jeudi 21 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nancy |
| Section | Tribunal Administratif de Nancy |
| N° Dossier | TA54-2201819 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête enregistrée le 28 juin 2022 sous le n° 2201820 par laquelle Mme A demande l'annulation de la décision du 14 juin 2022.
Vu :
- la convention internationale des droits de l'enfant ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Boulangé, premier conseiller, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative pour statuer sur les demandes de référés.
Les parties ont été régulièrement averties de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 18 juillet 2022 à 10h00 :
- le rapport de M. Boulangé, juge des référés ;
- et les observations de Me Jeannot, représentant Mme A, également présente, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens.
Le préfet de Meurthe-et-Moselle n'étant ni présent, ni représenté.
La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience à 10h27.
Considérant ce qui suit :
Sur la demande d'aide juridictionnelle provisoire :
1. Aux termes de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".
2. En raison de l'urgence, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'admettre provisoirement Mme A à l'aide juridictionnelle.
Sur la fin de non-recevoir opposée en défense :
3. Le préfet de Meurthe-et-Moselle fait valoir que les conclusions à-fin de suspension présentées par Mme A sont irrecevables dès lors qu'elles sont dirigées contre des décision d'éloignement et fixant le pays de renvoi dont le recours en annulation formé contre elles, a déjà entraîné un effet suspensif. Toutefois, le recours présenté par Mme A est dirigé contre la décision du 14 juin 2022 du préfet de Meurthe-et-Moselle en tant seulement qu'elle lui refuse un titre de séjour. Par suite, la fin de non-recevoir opposée par le préfet de Meurthe-et-Moselle ne peut être accueillie.
Sur les conclusions à-fin de suspension :
4. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ".
5. La condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Cette condition d'urgence est, en principe, constatée dans le cas d'un refus de renouvellement d'un titre de séjour.
6. D'une part, il est constant que Mme A bénéficiait, jusqu'au 3 novembre 2017, d'un titre de séjour, puis ultérieurement jusqu'à la décision dont la suspension est demandée, d'une succession de récépissés. Elle doit donc être regardée comme bénéficiant de la présomption d'urgence mentionnée ci-dessus. Par suite, alors qu'il résulte de l'instruction que l'intéressée est seule à assurer les besoins de sa famille, composée en particulier de ses deux enfants mineurs, la condition d'urgence doit, dans les circonstances de l'espèce, être regardée comme remplie.
7. D'autre part, alors que la requérante est présente en France depuis 2005, qu'elle a bénéficié d'un titre de séjour à titre exceptionnel à partir du 4 décembre 2013, puis de récépissés successifs, il est constant que le préfet de Meurthe-et-Moselle, avant de prendre la décision dont la suspension est demandée, n'a pas saisi préalablement la commission du titre de séjour visée à l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de ce que la requérante aurait été privée d'une garantie, en l'absence d'avis de cette commission est, en l'état de l'instruction, de nature à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision contestée.
8. Il résulte de ce qui précède que Mme A est fondée à demander la suspension de l'exécution de la décision du 14 juin 2022 par laquelle le préfet de Meurthe-et-Moselle a refusé de lui délivrer un titre de séjour jusqu'à ce qu'il soit statué sur la requête au fond.
Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :
9. La présente ordonnance implique seulement, sans qu'il soit besoin de prononcer une astreinte, qu'il soit enjoint au préfet de Meurthe-et-Moselle de réexaminer la demande de titre de séjour de Mme A dans un délai d'un mois à compter de sa notification et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler jusqu'au jugement de la requête au fond.
Sur les frais d'instance :
10. Il y a lieu, en application de ces dispositions, de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1000 euros à Me Jeannot, conseil de Mme A, sous réserve qu'elle renonce à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.
O R D O N N E:
Article 1er : Mme A est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : L'exécution de la décision du 14 juin 2022 par laquelle le préfet de Meurthe-et-Moselle a refusé d'admettre Mme A au séjour est suspendue jusqu'à ce qu'il soit statué sur la requête au fond.
Article 3 : Il est enjoint au préfet de Meurthe-et-Moselle, dans un délai d'un mois, de délivrer à Mme A une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler dans l'attente d'une du jugement de la requête au fond.
Article 4 : L'Etat versera à Me Jeannot, avocat de Mme A, la somme de 1 000 (mille) euros sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que celui-ci renonce à percevoir la part contributive de l'Etat.
Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 6 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B A et au ministre de l'intérieur.
Copie en sera transmise, pour information, au préfet de Meurthe-et-Moselle.
Fait à Nancy, le 21 juillet 2022.
Le juge des référés,
P. Boulangé
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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