jeudi 22 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nancy |
| Section | Tribunal Administratif de Nancy |
| N° Dossier | TA54-2201818 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Chambre 3 |
| Avocat requérant | JEANNOT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 28 juin 2022, M. B D, représenté par Me Jeannot, demande au tribunal :
1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler la décision du 17 juin 2022 par laquelle le préfet de Meurthe-et-Moselle a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;
3°) d'enjoindre à la préfète de Meurthe-et-Moselle, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour mention " vie privée et familiale ", " travailleur temporaire " ou " salarié ", dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, ainsi qu'un récépissé de demande de titre de séjour avec autorisation de travail, subsidiairement, d'enjoindre à la préfète de réexaminer sa situation dans le délai d'un mois à compter de la décision à intervenir et de lui délivrer immédiatement une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail pendant l'instruction du dossier, le tout sous astreinte de 1 000 euros par jour de retard ;
4°) d'enjoindre à la préfète de Meurthe-et-Moselle de lui restituer l'ensemble des documents d'état civil et de nationalité remis au préfet, sous astreinte de 1 000 euros par jour de retard ;
5°) de mettre à la charge de la préfète de Meurthe-et-Moselle, le versement à Me Jeannot, son avocate, de la somme de 1 800 euros sur le fondement des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- la décision est entachée d'une incompétence quant à l'auteur de l'acte ;
- la décision est entachée d'une erreur de fait et d'un défaut d'examen complet de sa situation dès lors qu'il produit l'ensemble des pièces justifiant sa demande, sans que le préfet ne fasse usage des dispositions de l'article L. 114-5 du code des relations entre le public et l'administration pour lui demander de produire des pièces complémentaires ;
- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors que le préfet, en faisant état de son maintien irrégulier et de l'absence d'autorisation de travail pour exercer une activité professionnelle, a ajouté des conditions à l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il présente des motifs de régularisation à titre exceptionnel et humanitaire ;
- elle méconnaît l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision attaquée est entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard de sa situation personnelle ;
- en refusant de répondre aux questions de son conseil sur l'existence d'une mesure d'éloignement le concernant et en prenant la décision attaquée dans la plus grande précipitation, dans le seul but d'empêcher l'exercice d'un recours utile et de mettre à exécution la mesure d'éloignement dont il faisait l'objet sans en avoir été informé, les services de la préfecture ont entaché leur décision d'un détournement de pouvoir, méconnu le principe de loyauté et porté atteinte à l'exercice de la profession d'avocat et au droit de tout citoyen d'être accompagné dans ses démarches.
Par un mémoire en défense, enregistré le 11 août 2022, le préfet de Meurthe-et-Moselle conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. D ne sont pas fondés.
M. D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 1er juillet 2022.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative ;
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Bastian a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. D, ressortissant guinéen né le 5 février 2003, est entré en France en 2017, alors qu'il était mineur, et a été confié aux services de l'aide sociale à l'enfance du département de Meurthe-et-Moselle jusqu'à sa majorité par un jugement en assistance éducative du tribunal pour enfants de A. Le 4 juin 2022, il a sollicité la délivrance d'une carte de séjour sur fondement des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par une décision du 17 juin 2022, dont M. D demande l'annulation, le préfet de Meurthe-et-Moselle a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité.
Sur la demande tendant à l'admission provisoire du requérant à l'aide juridictionnelle :
2. Par une décision du 1er juillet 2022, le bureau d'aide juridictionnelle a admis M. D au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale pour contester la décision attaquée. Par suite, il n'y a plus lieu de statuer sur ses conclusions tendant à ce qu'il soit admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ". Il appartient à l'autorité administrative, en application de ces dispositions, de vérifier, dans un premier temps, si l'admission exceptionnelle au séjour par la délivrance d'une carte portant la mention " vie privée et familiale " répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard de motifs exceptionnels, et à défaut, dans un second temps, s'il est fait état de motifs exceptionnels de nature à permettre la délivrance, dans ce cadre, d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ".
4. Il ressort des pièces du dossier que M. D est entré en France à l'âge de seize ans, soit depuis cinq ans à la date de la décision attaquée, et qu'il a été pris en charge par l'aide sociale à l'enfance en raison de sa qualité de mineur isolé. En outre, il ressort d'une attestation particulièrement élogieuse établie par Mme E C, l'ayant hébergé durant cinq mois en 2018, que des liens forts se sont créés entre elle et le requérant et que ce dernier est accueilli chez elle comme un membre de sa famille tout au long de l'année. Il ressort par ailleurs du rapport de fin de minorité établi par les services de l'aide sociale à l'enfance le 11 février 2019 que M. D a fourni des efforts particuliers d'intégration, approfondissant notamment son apprentissage du français et étant accueilli en famille citoyenne afin de bénéficier d'une ouverture plus accrue sur la culture française. Il est également membre d'une association. Ce rapport souligne aussi que M. D, qui n'a aucune nouvelle de son frère, n'a plus de lien avec son pays d'origine, ses parents étant décédés. Enfin, M. D a suivi un cursus en baccalauréat professionnel " aide-électricité " durant lequel il a, dans le cadre d'un contrat d'apprentissage, donné entière satisfaction à son employeur. Il a conclu, le 16 juillet 2021, un contrat de travail à durée indéterminée avec ce même employeur, pour le compte duquel il a travaillé jusqu'en avril 2022. Par suite, M. D devant être regardé comme justifiant de motifs exceptionnels pour se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " ou " salarié ", il est fondé à soutenir que la décision attaquée a méconnu les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
5. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que M. D est fondé à demander l'annulation de la décision du 17 juin 2022 par laquelle le préfet de Meurthe-et-Moselle a refusé de lui délivrer un titre de séjour.
Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :
6. Le motif d'annulation retenu par le présent jugement implique nécessairement qu'il soit enjoint à la préfète de Meurthe-et-Moselle de délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " ou " salarié " l'autorisant à travailler dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et, dès la notification du présent jugement, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a toutefois pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
7. En revanche, le présent jugement n'implique pas par lui-même la restitution des documents d'état civil de M. D.
Sur les frais d'instance :
8. M. D ayant été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale, son avocate, Me Jeannot, peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Jeannot de la somme de 1 200 euros sous réserve qu'elle renonce à percevoir la contribution de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur la demande tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire de M. D.
Article 2 : La décision du 17 juin 2022 par laquelle le préfet de Meurthe-et-Moselle a refusé de délivrer un titre de séjour à M. D est annulée.
Article 3 : Il est enjoint à la préfète de Meurthe-et-Moselle de délivrer à M. D une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " ou " salarié " l'autorisant à travailler dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et, immédiatement, une autorisation provisoire de séjour.
Article 4 : L'Etat versera à Me Jeannot, avocate de M. D, une somme de 1 200 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Jeannot renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.
Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. B D, à la préfète de Meurthe-et-Moselle et à Me Jeannot.
Délibéré après l'audience publique du 1er février 2024 à laquelle siégeaient :
- M. Di Candia, président,
- M. Bastian, conseiller,
- Mme Philis, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 février 2024.
Le rapporteur,
P. BastianLe président,
O. Di Candia
La greffière,
L. Bourger
La République mande et ordonne à la préfète de Meurthe-et-Moselle en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
No 2201818
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026