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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2201874

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2201874

jeudi 22 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2201874
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationChambre 3
Avocat requérantJEANNOT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 4 juillet 2022, Mme B A, représentée par Me Jeannot, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 4 avril 2022 par laquelle le préfet de Meurthe-et-Moselle a refusé de renouveler son certificat de résidence algérien et a refusé de lui délivrer un certificat de résidence algérien valable dix ans ;

2°) d'enjoindre à la préfète de Meurthe-et-Moselle, dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, de lui délivrer un certificat de résidence algérien valable dix ans ou, à tout le moins, d'une durée d'un an ou, subsidiairement, de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour pendant l'instruction du dossier ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son avocate, Me Jeannot, au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Jeannot s'engage à renoncer à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à lui verser au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- la décision attaquée est prise par une autorité incompétente ;

- elle est entachée d'erreurs de droit dès lors que sa situation ne relève pas des dispositions de l'article 7 a) de l'accord franco-algérien, mais des articles 7 c) et 7 bis ;

- en imposant un seuil minimal de bénéfice et en appliquant un taux d'abattement de 71%, le préfet a entaché sa décision d'une erreur de droit ;

- elle est entachée d'une erreur de fait et d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des stipulations des articles 5 et 7 bis de cet accord dès lors qu'elle justifie d'une résidence ininterrompue de plus de trois ans, qu'elle a des moyens d'existence suffisants et qu'elle est inscrite au registre du commerce et des sociétés ;

- elle méconnaît les dispositions du 5° de l'article 6 de l'accord franco-algérien et porte une atteinte à son droit à une vie privée et familiale au sens de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 29 novembre 2023, la préfète de Meurthe-et-Moselle conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.

Par une décision du bureau d'aide juridictionnelle en date du 13 mai 2022, Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle à hauteur de 25 %.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative ;

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Bastian a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante algérienne née le 18 janvier 1986, est entrée en France le 19 octobre 2017 dans le cadre d'une convention d'accueil " chercheur-scientifique ". Elle s'est vue délivrer plusieurs certificats de résidence algérien portant la mention " chercheur scientifique " entre octobre 2017 et octobre 2020. Elle a ensuite bénéficié, entre le 25 janvier 2021 et le 24 janvier 2022, d'un certificat de résidence algérien permettant l'exercice d'une activité non salariée et portant la mention " visiteur-profession libérale ". Le 22 novembre 2021, Mme A a sollicité le renouvellement de son titre de séjour en indiquant vouloir bénéficier de la mention " commerçant ", sur le fondement du point c) de l'article 7 de l'accord franco-algérien, ainsi que la délivrance d'un certificat de résidence algérien d'une durée de dix ans sur le fondement de l'article 7 bis de ce même accord. Par une décision du 4 avril 2022, dont Mme A demande l'annulation, le préfet de Meurthe-et-Moselle a refusé de renouveler son certificat de résidence algérien et a refusé de lui délivrer un certificat de résidence algérien d'une durée de dix ans.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le refus de renouvellement du certificat de résidence algérien valable un an :

2. Aux termes de l'article 5 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 entre le gouvernement de la République française et le gouvernement de la République algérienne démocratique et populaire relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour des ressortissants algériens et de leurs familles : " Les ressortissants algériens s'établissant en France pour exercer une activité professionnelle autre que salariée reçoivent, après le contrôle médical d'usage et sur justification, selon le cas, qu'ils sont inscrits au registre du commerce ou au registre des métiers ou à un ordre professionnel, un certificat de résidence dans les conditions fixées aux articles 7 et 7 bis ". Aux termes de l'article 7 du même accord : " a) Les ressortissants algériens qui justifient de moyens d'existence suffisants et qui prennent l'engagement de n'exercer, en France, aucune activité professionnelle soumise à autorisation reçoivent après le contrôle médical d'usage un certificat valable un an renouvelable et portant la mention " visiteur " ; / () ; / c) Les ressortissants algériens désireux d'exercer une activité professionnelle soumise à autorisation reçoivent, s'ils justifient l'avoir obtenue, un certificat de résidence valable un an renouvelable et portant la mention de cette activité ; () ".

3. Aux termes de l'article L. 110-1 du code du commerce : " La loi répute actes de commerce : / 1° Tout achat de biens meubles pour les revendre, soit en nature, soit après les avoir travaillés et mis en œuvre () ".

4. Il ressort des pièces du dossier que Mme A s'était vue délivrer un certificat de résidence algérien valable un an portant les mentions " visiteur " et " profession libérale " sur les fondements des a) et c) de l'article 7 de l'accord franco-algérien. Pour refuser le renouvellement de son certificat de résidence présentée par Mme A, le préfet de Meurthe-et-Moselle s'est uniquement fondé sur les stipulations du a) de l'article 7 de l'accord franco-algérien, qui subordonnent la délivrance d'un certificat de résidence aux ressortissants algériens à la justification de moyens d'existence suffisants. Or, cet article, qui ne concerne que les personnes qui prennent l'engagement de n'exercer en France aucune activité professionnelle soumise à autorisation, n'était pas applicable à la situation de Mme A dont l'activité d'auto-entrepreneure de vente d'équipements thermiques et de climatisation, réputée acte de commerce par les dispositions de l'article L. 110-1 du code du commerce, a fait l'objet d'une immatriculation au registre du commerce et des sociétés. Par suite, Mme A, commerçante, relevait des stipulations du c) de l'article 7 de l'accord franco-algérien. Dès lors, le préfet de Meurthe-et-Moselle a entaché sa décision d'une erreur de droit en refusant de renouveler le certificat de résidence d'un an de Mme A sur le fondement du a) de l'article 7 de l'accord franco-algérien.

5. Il résulte de ce qui précède que l'arrêté du 4 avril 2022, en tant que le préfet de Meurthe-et-Moselle a refusé de renouveler le certificat de résidence valable un an de Mme A, doit être annulé.

En ce qui concerne le refus de délivrance d'un certificat de résidence valable dix ans :

6. Aux termes de l'article 7 bis de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 entre le gouvernement de la République française et le gouvernement de la République algérienne démocratique et populaire relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour des ressortissants algériens et de leurs familles : " Les ressortissants algériens visés à l'article 7 peuvent obtenir un certificat de résidence de dix ans s'ils justifient d'une résidence ininterrompue en France de trois années. / Il est statué sur leur demande en tenant compte des moyens d'existence dont ils peuvent faire état, parmi lesquels les conditions de leur activité professionnelle et, le cas échéant, des justifications qu'ils peuvent invoquer à l'appui de leur demande. / Le certificat de résidence valable dix ans, renouvelé automatiquement, confère à son titulaire le droit d'exercer en France la profession de son choix, dans le respect des dispositions régissant l'exercice des professions réglementées / () ".

7. Il ressort des pièces du dossier que Mme A a sollicité non seulement le renouvellement de son certificat de résidence valable un an délivré sur le fondement des a) et c) de l'article 7 de l'accord franco-algérien mais également la délivrance d'un certificat de résidence valable dix ans. La délivrance aux ressortissants algériens d'un titre de séjour valable dix ans est régie par les stipulations de l'article 7 bis de l'accord franco-algérien, combinées, en ce qui concerne la situation de Mme A, aux stipulations du c) de l'article 7 de ce même accord. Par suite, en se fondant exclusivement sur les stipulations du a) de l'article 7 de l'accord franco-algérien pour refuser de délivrer à Mme A un certificat de résidence valable dix ans, le préfet de Meurthe-et-Moselle a entaché sa décision d'erreur de droit.

8. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que Mme A est fondée à demander l'annulation de la décision du 4 avril 2022 en tant également qu'elle lui refuse la délivrance d'un certificat de résidence algérien d'une durée de dix ans.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

9. Compte tenu des motifs d'annulation des décisions attaquées, le présent jugement implique seulement qu'il soit enjoint à la préfète de Meurthe-et-Moselle de réexaminer les demandes de Mme A tendant au renouvellement de son certificat de résidence algérien valable un an sur le fondement des stipulations du c) de l'article 7 de l'accord franco-algérien et à la délivrance d'un certificat de résidence valable dix ans sur le fondement des stipulations combinées du c) de l'article 7 et de l'article 7 bis de ce même accord, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

10. Mme A ayant été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle, son avocate peut se prévaloir des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de celles de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Il y a lieu, par suite, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à verser à Me Jeannot, avocate de Mme A, sur le fondement de ces dispositions, sous réserve que celle-ci s'engage à renoncer à percevoir la part correspondant à la contribution de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 4 avril 2022 par laquelle le préfet de Meurthe-et-Moselle a refusé de renouveler le certificat de résidence algérien valable un an de Mme A et de lui délivrer un certificat de résidence valable dix ans est annulée.

Article 2 : Il est enjoint à la préfète de Meurthe-et-Moselle de réexaminer la situation de Mme A, dans les conditions exposées au point 9, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'État versera à Me Jeannot une somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Jeannot renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, à Me Jeannot et à la préfète de Meurthe-et-Moselle.

Délibéré après l'audience publique du 1er février 2024 à laquelle siégeaient :

- M. Di Candia, président,

- M. Bastian, conseiller,

- Mme Philis, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 février 2024.

Le rapporteur,

P. BastianLe président,

O. Di Candia

La greffière,

L. Bourger

La République mande et ordonne à la préfète de Meurthe-et-Moselle en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 2201874

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