mardi 12 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nancy |
| Section | Tribunal Administratif de Nancy |
| N° Dossier | TA54-2201777 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Reconduites à la frontière |
| Avocat requérant | SCP LEVI-CYFERMAN - CYFERMAN |
Vu les procédures suivantes :
I. Par une requête enregistrée le 24 juin 2022 à 15 heures 25 et des mémoires complémentaires enregistrés les 28 juin 2022 et 4 juillet 2022 sous le n° 2201777, M. D G, représenté par Me Lévi-Cyferman, demande, dans le dernier état de ses écritures, au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 8 avril 2022 par lequel la préfète de la région Grand-Est, préfète du Bas-Rhin a ordonné son transfert aux autorités polonaises, responsables de l'examen de sa demande d'asile, ainsi que l'arrêté du 13 juin 2022 par lequel la préfète l'a assigné à résidence ;
3°) d'enjoindre à la préfète de la région Grand-Est, préfète du Bas-Rhin de l'autoriser à déposer une demande d'asile ;
4°) de mettre à la charge de la préfète de la région Grand-Est, préfète du Bas-Rhin la somme de 2 000 euros à verser à son avocate, Me Lévi-Cyferman, au titre l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Il soutient que :
En ce qui concerne les moyens dirigés contre l'ensemble des décisions :
- les arrêtés attaqués sont entachés d'incompétence de l'auteur de l'acte ;
- il n'a pas pu présenter des observations, en méconnaissance des dispositions de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration ;
En ce qui concerne les moyens dirigés contre la décision de transfert :
- la décision a été prise en méconnaissance des articles 4 et 5 du règlement (UE) n°604/2013 ;
- l'arrêté est insuffisamment motivé et la préfète n'a pas procédé à un examen particulier de sa situation personnelle ;
- il est entaché d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- il a été pris en méconnaissance des articles 3.2 et 17 du règlement (UE) n°604/2013 ;
En ce qui concerne les moyens dirigés contre la décision portant assignation à résidence :
- la décision porte atteinte à sa liberté de circulation et à l'obligation de scolarité des enfants ;
- elle doit être annulée en raison de l'illégalité de la décision portant transfert aux autorités polonaises.
Par des mémoires en défense enregistrés les 30 juin 2022 et 6 juillet 2022, la préfète de la région Grand-Est, préfète du Bas-Rhin conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens soulevés par M. G ne sont pas fondés.
II. Par une requête enregistrée le 24 juin 2022 à 15 heures 25 et des mémoires complémentaires enregistrés les 28 juin 2022 et 5 juillet 2022 sous le n° 2201879, Mme A K représentée par Me Lévi-Cyferman, demande, dans le dernier état de ses écritures, au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 8 avril 2022 par lequel la préfète de la région Grand-Est, préfète du Bas-Rhin a ordonné son transfert aux autorités polonaises, responsables de l'examen de sa demande d'asile ainsi que l'arrêté du 13 juin 2022 par lequel la préfète l'a assignée à résidence ;
3°) d'enjoindre à la préfète de la région Grand-Est, préfète du Bas-Rhin de l'autoriser à déposer une demande d'asile ;
4°) de mettre à la charge de la préfète de la région Grand-Est, préfète du Bas-Rhin la somme de 2 000 euros à verser à son avocate, Me Lévi-Cyferman, au titre l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Elle soulève les mêmes moyens que dans la requête n° 2201777.
Par un mémoire en défense enregistré le 6 juillet 2022, la préfète de la région Grand-Est, préfète du Bas-Rhin conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens soulevés par M. G ne sont pas fondés.
III. Par une requête enregistrée le 24 juin 2022 à 15 heures 25 et des mémoires complémentaires enregistrés les 28 juin 2022 et 5 juillet 2022 sous le n° 2201880, Mme C G, représentée par Me Lévi-Cyferman, demande, dans le dernier état de ses écritures, au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 8 avril 2022 par lequel la préfète de la région Grand-Est, préfète du Bas-Rhin a ordonné son transfert aux autorités polonaises, responsables de l'examen de sa demande d'asile ainsi que l'arrêté du 13 juin 2022 par lequel la préfète l'a assignée à résidence ;
3°) d'enjoindre à la préfète de la région Grand-Est, préfète du Bas-Rhin de l'autoriser à déposer une demande d'asile ;
4°) de mettre à la charge de la préfète de la région Grand-Est, préfète du Bas-Rhin la somme de 2 000 euros à verser à son avocate, Me Lévi-Cyferman, au titre l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Elle soulève les mêmes moyens que dans les requêtes n° 2201777 et 2201879.
Par un mémoire en défense enregistré le 6 juillet 2022, la préfète de la région Grand-Est, préfète du Bas-Rhin conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement et du Conseil du 26 juin 2013 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme Grandjean, première conseillère, pour exercer les pouvoirs qui lui sont attribués par les articles L. 572-5, L. 572-6, L. 614-5, L. 614-6, L. 614-9, L. 614-11, L. 614-12, L. 614-15, L. 615-2, L. 623-1, L. 732-8 et L. 754-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- les rapports de Mme H,
- les observations de Me Lévi-Cyferman, représentant les trois requérants qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens, et :
. en ce qui concerne les décisions de transfert, insiste sur l'absence de motivation des arrêtés qui ne mentionnent aucune date permettant de s'assurer que les requérants entrent dans les conditions posées par le règlement européen et sur les conditions d'accueil qu'ils ont subis en Pologne, et ajoute que les décisions de transfert portent atteinte à leur droit au respect de leur vie privée et familiale compte tenu des efforts d'intégration particuliers qu'ils ont entrepris malgré le caractère récent de leur arrivée sur le territoire français puisque leurs enfants sont scolarisés, qu'ils prennent eux-mêmes des cours de français et ont noué des contacts amicaux ;
. en ce qui concerne les décisions portant assignation à résidence : que les conditions posées sont difficiles à respecter puisqu'elles prévoient l'obligation de pointage avec les enfants, ce qui perturbe leur scolarité.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. M. G et Mme K épouse G, ressortissants géorgiens, et leur fille majeure Mme C G ont déclaré être entrés en France en mars 2022 et ont présenté une demande d'asile le 16 mars 2022 au guichet unique de la préfecture de la Moselle. L'examen des empreintes digitales des intéressés a révélé qu'ils avaient déposé une demande d'asile en Pologne. Saisies le 17 mars 2022, les autorités polonaises ont explicitement accepté le 22 mars 2022 de reprendre en charge les requérants. Par des arrêtés du 8 avril 2022, la préfète de la région Grand-Est, préfète du Bas-Rhin a ordonné le transfert des requérants aux autorités polonaises. Par des arrêtés du 13 juin 2022, la préfète les a assignés à résidence. Les requérants demandent l'annulation de ces arrêtés.
Sur les conclusions relatives à l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président ".
3. En raison de l'urgence à statuer sur la présente requête, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de M. D G, de Mme A K et de Mme C G au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction :
En ce qui concerne les moyens communs aux décisions attaquées :
4. En premier lieu, il résulte des dispositions des livres V et VII du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le législateur a entendu déterminer l'ensemble des règles de procédure administrative et contentieuse auxquelles sont soumises l'intervention et l'exécution des décisions de transfert et l'assignation à résidence. Dès lors, les dispositions de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration ne sauraient être utilement invoquées à l'encontre des décisions attaquées.
5. En deuxième lieu, les moyens tirés de ce que les arrêtés contestés sont entachés d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés comme non assortis des précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé.
En ce qui concerne les moyens dirigés contre les arrêtés de transfert :
6. En premier lieu, par un arrêté du 4 mars 2022, publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du Bas-Rhin le même jour, la préfète de la région Grand-Est, préfète du Bas-Rhin a donné délégation à Mme L B, cheffe du pôle régional Dublin, en cas d'absence ou d'empêchement de M. E F, chef du bureau de l'asile et de la lutte contre l'immigration irrégulière, à l'effet de signer les décisions ordonnant le transfert aux autorités responsables de la demande d'asile. Par suite, Mme J B, signataire des arrêtés contestés, était autorisée à signer les décisions en litige. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire des arrêtés attaqués doit donc être écarté.
7. En deuxième lieu, en application de l'article L. 572-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la décision de transfert dont fait l'objet un ressortissant de pays tiers ou un apatride qui a déposé auprès des autorités françaises une demande d'asile dont l'examen relève d'un autre État membre ayant accepté de le prendre ou de le reprendre en charge doit être motivée, c'est-à-dire qu'elle doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement.
8. L'arrêté attaqué vise la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et notamment ses articles 3 et 8, le règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 et le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il mentionne que la consultation du fichier Eurodac a révélé que les consorts G ont déposé une demande d'asile auprès des autorités polonaises préalablement au dépôt de leur demande d'asile en France, que les autorités polonaises ont été saisies d'une demande de reprise en charge le 17 mars 2022, à laquelle elles ont explicitement donné leur accord le 22 mars suivant sur le fondement de l'article 18-1 c) du règlement n°604/2013 et que l'ensemble des éléments de fait et de droit caractérisant la situation des requérants ne relève pas des dérogations prévues aux articles 3.2 ou 17 du règlement UE n° 604/2013. Dès lors que les arrêtés contestés comportent l'énoncé suffisant des considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation des décisions ordonnant le transfert des requérants aux autorités polonaises doit être écarté comme manquant en fait.
9. En troisième lieu, il résulte des dispositions de l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 que le demandeur d'asile auquel l'administration entend faire application de ce règlement doit se voir remettre, dès le début de la procédure, une information complète sur ses droits, par écrit et dans une langue qu'il comprend. Cette information doit comprendre l'ensemble des éléments prévus au paragraphe 1 de l'article 4 du règlement du 26 juin 2013 précité. Eu égard à leur nature, la délivrance de ces informations constitue une garantie pour le demandeur d'asile.
10. Il ressort des pièces du dossier, et en particulier de la signature apposée sur la première page des documents produits par la préfète, que les consorts G se sont vu remettre le 16 mars 2022, le guide du demandeur d'asile ainsi que les brochures, intitulées " A. J'ai demandé l'asile dans l'UE - quel pays sera responsable de ma demande d'asile ' " et " B. Je suis sous procédure Dublin - qu'est-ce que cela signifie ' " documents rédigés en langue géorgienne qu'ils ont déclaré comprendre. Ces documents contiennent l'intégralité des informations prévues par les dispositions de l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions ne peut qu'être écarté.
11. En quatrième lieu, il ressort des pièces du dossier, notamment du compte-rendu d'entretien produit en défense par la préfète, que les consorts G ont chacun bénéficié, le 16 mars 2022, de l'entretien individuel et confidentiel, mené par un agent qualifié de la préfecture de la Moselle, comme le prévoit l'article 5 du règlement UE n°604/2013. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions doit être écarté comme manquant en fait.
12. En cinquième lieu, aux termes de l'article 3 du règlement (UE) n° 604/2013/UE : " 1. Les Etats membres examinent toute demande de protection internationale présentée par un ressortissant de pays tiers ou par un apatride sur le territoire de l'un quelconque d'entre eux (). La demande est examinée par un seul État membre, qui est celui que les critères énoncés au chapitre III désignent comme responsable. / 2. () / Lorsqu'il est impossible de transférer un demandeur vers l'État membre initialement désigné comme responsable parce qu'il y a de sérieuses raisons de croire qu'il existe dans cet État membre des défaillances systémiques dans la procédure d'asile et les conditions d'accueil des demandeurs, qui entraînent un risque de traitement inhumain ou dégradant au sens de l'article 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, l'État membre procédant à la détermination de l'État membre responsable poursuit l'examen des critères énoncés au chapitre III afin d'établir si un autre État membre peut être désigné comme responsable. Lorsqu'il est impossible de transférer le demandeur en vertu du présent paragraphe vers un État membre désigné sur la base des critères énoncés au chapitre III ou vers le premier État membre auprès duquel la demande a été introduite, l'État membre procédant à la détermination de l'État membre responsable devient l'État membre responsable () ". Aux termes de l'article 17 du même règlement : " Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque État membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement. () ".
13. La faculté laissée, par l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013, à chaque État membre de décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans ce règlement, est discrétionnaire et ne constitue nullement un droit pour les demandeurs d'asile.
14. Les requérants font valoir que les conditions d'accueil en Pologne souffrent de graves dysfonctionnements qu'ils ont personnellement éprouvés. Si les requérants produisent, à l'appui de ces allégations, trois articles de presse, il est constant que la Pologne est un État membre de l'Union européenne et partie tant à la convention de Genève du 28 juillet 1951 sur le statut des réfugiés complétée par le protocole de New-York qu'à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il doit dès lors être présumé que le traitement réservé aux demandeurs d'asile dans cet Etat membre est conforme à ces textes. En outre, il ne ressort pas des pièces du dossier que les autorités polonaises, qui ont d'ailleurs explicitement accepté la reprise en charge des requérants, n'examineront pas leurs demandes d'asile dans des conditions conformes à l'ensemble des garanties exigées par le respect du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de ce que les arrêtés de transfert méconnaîtraient les dispositions des articles 3.2 et 17 du règlement n° 604/2013, doit être écarté.
15. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / () ".
16. Les requérants, qui sont entrés en France très récemment et ne font état que de la scolarité de leurs enfants mineurs et de leur volonté d'intégration, ne justifient pas disposer d'attaches suffisamment anciennes, intenses et stables sur le territoire français. Ils ne sont ainsi pas fondés à soutenir que les arrêtés attaqués ont été pris en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
En ce qui concerne les moyens dirigés contre les arrêtés portant assignation à résidence :
17. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que les requérants ne sont pas fondés à invoquer, par la voie de l'exception, le moyen tiré de l'illégalité des arrêtés portant transfert aux autorités polonaises à l'encontre des arrêtés portant assignation à résidence.
18. En deuxième lieu, par un arrêté du 4 mars 2022, publié au recueil des actes administratifs du Bas-Rhin le même jour, la préfète de la région Grand-Est, préfète du Bas-Rhin a donné délégation à M. E F, chef du bureau de l'asile, à l'effet de signer les décisions d'assignation à résidence. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions attaquées doit être écarté.
19. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 732-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les décisions d'assignation à résidence, y compris de renouvellement, sont motivées ".
20. Les arrêtés contestés visent les dispositions de l'article L. 751-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et précisent que les intéressés font l'objet d'une décision ordonnant leur transfert aux autorités polonaises, lesquelles ont donné leur accord pour leur prise en charge et que ces transferts demeurent une perspective raisonnable. Dès lors que les arrêtés contestés comportent ainsi l'énoncé suffisant des considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de ces arrêtés doit être écarté.
21. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 751-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () L'étranger faisant l'objet d'une décision de transfert peut également être assigné à résidence en application du présent article () ". Aux termes de l'article L. 751-4 du même code : " En cas d'assignation à résidence en application de l'article L. 751-2, les dispositions des articles L. 572-7, L. 732-1, L. 732-3, L. 732-7, L. 733-1 à L. 733-4 et L. 733-8 à L. 733-12 sont applicables. () ". Aux termes de l'article L. 733-1 de ce code : " L'étranger assigné à résidence en application du présent titre se présente périodiquement aux services de police ou aux unités de gendarmerie. () ". Les obligations de se présenter périodiquement aux services de police ou aux unités de gendarmerie, susceptibles d'être imparties par l'autorité administrative en vertu de l'article L. 733-1 précité, doivent être adaptées, nécessaires et proportionnées aux finalités qu'elles poursuivent et ne sauraient, sous le contrôle du juge administratif, porter une atteinte disproportionnée à la liberté d'aller et venir.
22. D'une part, les requérants ne produisent aucun élément de nature à démontrer que les décisions les assignant à résidence porterait une atteinte disproportionnée à leur liberté de circulation. D'autre part, en se bornant soutenir que le respect de leurs obligations de pointage les mardis et jeudis sont difficiles à respecter du fait de la scolarité de leurs enfants, les requérants n'établissent pas en quoi elles ne seraient pas proportionnées aux finalités qu'elles poursuivent.
23. Il résulte de tout ce qui précède que les requérants ne sont pas fondés à demander l'annulation des arrêtés du 8 avril 2022 par lesquels la préfète de la région Grand-Est, préfète du Bas-Rhin a ordonné leurs transferts aux autorités polonaises, ni des arrêtés du 13 juin 2022 par lesquels la préfète les a assignés à résidence. Par voie de conséquence, leurs conclusions à fin d'injonction ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les frais de l'instance :
24. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que les sommes demandées par les requérants au titre des frais exposés non compris dans les dépens soient mises à la charge de l'État qui n'a pas la qualité de partie perdante dans la présente instance.
D É C I D E :
Article 1er : M. D G, Mme A K et Mme C G sont admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Le surplus des conclusions des requêtes est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D G, à Mme A K, à Mme C G et à la préfète de la région Grand-Est, préfète du Bas-Rhin.
Rendu public par mise à disposition au greffe, le 12 juillet 2022.
La magistrate désignée,
G. HLa greffière,
L. Stupar
La République mande et ordonne la préfète de la région Grand-Est, préfète du Bas-Rhin en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Nos 2201777, 2201879 et 22018800
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026