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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2201853

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2201853

mardi 20 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2201853
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationChambre 1
Avocat requérantBOULANGER

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I - Par une requête enregistrée le 1er juillet 2022 sous le n° 2201853, M. E D, représenté par Me Boulanger, demande au tribunal :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 20 juin 2022 par lequel le préfet des Vosges l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an ;

3°) d'enjoindre au préfet des Vosges de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de trois jours à compter du jugement à intervenir ;

4°) d'enjoindre au préfet des Vosges de réexaminer sa situation au regard de son séjour en France en lui délivrant une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " ou, à tout le moins, de l'admettre au séjour à titre exceptionnel en application de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et ce dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil d'une somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'incompétence ;

- la décision lui refusant la délivrance d'un titre de séjour en qualité d'accompagnant d'étranger malade méconnaît les dispositions des articles L. 425-9 et L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- cette décision méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît également les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision par laquelle le préfet des Vosges lui a fait obligation de quitter le territoire français est insuffisamment motivée ;

- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour qui la fonde ;

- elle a été prise en méconnaissance des dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que son épouse remplit les conditions pour se voir délivrer un titre de séjour en qualité d'étranger malade ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision fixant le pays de renvoi doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision prononçant à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français est dépourvue de base légale dès lors que la mesure d'éloignement qui la fonde est illégale ;

- elle porte une atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale.

Par un mémoire en défense enregistré le 26 juillet 2022, le préfet des Vosges conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

II - Par une requête enregistrée le 1er juillet 2022 sous le n° 2201854, Mme A C épouse D, représentée par Me Boulanger, demande au tribunal :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 20 juin 2022 par lequel le préfet des Vosges l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an ;

3°) d'enjoindre au préfet des Vosges de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de trois jours à compter du jugement à intervenir ;

4°) d'enjoindre au préfet des Vosges de réexaminer sa situation au regard de son séjour en France en lui délivrant une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " ou, à tout le moins, de l'admettre au séjour à titre exceptionnel en application de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et ce dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil d'une somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'incompétence ;

- la décision lui refusant la délivrance d'un titre de séjour méconnaît les dispositions des articles L. 425-9 et L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- cette décision méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît également les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision par laquelle le préfet des Vosges lui a fait obligation de quitter le territoire français est insuffisamment motivée ;

- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour qui la fonde ;

- elle a été prise en méconnaissance des dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'elle remplit les conditions pour se voir délivrer un titre de séjour en qualité d'étranger malade ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision fixant le pays de renvoi doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision prononçant à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français est dépourvue de base légale dès lors que la mesure d'éloignement qui la fonde est illégale ;

- elle porte une atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale.

Par un mémoire en défense enregistré le 26 juillet 2022, le préfet des Vosges conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M B,

- et les observations de Me Boulanger, représentant M. et Mme D.

Considérant ce qui suit :

1. M. et Mme D, ressortissants serbes, nés respectivement le 22 décembre 1986 et le 7 février 1990, sont entrés en France le 28 janvier 2020 avec leurs quatre enfants mineurs. Ils ont sollicité leur admission au statut de réfugié. Par décision du 7 septembre 2020 l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a rejeté leur demande. La Cour nationale du droit d'asile a confirmé ce rejet par décision du 22 janvier 2021. Un arrêté portant obligation de quitter le territoire français, dont la légalité a été confirmée par le tribunal administratif de Nancy, a été notifié aux intéressés le 14 octobre 2020. Par décisions de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et de la Cour nationale du droit d'asile en date des 7 avril 2021 et 8 juillet 2021, le réexamen de leur demande d'asile a été rejeté. Un nouvel arrêté portant obligation de quitter le territoire français assorti d'une interdiction de retour sur le territoire français a été notifié aux intéressés le 7 juin 2021. Mme D a toutefois sollicité le 5 janvier 2022 la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par deux arrêtés en date du 20 juin 2022, le préfet des Vosges a refusé de délivrer un titre de séjour aux époux D, leur a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel ils pourront être reconduits d'office et a prononcé à leur encontre une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an. Par les requêtes susvisées, qu'il y a lieu de joindre pour statuer par un seul jugement, M. et Mme D demandent au tribunal d'annuler ces arrêtés.

Sur les conclusions aux fins d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président " et aux termes de l'article 62 du décret du 19 décembre 1991 : " L'admission provisoire peut être prononcée d'office si l'intéressé a formé une demande d'aide juridictionnelle sur laquelle il n'a pas encore été définitivement statué ".

3. Eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de M. et Mme D au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions aux fins d'annulation des arrêtés du 20 juin 2022 :

4. M. David Percheron, secrétaire général de la préfecture, a légalement pu signer les arrêtés litigieux en vertu d'une délégation de signature que le préfet des Vosges lui a consentie par arrêté du 7 mai 2021 régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le même jour. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire des arrêtés en litige ne peut qu'être écarté.

En ce qui concerne les décisions portant refus de titre de séjour :

5. En premier lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat ".

6. D'une part, il ressort des pièces du dossier que l'avis émis le 7 février 2022 par le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII), que le préfet des Vosges produit dans son mémoire en défense, comporte le nom et la signature des trois médecins qui se sont prononcés sur l'état de santé de Mme D et qui ont été régulièrement désignés par décision du 7 juin 2021 du directeur général de l'OFII. Les requérants ne sont pas fondés à soutenir que l'avis en cause serait entaché d'irrégularité.

7. D'autre part, il ressort des pièces des dossiers que, pour rejeter la demande de titre de séjour présentée par Mme D sur le fondement des dispositions précitées du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet des Vosges, se référant à l'avis émis le 7 février 2022 par le collège de médecins de l'OFII, a considéré que si son état de santé nécessite une prise en charge médicale, le défaut de celle-ci ne devrait pas entraîner pour elle des conséquences d'une exceptionnelle gravité. Les pièces médicales produites par les requérants, qui font état d'un " trouble anxio-dépressif chronique caractérisé " se traduisant notamment par " des insomnies, des terreurs nocturnes, des cauchemars et une humeur dépressive " ne permettent pas de remettre en cause l'appréciation portée par l'autorité administrative sur les conséquences d'une absence de prise en charge médicale de l'intéressée. Si les requérants soutiennent également que le préfet ne démontre pas l'existence d'un traitement approprié à la pathologie de Mme D en Serbie, que des examens médicaux sont en cours pour apprécier les possibilités d'une telle prise en charge médicale et qu'en tout état de cause elle ne pourra pas bénéficier d'un accès effectif à l'offre de soins, ces moyens sont inopérants au regard du motif retenu par le préfet des Vosges pour rejeter la demande de titre de séjour de Mme D.

8. Il suit de là que le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté et que M. D n'est pas fondé à soutenir qu'il était en droit de se voir délivrer un titre de séjour en qualité d'accompagnant d'étranger malade.

9. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

10. Il ressort des pièces des dossiers que M. et Mme D, qui ne sont entrés en France qu'au cours de l'année 2020, sont tous les deux en situation irrégulière sur le territoire français. Aucune circonstance, notamment liée à l'état de santé de la requérante, ne fait obstacle à ce que la cellule familiale constituée des époux D et de leurs quatre enfants mineurs se reconstitue dans un autre pays que la France, et notamment en Serbie. Dans ces conditions, et sans qu'y fasse obstacle les circonstances que les requérants ont tenté de s'intégrer dans la société française et que leur fille a été victime d'une tentative de viol en avril 2022, le préfet des Vosges, en refusant de leur délivrer un titre de séjour n'a pas porté à leur droit au respect de leur vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux motifs de cette décision. Il suit de là que les requérants ne sont pas fondés à soutenir qu'un titre de séjour devait leur être délivré sur le fondement des dispositions précitées de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ou que le préfet des Vosges aurait méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en refusant de leur délivrer un titre de séjour.

11. En troisième lieu, aux termes du premier alinéa de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ".

12. Contrairement à ce que soutiennent M. et Mme D, il ne ressort pas des pièces des dossiers, au regard notamment des éléments de fait énoncés au point 10, que le préfet des Vosges aurait fait une appréciation manifestement erronée de leur situation en estimant que leur admission au séjour ne répondait pas à des considérations humanitaires ou ne se justifiait pas au regard de motifs exceptionnels. Le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit, par suite, être écarté.

13. En dernier lieu, il ne ressort pas des pièces des dossiers que le préfet des Vosges aurait entaché ses décisions portant refus de délivrance d'un titre de séjour d'une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de sa décision sur la situation personnelle et familiale des requérants.

En ce qui concerne les décisions portant obligation de quitter le territoire français :

14. En premier lieu, il ressort de l'examen des arrêtés en litige que les décisions par lesquelles le préfet des Vosges a fait obligation aux époux D de quitter le territoire français comportent l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et sont ainsi suffisamment motivées.

15. En deuxième lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que M. et Mme D n'établissent pas que les décisions portant refus de délivrance d'un titre de séjour qui leur ont été opposées sont illégales. Dès lors, l'exception d'illégalité de ces décisions, soulevée à l'appui des conclusions dirigées contre les décisions leur faisant obligation de quitter le territoire français, n'est pas fondée et doit être rejetée.

16. En troisième lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que le moyen tiré de ce que les dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile faisaient légalement obstacle à l'édiction d'une mesure d'éloignement à l'encontre de M. et Mme D doit être écarté.

17. En quatrième lieu, il ne ressort pas des pièces des dossiers, ainsi qu'il a été dit, que l'état de santé de Mme D nécessiterait une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour elle des conséquences d'une exceptionnelle gravité. Dès lors, les requérants ne sont en tout état de cause pas fondés à soutenir que la mesure d'éloignement prise à leur encontre méconnaîtrait les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

18. En dernier lieu, pour les mêmes motifs de fait que ceux énoncés précédemment, le moyen tiré de ce que les décisions portant obligation de quitter le territoire français méconnaîtraient les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

En ce qui concerne les décisions portant fixation du pays de renvoi :

19. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que M. et Mme D n'établissent pas que les décisions portant obligation de quitter le territoire français prises à leur encontre sont illégales. Dès lors, l'exception d'illégalité de ces décisions, soulevée à l'appui des conclusions dirigées contre les décisions fixant le pays de renvoi, n'est pas fondée et doit être rejetée.

20. En second lieu, aux termes du dernier alinéa de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ". Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

21. Pour établir la réalité des risques personnels qu'ils allèguent en cas de retour en Serbie, M. et Mme D se bornent à se référer à leurs déclarations devant l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et la Cour nationale du droit d'asile et à produire deux attestations. Ces éléments sont toutefois insuffisants pour établir le bien-fondé de leurs allégations sur ce point. Le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions et stipulations précitées doit, par suite, être écarté.

En ce qui concerne les décisions portant interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an :

22. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que M. et Mme D n'établissent pas que les décisions portant obligation de quitter le territoire français prises à leur encontre sont illégales. Dès lors, l'exception d'illégalité de ces décisions, soulevée à l'appui des conclusions dirigées contre les décisions portant interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an, n'est pas fondée et doit être rejetée.

23. En second lieu, il ne ressort pas des pièces des dossiers, au regard notamment des éléments de faits rappelés au point 10, que les décisions par lesquelles le préfet des Vosges a pris à l'encontre des époux D des mesures d'interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an porteraient une atteinte disproportionnée à leur droit au respect de leur vie privée et familiale, et ce alors même que les requérants soutiennent qu'ils auraient l'intention de se porter partie civile tant en leur nom personnel qu'au nom de leur fille mineure, victime d'une tentative de viol.

24. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions des requêtes de M. et Mme D aux fins d'annulation des arrêtés attaqués ne peuvent qu'être rejetées. Il en va de même, par voie de conséquence, de leurs conclusions aux fins d'injonction ainsi que celles tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : M. et Mme D sont admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions des requêtes de M. et Mme D est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. E D, à Mme A C épouse D et au préfet des Vosges.

Copie en sera adressée, pour information, au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 2 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Coudert, président,

Mme Grandjean, première conseillère,

M. Gottlieb, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 septembre 2022.

Le président-rapporteur,

B. B

L'assesseure la plus ancienne,

G. Grandjean

La greffière,

I. Varlet

La République mande et ordonne au préfet des Vosges, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Nos 2201853,

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