mardi 12 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nancy |
| Section | Tribunal Administratif de Nancy |
| N° Dossier | TA54-2201829 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Reconduites à la frontière |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 29 juin 2022 à 14 heures 47, M. B A, représenté par Me Kipffer, demande au tribunal :
1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'ordonner la communication du dossier sur la base duquel les arrêtés du 28 juin 2022 ont été pris ;
3°) d'annuler l'arrêté du 28 juin 2022 par lequel le préfet de Meurthe-et-Moselle l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, n'a pas fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit d'office et lui opposé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de douze mois ;
4°) d'annuler l'arrêté du 28 juin 2022 par lequel le préfet de Meurthe-et-Moselle l'a assigné à résidence au sein de la communauté d'agglomération de Longwy pendant une durée de quarante-cinq jours et l'a astreint à se maintenir quotidiennement de 6h00 à 9h00 au sein de son logement ainsi qu'à se présenter chaque lundi et mercredi à 15h00 aux services de la police aux frontières de Mont-Saint-Martin ;
5°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 013 euros à verser à son conseil en application de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Il soutient que :
En ce qui concerne l'ensemble des décisions :
- les décisions sont entachées d'un vice de procédure dès lors qu'elles ont été prises en méconnaissance des dispositions des articles L. 121-1 et L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration et dès lors que ses observations n'ont pas été préalablement recueillies ce qui l'a privé d'une garantie ;
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- la décision est entachée d'une erreur de droit dès lors que l'administration préfectorale n'a pas examiné sa situation personnelle et familiale et ne pouvait prendre une telle décision sans avoir examiné son droit au séjour ;
- il remplit les conditions d'une admission exceptionnelle au séjour en France posées par la circulaire ministérielle du 28 novembre 2012 ;
En ce qui concerne la décision refusant un délai de départ volontaire :
- la décision doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- le préfet n'a pas pris en compte sa situation personnelle et familiale et a ainsi commis une erreur de droit et une erreur manifeste d'appréciation ;
En ce qui concerne la décision relative au pays de destination :
- la décision est entachée d'une erreur de droit dès lors qu'elle ne désigne pas directement et expressément le pays de renvoi ;
- l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français entraînera l'annulation de la décision relative au pays de renvoi ;
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
- la décision contestée doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation des décisions portant obligation de quitter le territoire français et refusant un délai de départ volontaire ;
- la décision est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation dès lors que le préfet n'a pas pris en compte la durée de son séjour en France et la situation de ses enfants scolarisés en France ;
En ce qui concerne la décision portant assignation à résidence :
- la décision est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation dès lors qu'il ignore les limites de la communauté d'agglomération de Longwy et que l'arrêté ne mentionne pas la date de fin de la mesure d'assignation ;
- la décision contestée doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français.
Par un mémoire en défense enregistré le 6 juillet 2022, le préfet de Meurthe-et-Moselle conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme Grandjean, première conseillère, pour exercer les pouvoirs qui lui sont attribués par les articles L. 572-5, L. 572-6, L. 614-5, L. 614-6, L. 614-9, L. 614-11, L. 614-12, L. 614-15, L. 615-2, L. 623-1, L. 732-8 et L. 754-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties, régulièrement averties du jour de l'audience, n'étant ni présentes ni représentées, la clôture de l'instruction a été prononcée après que l'affaire a été appelée à l'audience, conformément à l'article R. 776-26 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant algérien né le 22 octobre 1980, est entré régulièrement sur le territoire français le 18 août 2014 muni de son passeport en cours de validité revêtu d'un visa de court séjour. Le préfet de Meurthe-et-Moselle a refusé d'admettre le requérant au séjour sur le territoire français le 8 octobre 2014. Par un arrêté du 25 septembre 2015, le préfet a de nouveau refusé de délivrer à M. A un certificat de résidence algérien et a assorti sa décision d'une obligation de quitter le territoire français. Le recours formé contre cette décision a été rejeté par un jugement du tribunal administratif de Nancy du 21 juillet 2016. Par un arrêté du 18 mai 2021, le préfet de Meurthe-et-Moselle l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de douze mois. Le recours formé contre cet arrêté a également été rejeté par un jugement du tribunal administratif de Nancy en date du 16 août 2021. Le requérant a été interpellé le 28 juin 2022 par les services de police dans le cadre d'un contrôle d'identité et par un arrêté du même jour, le préfet de Meurthe-et-Moselle l'a de nouveau obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de douze mois. Par un arrêté distinct du 28 juin 2022, le préfet a assigné le requérant à résidence au sein de l'agglomération de Longwy pour une durée de quarante-cinq jours et l'a astreint à se maintenir quotidiennement de 6h00 à 9h00 au sein de son logement ainsi qu'à se présenter chaque lundi et mercredi à 15h00 auprès des services de la police aux frontières de Mont-Saint-Martin. Par la requête susvisée, M. A demande l'annulation de ces deux arrêtés.
Sur les conclusions relatives à l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".
3. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, en application des dispositions précitées, d'admettre provisoirement M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur la demande de production de l'entier dossier du requérant :
4. Aux termes des dispositions de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger peut demander au président du tribunal administratif ou au magistrat désigné à cette fin le concours d'un interprète et la communication du dossier contenant les pièces sur la base desquelles la décision contestée a été prise ". Le préfet de Meurthe-et-Moselle ayant produit le dossier contenant les pièces sur la base desquelles les décisions contestées ont été prises, les conclusions présentées à ce titre sont devenues sans objet et doivent être rejetées.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne les moyens communs aux deux arrêtés :
5. Il résulte des dispositions des livres VI et VII du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le législateur a entendu déterminer l'ensemble des règles de procédure administrative et contentieuse auxquelles sont soumises l'intervention et l'exécution des décisions par lesquelles l'autorité administrative signifie à l'étranger l'obligation dans laquelle il se trouve de quitter le territoire français et son assignation à résidence. Dès lors, les dispositions des articles L. 121-1 et L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration ne sauraient être utilement invoquées à l'encontre des décisions attaquées.
En ce qui concerne les moyens propres à la contestation de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
6. En premier lieu, M. A n'établit pas, ni même n'allègue avoir demandé la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dans ces conditions, le préfet de Meurthe-et-Moselle, qui n'était pas tenu d'examiner son droit au séjour sur ce fondement, n'a pas commis d'erreur de droit.
7. En second lieu, si le préfet ne peut légalement obliger un étranger à quitter le territoire français lorsque celui-ci réunit les conditions d'attribution de plein droit d'un titre de séjour, la méconnaissance des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui permettent uniquement une admission au séjour à titre exceptionnel, ne peut utilement être invoquée à l'encontre d'une décision portant obligation de quitter le territoire français fondée sur les dispositions du 3° de l'article L. 611-1 du même code.
En ce qui concerne les moyens propres à la contestation de la décision refusant un délai de départ volontaire :
8. En premier lieu, faute pour M. A d'établir l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français, le moyen tiré de ce que la décision lui refusant un délai de départ volontaire devrait être annulée en conséquence d'une telle illégalité doit être écarté.
9. En second lieu, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / () 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; () ".
10. Il ressort des pièces du dossier que M. A s'est soustrait à l'exécution de précédentes mesures d'éloignement. Il se trouvait ainsi dans les cas prévus au 5° de l'article L. 612-3 précité. En se bornant à soutenir qu'il est présent en France depuis huit ans et que ses enfants y sont scolarisés, le requérant ne justifie pas de circonstances particulières permettant de regarder le risque de fuite comme non établi. Il n'est par conséquent pas fondé à soutenir que la décision refusant de lui accorder un délai de départ volontaire est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.
En ce qui concerne les moyens propres à la contestation de la décision relative au pays de destination :
11. En premier lieu, les moyens dirigés contre la décision portant obligation de quitter le territoire français ayant été écartés, l'exception d'illégalité de cette décision, invoquée par le requérant à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision fixant le pays de destination, ne peut qu'être écartée.
12. En second lieu, aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi : 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile ; () ".
13. Il ressort des termes de l'arrêté portant obligation de quitter le territoire français contesté que le préfet de Meurthe-et-Moselle, après avoir rappelé que M. A est de nationalité algérienne, a précisé, dans son dispositif, qu'en cas d'exécution d'office de la mesure d'éloignement, l'intéressé serait reconduit à destination du pays dont il a la nationalité ou de tout pays dans lequel il est légalement admissible. Ainsi, et contrairement à ce que soutient le requérant, le préfet de Meurthe-et-Moselle a fixé de manière suffisamment précise le pays à destination duquel M. A pourra être reconduit d'office. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet de Meurthe-et-Moselle aurait commis une erreur de droit.
En ce qui concerne les moyens propres à la contestation de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
14. En premier lieu, M. A n'établit pas l'illégalité des décisions portant obligation de quitter le territoire français et lui refusant un délai de départ volontaire. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision lui faisant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de douze mois devrait être annulée en conséquence d'une telle illégalité doit être écarté.
15. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier, et en particulier des termes mêmes de l'arrêté, que le préfet a procédé à un examen individuel de la situation personnelle de M. A avant d'édicter la décision en litige. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.
16. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ".
17. Il résulte de ces dispositions que lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, le préfet assortit, en principe et sauf circonstances humanitaires, l'obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour.
18. M. A, en faisant valoir la durée de son séjour en France de huit années et la scolarisation de ses enfants ne justifie d'aucune circonstance humanitaire qui ferait obstacle au prononcé de l'interdiction de retour contestée.
En ce qui concerne les moyens propres à la contestation de la décision portant assignation à résidence :
19. En premier lieu, M. A n'établit pas l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir que la décision l'assignant à résidence devrait être annulée par voie de conséquence.
20. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative qui a ordonné l'assignation à résidence de l'étranger () définit les modalités d'application de la mesure : / 1° Elle détermine le périmètre dans lequel il est autorisé à circuler muni des documents justifiant de son identité et de sa situation administrative et au sein duquel est fixée sa résidence ; / () ".
21. Si M. A soutient que l'arrêté portant assignation à résidence qui a été pris à son encontre n'énonce pas de manière simple et compréhensible les obligations qui lui sont imposées, faute pour lui de connaître le périmètre de la communauté d'agglomération de Longwy, il lui est loisible de se renseigner sur ce point. C'est donc sans commettre d'erreur de droit ni d'erreur manifeste d'appréciation que le préfet a déterminé comme périmètre dans lequel l'intéressé est assigné à résidence celui de la communauté d'agglomération de Longwy.
22. En troisième lieu, l'assignation à résidence de M. A ne peut produire ses effets qu'à compter de sa notification. Par ailleurs, au vu des éléments d'information quant à la durée de la mesure contenus à l'article 1er de la décision attaquée, M. A n'est pas fondé à soutenir qu'il n'a pas été suffisamment informé de ses modalités notamment s'agissant du début et de la fin de la décision d'assignation à résidence.
23. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation des arrêtés du 28 juin 2022 pris par le préfet de Meurthe-et-Moselle doivent être rejetées.
Sur les frais de l'instance :
24. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie tenue aux dépens ou la partie perdante, la somme demandée par M. A au bénéfice de son conseil au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er :M. A est admis provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions tendant à la production de l'entier dossier de M. A.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet Meurthe-et-Moselle.
Rendu public par mise à disposition au greffe du tribunal, le 12 juillet 2022.
La magistrate désignée,
G. Grandjean,
La greffière,
L. Stupar
La République mande et ordonne au préfet de Meurthe-et-Moselle en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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