation de signature à M. C B, sous-préfet de l'arrondissement de Haguenau-Wissembourg, à l'effet de prendre, durant ses permanences, toute décision en matière d'entrée, de séjour des étrangers en France et d'éloignement ainsi que les décisions d'interdiction de retour sur le territoire français. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté en cause manque en fait et doit être écarté.
En ce qui concerne la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
4. En premier lieu, l'arrêté attaqué comporte les considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.
5. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier, ni des termes de la décision contestée, que la préfète n'aurait pas examiné la situation du requérant ou qu'elle se serait crue en situation de compétence liée pour l'obliger à quitter le territoire français. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.
6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; / 2° L'étranger, entré sur le territoire français sous couvert d'un visa désormais expiré ou, n'étant pas soumis à l'obligation du visa, entré en France plus de trois mois auparavant, s'est maintenu sur le territoire français sans être titulaire d'un titre de séjour ou, le cas échéant, sans demander le renouvellement du titre de séjour temporaire ou pluriannuel qui lui a été délivré ; / 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents ; / () / 5° Le comportement de l'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois constitue une menace pour l'ordre public ; () ".
7. D'une part, il est constant que M. D est entré régulièrement en France. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que M. D a sollicité à plusieurs reprises la délivrance d'un titre de séjour qui lui a été refusée par des arrêtés du préfet de Meurthe-et-Moselle en date du 10 février 2016 et du 28 septembre 2020. Enfin, il ne ressort d'aucune des pièces du dossier que son comportement constituerait une menace pour l'ordre public. Dans ces conditions, la décision attaquée ne pouvait être prise sur le fondement des dispositions précitées du 1°, du 2° ou du 5° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
8. Lorsqu'il constate que la décision contestée devant lui aurait pu être prise en vertu du même pouvoir d'appréciation, sur le fondement d'un autre texte que celui dont la méconnaissance est invoquée, le juge de l'excès de pouvoir peut substituer ce fondement à celui qui a servi de base légale à la décision attaquée, sous réserve que l'intéressé ait disposé des garanties dont est assortie l'application du texte sur le fondement duquel la décision aurait dû être prononcée. Une telle substitution relevant de l'office du juge, celui-ci peut y procéder de sa propre initiative, au vu des pièces du dossier, mais sous réserve, dans ce cas, d'avoir au préalable mis les parties à même de présenter des observations sur ce point.
9. Il ressort des pièces du dossier que M. D a fait l'objet de décisions de refus de séjour en dates du 10 février 2016 et du 28 septembre 2020. Ainsi, le requérant entre dans le cas prévu par le 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et pouvait, pour ce seul motif, faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français. Comme en ont été informées les parties, ces dispositions du 3° peuvent être substituées à celles du 2° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que cette substitution de base légale ne prive l'intéressé d'aucune garantie et que l'administration dispose du même pouvoir d'appréciation pour appliquer l'une ou l'autre de ces deux dispositions. Par suite, le moyen tiré du défaut de base légale de la décision attaquée doit être écarté.
10. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. () ". Par ailleurs, aux termes de l'article L. 611-3 du même code : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () / 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. () ".
11. D'une part, le seul dépôt d'une demande de titre de séjour ne saurait faire obstacle à ce que l'autorité administrative décide d'obliger à quitter le territoire français un étranger qui se trouve dans l'un des cas mentionnés par l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La circonstance qu'un récépissé ou une autorisation provisoire de séjour a été délivré à l'intéressé pendant la durée d'instruction de cette demande de titre de séjour ne saurait davantage y faire obstacle. Il ne saurait en aller autrement que lorsque la loi prescrit l'attribution de plein droit d'un titre de séjour à l'intéressé, cette circonstance faisant alors obstacle à ce qu'il puisse légalement être l'objet d'une obligation de quitter le territoire français. D'autre part, même si elle n'a pas été saisie d'une demande de titre de séjour au titre de l'état de santé, l'autorité administrative qui dispose d'éléments d'information suffisamment précis et circonstanciés établissant qu'un étranger résidant habituellement sur le territoire français est susceptible de bénéficier des dispositions protectrices du 9° de l'article L. 611-3 du même code, doit, avant de prononcer à son encontre une obligation de quitter le territoire, recueillir l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII).
12. En l'espèce, M. D ne verse aucun élément tendant à établir qu'il aurait sollicité la délivrance d'un titre de séjour en raison de son état de santé préalablement à l'édiction de la décision contestée. En outre, le requérant fait valoir que la préfète du Bas-Rhin aurait dû analyser les éléments relatifs à son état de santé qu'il a présentés au cours de son audition par les services de la gendarmerie nationale comme une demande de protection contre l'éloignement en raison de son état de santé. S'il ressort du procès-verbal d'audition du requérant du 6 juin 2022 que M. D a indiqué qu'il est allé à l'hôpital pendant environ quarante-cinq jours à la suite d'une chute d'environ vingt mètres d'un pont, que la " veine qui va au cerveau a été touchée et déchirée " et que " les cervicales ont été touchées également ", et enfin qu'il prenait un traitement à base de Kardegic et de Laroxyl, ces déclarations ne constituaient pas des éléments suffisamment circonstanciés de nature à faire penser que le requérant était susceptible d'entrer dans le champ d'application du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors au demeurant qu'il ressort de cette audition qu'après avoir été invité à présenter ses observations sur l'éventualité d'une mesure d'éloignement à destination de son pays d'origine, le requérant a seulement indiqué qu'il ne souhaitait plus retourner en Arménie " pour des raisons politiques ". Enfin, si M. D fait valoir qu'il présente un AVC ischémique insulaire gauche sur une dissection de la carotide interne gauche post-traumatique, ni le dossier médical du requérant, ni le certificat médical du 4 juin 2022 ne permettent d'établir qu'un défaut de prise en charge médicale serait en l'espèce susceptible d'entraîner pour l'intéressé des conséquences d'une exceptionnelle gravité ni, en tout état de cause, que le requérant ne pourrait pas disposer dans son pays d'origine des soins que son état de santé exige. Par suite, le requérant n'est fondé à soutenir ni qu'il pouvait bénéficier de plein droit d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions précitées de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni que la préfète du Bas-Rhin aurait méconnu les dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du même code.
13. En dernier lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
14. Si M. D fait valoir qu'il vit depuis près de dix ans en France, il n'établit ni sa durée de présence continue sur le territoire français, ni l'intensité et la stabilité des liens personnels et familiaux qu'il y aurait tissés. M. D ne soutient pas, par ailleurs, être démuni d'attaches familiales dans son pays d'origine où il a vécu jusqu'à l'âge de vingt-trois ans. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la préfète du Bas-Rhin aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée.
En ce qui concerne la légalité de la décision refusant un délai de départ volontaire :
15. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / () / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / () / 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5. () ".
16. En premier lieu, l'arrêté contesté vise les dispositions des articles L. 612-2 et L. 612-3 et indique avec suffisamment de précision les raisons pour lesquelles il existe un risque que M. D se soustraie à l'exécution de la mesure d'éloignement dont il fait l'objet. Par suite, l'arrêté attaqué comporte les considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision refusant un délai de départ volontaire. Cette motivation révèle que la préfète a procédé à un examen complet de la situation de l'intéressé et qu'elle ne s'est pas estimée en situation de compétence liée pour lui refuser un délai de départ volontaire. Par suite, les moyens tirés de l'insuffisance de motivation et de l'erreur de droit doivent être écartés.
17. En deuxième lieu, le droit d'être entendu préalablement à l'adoption d'une décision de retour implique que l'autorité administrative mette le ressortissant étranger en situation irrégulière à même de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur l'irrégularité de son séjour et les motifs qui seraient susceptibles de justifier que l'autorité s'abstienne de prendre à son égard une décision de retour. Il n'implique toutefois pas que l'administration ait l'obligation de mettre l'intéressé à même de présenter ses observations de façon spécifique sur la décision refusant le délai de départ volontaire dès lors qu'il a pu être entendu sur l'irrégularité du séjour ou la perspective de l'éloignement.
18. Si M. D invoque la méconnaissance du droit d'être entendu, énoncé à l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, il ressort des pièces du dossier et notamment du procès-verbal d'audition du 6 juin 2022 qu'il a été amené à faire valoir ses observations après avoir été informé de l'intention du préfet de prendre à son encontre une mesure d'éloignement à destination de son pays d'origine. M. D a ainsi pu faire valoir ses observations et la décision attaquée lui a été notifiée après que ses observations ont été communiquées à l'autorité préfectorale. Il résulte de ce qui précède que le requérant a été mis à même de formuler, avec un délai suffisant, des observations écrites et orales avant la notification de la décision en litige. En tout état de cause, M. D n'apporte aucune précision relative à la nature des informations qu'il n'aurait pu porter à la connaissance de l'administration avant que ne soit prise la décision refusant de lui accorder un délai de départ volontaire. Le moyen tiré du vice de procédure doit, dès lors, être écarté.
19. En dernier lieu, d'une part, si le requérant soutient que son comportement ne constitue pas une menace pour l'ordre public, il ne ressort pas des termes de la décision contestée ni des pièces du dossier que la préfète du Bas-Rhin aurait entendu se fonder sur ce motif pour prendre la décision contestée. D'autre part, M. D ne conteste pas qu'il est dépourvu de documents d'identité et de voyage en cours de validité. Enfin, si le requérant fait valoir qu'il est soigné en France et qu'il devait encore subir des opérations à la suite de l'accident de la circulation dont il a été victime en janvier 2022, il ne verse aucun élément à l'instance de nature à l'établir. Dès lors, c'est sans erreur de droit et sans erreur d'appréciation que la préfète du Bas-Rhin a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire.
En ce qui concerne la légalité de la décision fixant le pays de destination :
20. En premier lieu, il ressort du compte-rendu d'audition en date du 6 juin 2022 que M. D a été invité à présenter ses observations sur l'édiction envisagée d'une obligation de quitter le territoire français à destination de son pays d'origine. Le requérant ne fait pas état d'éléments qui, s'ils avaient été connus de la préfète, l'auraient conduite à prendre une mesure différente de celle qu'elle a prononcée. Par suite, la préfète du Bas-Rhin n'a pas méconnu le droit de toute personne d'être entendue, notamment énoncé au paragraphe 2 de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne.
21. En second lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".
22. Il résulte de ce qui a été dit au point 12 du présent jugement que M. D n'établit pas qu'un défaut de prise en charge médicale serait en l'espèce susceptible d'entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité ni, en tout état de cause, qu'il ne pourrait pas disposer dans son pays d'origine des soins que son état de santé exige. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
En ce qui concerne la légalité de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
23. En premier lieu, l'arrêté contesté vise les dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, rappelle la date d'entrée en France du requérant et les précédentes mesures d'éloignement dont il a fait l'objet, l'absence de liens intenses et stables sur le territoire national et indique qu'il se maintient en France sans avoir fait de démarches pour régulariser sa situation et que son comportement constitue un trouble à l'ordre public. Dans ces conditions, l'arrêté attaqué comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Le moyen tiré de son insuffisante motivation doit, par suite, être écarté.
24. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour ". Aux termes des dispositions de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11 ".
25. D'une part, le requérant ne justifie d'aucune circonstance humanitaire de nature à faire obstacle à l'édiction d'une interdiction de retour sur le territoire français. D'autre part, le requérant ne conteste pas avoir fait l'objet de plusieurs mesures d'éloignement qu'il n'a pas exécutées. Il ne justifie pas avoir tissé en France des liens personnels ou familiaux d'une particulière intensité ou ancienneté. Par suite, et en dépit de la durée de présence alléguée, qui n'est au demeurant pas établie, et quand bien même sa présence en France ne constituerait pas une menace pour l'ordre public, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la préfète aurait entaché la décision contestée d'une erreur d'appréciation.
26. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. D ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
27. Le présent jugement qui rejette les conclusions à fin d'annulation n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions susvisées ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les frais d'instance :
28. Les dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie tenue aux dépens ou la partie perdante, la somme demandée par le requérant au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : M. D est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A D et à la préfète de la région Grand Est, préfète de la zone de défense et de sécurité Est, préfète du Bas-Rhin.
Copie en sera adressée, pour information, au ministre de l'intérieur et des outre-mer et au préfet de Meurthe-et-Moselle.
Délibéré après l'audience du 13 septembre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Coudert, président,
Mme Grandjean, première conseillère,
M. Gottlieb, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 octobre 2022.
Le rapporteur,
R. Gottlieb Le président,
B. Coudert
La greffière,
I. Varlet
La République mande et ordonne à la préfète de la région Grand Est, préfète de la zone de défense et de sécurité Est, préfète du Bas-Rhin en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026