jeudi 7 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nancy |
| Section | Tribunal Administratif de Nancy |
| N° Dossier | TA54-2201750 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Reconduites à la frontière |
| Avocat requérant | ROLLAND |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 22 juin 2022 à 15 heures 24, M. B E demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 21 juin 2022 par lequel le préfet de la Côte d'Or a décidé de le maintenir en rétention administrative ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Côte d'Or de lui délivrer une attestation de demande d'asile afin de lui permettre de se maintenir sur le territoire français jusqu'à la décision de la Cour nationale du droit d'asile ;
3°) de condamner le préfet de la Côte d'Or aux entiers frais irrépétibles ainsi qu'au versement à son conseil de la somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, à charge pour son conseil de renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Il soutient que :
- la compétence du signataire de la décision n'est pas établie ;
- la décision est insuffisamment motivée ;
- la demande d'asile ne présente pas de caractère dilatoire ;
- il dispose de garanties de représentation.
Par un mémoire en défense enregistré le 6 juillet 2022, le préfet de la Côte d'Or conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. E ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la directive 2013/32/UE du 26 juin 2013 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme Grandjean, première conseillère, pour exercer les pouvoirs qui lui sont attribués par les articles L. 572-5, L. 572-6, L. 614-5, L. 614-6, L. 614-9, L. 614-11, L. 614-12, L. 614-15, L. 615-2, L. 623-1, L. 732-8 et L. 754-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme F,
- les observations de Me Rolland, avocat commis d'office, représentant M. E qui, conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens et insiste sur les garanties de représentation dont dispose l'intéressé qui vit en concubinage avec une ressortissante française, sur la volonté de l'intéressé de régulariser sa situation administrative et sur les risques qu'il encourt en Lybie où son père a été assassiné en raison d'un conflit d'héritage ;
- les observations de M. E qui fait valoir qu'il est arrivé en France alors qu'il était mineur pour fuir les assassins de son père, qu'un projet d'adoption le concernant par des personnes qui l'avait pris en charge lui avait fait renoncer à demander l'asile et que la perte de son passeport l'a empêché de faire des démarches en vue de la régularisation de sa situation ;
- et les observations de M. G, représentant le préfet de la Côte d'Or, qui conclut aux mêmes fins que le mémoire en défense, par les mêmes moyens et souligne le caractère inopérant des moyens relatifs à la vie privée et familiale de l'intéressé et aux garanties de représentation qu'il est susceptible de présenter.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. M. E, ressortissant libyen né le 7 décembre 1999, déclare être entré sur le territoire français en 2015. Par un arrêté du 11 septembre 2018, le préfet du Doubs a obligé le requérant à quitter le territoire français sans délai et a fixé le pays à destination duquel il était susceptible d'être reconduit d'office, décision assortie d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans. Par des arrêtés du 20 septembre 2019 et du 16 novembre 2020, les mêmes décisions lui ont été opposées. Par un jugement du 2 juillet 2021, le tribunal correctionnel d'Annecy a condamné le requérant pour des faits de " recel de bien provenant d'un vol et détention non autorisée de stupéfiants " à une peine d'emprisonnement de cinq mois et a prononcé une interdiction définitive du territoire français. Par un arrêté du 23 février 2022, le préfet de la Côte d'Or a fixé la Lybie comme pays de destination. Interpellé le 14 juin 2022 dans le cadre d'un contrôle d'identité, l'intéressé a été placé en rétention administrative le même jour. Cette rétention a été prolongée par une ordonnance du 17 juin 2022 du juge des libertés et de la détention pour une durée maximale de vingt-huit jours. Le recours contre cette ordonnance a été rejeté par la Cour d'appel de Metz le 19 juin 2022. M. E a introduit une demande d'asile le 20 juin 2022. Par un arrêté du 21 juin 2022, le préfet de la Côte d'Or a décidé son maintien en rétention. Par la requête susvisée, M. E demande l'annulation de ce dernier arrêté.
Sur les conclusions à fins d'annulation :
2. En premier lieu, l'arrêté est signé par M. A D, directeur de cabinet, auquel le préfet de la Côte d'Or établit avoir délégué sa signature aux fins de signer la décision en litige par un arrêté en date du 9 mars 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le 11 mars 2022. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision contestée doit être écarté.
3. En deuxième lieu, l'arrêté comporte les considérations de droit et de fait qui fondent la décision maintenant M. E en rétention. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de cette décision doit être écarté.
4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 754-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la France est l'État responsable de l'examen de la demande d'asile et si l'autorité administrative estime, sur le fondement de critères objectifs, que cette demande est présentée dans le seul but de faire échec à l'exécution de la décision d'éloignement, elle peut prendre une décision de maintien en rétention de l'étranger pendant le temps strictement nécessaire à l'examen de sa demande d'asile par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et, en cas de décision de rejet ou d'irrecevabilité de celle-ci, dans l'attente de son départ. / () ". Aux termes de l'article L. 754-1 du même code : " La demande d'asile d'un étranger placé ou maintenu en rétention n'est pas recevable si elle est formulée plus de cinq jours après qu'il s'est vu notifier ses droits en matière d'asile dans les conditions prévues à l'article L. 744-6. Toutefois, cette irrecevabilité n'est pas opposable à l'étranger qui invoque, au soutien de sa demande, des faits survenus après l'expiration de ce délai. / () ".
5. Il est constant que M. E, qui soutient être entré sur le territoire français en 2015, n'a engagé aucune démarche pour se voir reconnaître la qualité de réfugié avant d'être placé en rétention administrative le 14 juin 2022 en vue de l'exécution de l'interdiction judiciaire du territoire français, alors même qu'il a précédemment fait l'objet de trois mesures d'éloignement et d'un placement en rétention administrative le 23 février 2022. Il ne ressort pas des pièces du dossier que le requérant aurait présenté, à l'appui de sa demande d'asile, des éléments nouveaux tenant à un risque d'être exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine. Dans ces conditions, le préfet de la Côte d'Or était fondé à regarder cette demande d'asile comme étant présentée dans le seul but de faire échec à l'exécution de l'interdiction judiciaire définitive du territoire français prononcée le 2 juillet 2021 par le tribunal correctionnel d'Annecy.
6. En quatrième lieu, M. E ne peut utilement se prévaloir des risques encourus dans son pays d'origine pour contester la légalité de la décision de maintien en rétention au regard des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors que cette décision n'a pas pour objet son éloignement à destination d'un pays donné. Par suite, ce moyen ne peut qu'être écarté.
7. En cinquième lieu, eu égard à son objet et à sa vocation de ne produire des effets que durant le temps strictement nécessaire à l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) pour se prononcer sur la demande d'asile, selon une procédure accélérée, une mesure de maintien en rétention administrative n'est pas de nature, en elle-même, à porter atteinte à la vie privée et familiale de l'intéressé. Par suite, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation qu'aurait commise le préfet ne peut qu'être écarté.
8. En sixième lieu, le requérant ne peut utilement soutenir qu'il présenterait des garanties de représentation à l'appui de la contestation de la mesure de maintien en rétention dès lors qu'il ressort des dispositions précitées de l'article L. 754-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le maintien en rétention administrative n'est pas conditionné par l'absence de garanties de représentation suffisantes mais est prononcé lorsque l'étranger placé en rétention administrative présente une demande d'asile dans le seul but de faire échec à une mesure d'éloignement. Par suite, ce moyen, qui n'est pas opérant, doit être écarté.
9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation de l'arrêté du 21 juin 2022 pris par le préfet de la Côte d'Or doivent être rejetées.
Sur les frais d'instance :
10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'État, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie tenue aux dépens ou la partie perdante, la somme demandée par M. E au bénéfice de son conseil au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er :La requête de M. E est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B E et au préfet de la Côte d'Or.
Lu en audience publique le 7 juillet 2022 à 15 heures.
La magistrate désignée,
G. F,
La greffière,
L. Stupar
La République mande et ordonne au préfet de la Côte d'Or en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026