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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2201862

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2201862

jeudi 20 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2201862
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationChambre 3
Avocat requérantLPA CGR AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés les 1er juillet 2022, 21 septembre 2022 et 14 décembre 2022, la société par actions simplifiée (SAS) EBS Isolation, représentée par Me Bensoussan, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 5 mai 2022 par laquelle le préfet de Meurthe-et-Moselle a refusé de lui délivrer une autorisation de mise en activité partielle pour sept salariés du 11 avril 2022 au 9 juin 2022, ensemble la décision du 13 juin 2022 par laquelle le préfet a rejeté son recours gracieux ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision du 5 mai 2022 est entachée d'incompétence du signataire de l'acte ;

- la décision du 13 juin 2022 est entachée d'erreur de droit dès lors que le préfet a ajouté un nouveau motif de refus d'autorisation d'activité partielle ;

- les décisions attaquées sont entachées d'une erreur de droit dès lors qu'aucune disposition ne fait obstacle à la mise en activité partielle de droit commun lorsqu'un plan de sauvegarde de l'emploi est envisagé ;

- ses difficultés économiques sont conjoncturelles et non structurelles ;

- elles méconnaissent les dispositions de la circulaire DGEFP n° 2013-12 du 12 juillet 2013 relative à la mise en activité partielle.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 29 juillet et 8 novembre 2022, le préfet de Meurthe-et-Moselle conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par la société EBS Isolation ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code du travail ;

- la circulaire DGEFP n° 2013-12 du 12 juillet 2013 ;

- le code de justice administrative ;

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Bastian, conseiller,

- les conclusions de Mme Cabecas, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. La société EBS Isolation a demandé au préfet de Meurthe-et-Moselle de l'autoriser à placer sept salariés en position d'activité partielle. Par une décision du 5 mai 2022, le préfet de Meurthe-et-Moselle a refusé de faire droit à sa demande. La société EBS Isolation a alors formé un recours gracieux, lequel a été rejeté par une décision du 13 juin 2022. Par sa requête, la société EBS Isolation demande l'annulation des décisions des 5 mai et 13 juin 2022.

2. En premier lieu, par un arrêté du 31 mars 2021, régulièrement publié au recueil des actes administratifs le 1er avril 2021, le préfet de Meurthe-et-Moselle a donné délégation à M. H D, directeur départemental de l'emploi, du travail et des solidarités à l'effet de signer toute décision dans le cadre des attributions et compétences se rapportant notamment à l'instruction des demandes d'autorisation d'activité partielle. Par un arrêté du 1er février 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs le 7 février 2022, M. D a donné délégation de signature à M. F B et Mme A C, directeurs départementaux adjoints, en cas d'absence ou d'empêchement, à l'effet de signer toutes les décisions dont la signature lui a été délégué par arrêté du 31 mars 2021. Enfin, par ce même arrêté du 1er février 2022, M. D a donné délégation de signature, en cas d'absence ou d'empêchement de M. B et Mme C, à M. G E, responsable du service anticipation des mutations économiques, s'agissant des déclarations d'activité partielle. Par suite, M. G E était compétent pour signer la décision du 5 mai 2022 portant refus d'autorisation de mise en activité partielle.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 5122-1 du code du travail : " I.- Les salariés sont placés en position d'activité partielle, après autorisation expresse ou implicite de l'autorité administrative, s'ils subissent une perte de rémunération imputable : / -soit à la fermeture temporaire de leur établissement ou partie d'établissement ; () III.-L'autorité administrative peut définir des engagements spécifiquement souscrits par l'employeur en contrepartie de l'allocation qui lui est versée () ". Aux termes de l'article R. 5122-9 de ce code : " L'employeur peut placer ses salariés en position d'activité partielle lorsque l'entreprise est contrainte de réduire ou de suspendre temporairement son activité pour l'un des motifs suivants : / 1° La conjoncture économique ; () ". Aux termes de l'article R. 5122-9 du même code : " () II.-Lorsque l'employeur a, préalablement à sa demande, déjà placé ses salariés en activité partielle au cours des trente-six mois précédant la date de dépôt de la demande d'autorisation, celle-ci mentionne les engagements souscrits par l'employeur. () " Enfin, l'article R. 5122-10 du code du travail dispose : " L'autorité administrative demande à l'employeur le remboursement à l'Agence de service et de paiement, dans un délai ne pouvant être inférieur à trente jours, des sommes versées au titre de l'allocation d'activité partielle en cas de trop perçu, notamment lorsque les conditions mises à leur octroi n'ont pas été respectées, ou en cas de non-respect par l'entreprise, sans motif légitime, des engagements mentionnés au II de l'article R. 5122-9. () " En vertu de ces dispositions, l'autorité administrative est en droit de refuser l'autorisation de placer en activité partielle des salariés lorsque la réduction temporaire d'activité présente un caractère structurel et qu'elle n'est ainsi pas imputable à la conjoncture économique.

4. D'une part, il ne ressort pas des termes des décisions attaquées que le préfet, qui s'est borné à expliciter, dans sa réponse au recours gracieux de la société EBS Isolation, les motifs de sa décision initiale, se soit fondé sur de nouveaux motifs. D'autre part, en relevant qu'à la date de la décision attaquée du 5 mai 2022, la société EBS Isolation avait engagé une démarche tendant à établir un plan de sauvegarde de l'emploi, révélant ainsi le caractère structurel des difficultés économiques qu'elle rencontrait, le préfet de Meurthe-et-Moselle, qui pouvait prendre en compte cette circonstance pour évaluer le caractère conjoncturel ou structurel des difficultés rencontrées, n'a pas entaché sa décision d'erreur de droit. Par ailleurs, la circonstance que les dispositions citées au point précédent, permettant à l'Agence de services et de paiement d'obtenir auprès de l'employeur le remboursement des aides versées au titre de l'allocation d'activité partielle ne fait pas obstacle à ce que le préfet contrôle, avant d'autoriser la mise en activité partielle, le caractère conjoncturel ou structurel des difficultés économiques rencontrées par l'entreprise. Enfin, les circonstances que le plan de sauvegarde de l'emploi ait été homologué postérieurement à la décision refusant l'autorisation de mise en activité partielle et qu'aucun licenciement ne soit intervenu avant le 9 juillet 2022 demeurent sans incidence sur la possibilité, pour l'administration, d'opposer le caractère structurel des difficultés économiques d'une entreprise pour prendre une telle décision. De même, la circonstance que la société EBS Isolation ait pu bénéficier, pour ses établissements situés dans d'autres départements, du dispositif d'activité partielle est sans incidence sur la légalité de la décision en litige. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.

5. En troisième lieu, si la société EBS Isolation se prévaut du caractère conjoncturel de ses difficultés économiques, elle ne se prévaut à cet effet que de la dépendance de son secteur d'activité aux mesures incitatives de l'Etat, qui tend au contraire à établir le caractère structurel de ses difficultés. Par suite, le moyen tiré de ce que le préfet aurait fait une inexacte application des dispositions de l'article R. 5122-9 du code du travail doit être écarté.

6. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 312-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Font l'objet d'une publication les instructions, les circulaires ainsi que les notes et réponses ministérielles qui comportent une interprétation du droit positif ou une description des procédures administratives. Les instructions et circulaires sont réputées abrogées si elles n'ont pas été publiées, dans des conditions et selon des modalités fixées par décret. () " Aux termes de l'article L. 312-3 de ce code : " Toute personne peut se prévaloir des documents administratifs mentionnés au premier alinéa de l'article L. 312-2, émanant des administrations centrales et déconcentrées de l'Etat et publiés sur des sites internet désignés par décret. () ". Enfin, l'article R. 312-3-1 du même code dispose que : " Les documents administratifs mentionnés au premier alinéa de l'article L. 312-2 émanant des administrations centrales de l'Etat sont, sous réserve des dispositions des articles L. 311-5 et L. 311-6, publiés dans des bulletins ayant une périodicité au moins trimestrielle et comportant dans leur titre la mention " Bulletin officiel ". () ".

7. Si la société EBS Isolation se prévaut des dispositions de la circulaire DGEFP n° 2013-12 du 12 juillet 2013 relative à la mise en œuvre de l'activité partielle, cette circulaire ne prévoit en tout état de cause pas la possibilité, pour une société, de solliciter l'activité partielle dans le cas de la mise en œuvre d'un plan de sauvegarde de l'emploi. En outre, si la société requérante se prévaut d'une fiche relative aux conditions d'attribution de l'activité partielle, issue de la documentation technique du ministère du travail, cette fiche, qui comporte une interprétation du droit positif, n'a pas été publiée dans les conditions prévues par l'article R. 312-3-1 du code des relations entre le public et l'administration. Dès lors, cette fiche doit, en application des dispositions citées au point précédent, être regardée comme abrogée. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de la circulaire DGEFP n° 2013-12 du 12 juillet 2013 doit être écarté.

8. Il résulte de tout ce qui précède que la société EBS Isolation n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du 5 mai 2022 par laquelle le préfet de Meurthe-et-Moselle a refusé de lui délivrer une autorisation de mise en activité partielle pour sept salariés du 11 avril 2022 au 9 juin 2022, ensemble la décision du 13 juin 2022 par laquelle le préfet a rejeté son recours gracieux. Par suite, sa requête doit être rejetée, y compris ses conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la société EBS Isolation est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société par actions simplifiée EBS Isolation et à la ministre du travail, de la santé et des solidarités.

Une copie sera adressée, pour information, à la préfète de Meurthe-et-Moselle.

Délibéré après l'audience du 30 mai 2024, à laquelle siégeaient :

- M. Di Candia, président,

- Mme Bourjol, première conseillère,

- M. Bastian, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 juin 2024.

Le rapporteur,

P. Bastian

Le président,

O. Di Candia

Le greffier,

P. Lepage

La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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