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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2201914

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2201914

mardi 30 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2201914
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationChambre 2
Avocat requérantBACH-WASSERMANN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 7 juillet 2022, M. B A, représenté par Me Bach-Wasserman, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du préfet de Meurthe-et-Moselle du 16 février 2022 portant refus de séjour, ensemble la décision du 9 mai 2022 portant rejet de son recours gracieux ;

2°) d'enjoindre au préfet de Meurthe-et-Moselle de lui délivrer un titre de séjour, subsidiairement de réexaminer sa situation, dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'auteur de la décision est incompétent ;

- la décision méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de sa décision sur sa situation personnelle ;

-

Par un mémoire en défense, enregistré le 19 avril 2023, le préfet de Meurthe-et-Moselle conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau de l'aide juridictionnelle du 3 juin 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Durand, rapporteur ;

- et les observations de Me Jacquin, substituant me Bach-Wasserman, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant sénégalais né le 9 septembre 1992, est entré sur le territoire français, le 15 août 2016 pour y poursuivre des études. Il a été régulièrement admis au séjour jusqu'au 6 janvier 2022 en qualité d'étudiant. Le 30 avril 2021, M. A a sollicité la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " au motif de la relation qu'il entretient avec une compatriote, régulièrement admise au séjour en qualité d'étudiante et mère de ses deux enfants. Le 16 février 2022, le préfet de Meurthe-et-Moselle a rejeté la demande de l'intéressé. Ce dernier a formé un recours gracieux contre cette décision, le 27 février 2022, explicitement rejeté, le 9 mai 2022. Par sa requête, M. A demande au tribunal d'annuler la décision du 16 février 2022, ensemble la décision du 9 mai 2022.

Sur les conclusions d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ".

3. M. A est entré en France en août 2016 et résidait dans ce pays depuis cinq ans au jour de la décision attaquée. Il est le père de deux enfants nés sur le territoire français en 2017 et 2021 dont la mère est régulièrement admise au séjour. Pour refuser de délivrer un titre de séjour à M. A, le préfet de Meurthe-et-Moselle s'est fondé sur la circonstance que la preuve de l'investissement du requérant dans l'éducation de ses enfants n'était pas établie et sur la circonstance que la mère de ces derniers a déménagé en Seine-Saint-Denis. Il ressort toutefois des pièces du dossier et notamment du certificat de scolarité et des attestations produites que le fils ainé du requérant réside au même domicile que son père qui vient régulièrement le chercher à la sortie de l'école. Par ailleurs, si la compagne du requérant réside habituellement en Seine-Saint-Denis depuis octobre 2021, il ressort des pièces produites que ce déménagement a été motivé par la conclusion d'un contrat d'apprentissage dont le terme est fixé le 13 août 2023 et qu'elle accomplit régulièrement des trajets en train entre Paris et Nancy pour venir voir sa famille. Dans ces conditions, en refusant à M. A la délivrance d'un titre de séjour, le préfet de Meurthe-et-Moselle a méconnu les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

4. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que M. A est fondé à demander l'annulation de la décision du préfet de Meurthe-et-Moselle du 16 février 2021 portant refus de séjour, ensemble la décision du 9 mai 2022 portant rejet du recours gracieux formé contre cette décision.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

5. Le présent jugement implique qu'il soit enjoint au préfet de Meurthe-et-Moselle de délivrer à M. A une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu d'assortir la présente mesure d'une astreinte.

Sur les frais de l'instance :

6. M. A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. En conséquence, son conseil peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Bach-Wasserman, conseil de M. A, d'une somme de 1 200 euros, sous réserve de sa renonciation à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du préfet de Meurthe-et-Moselle du 16 février 2022, ensemble la décision du 9 mai 2022 portant rejet du recours gracieux formé contre la décision du 16 février 2022 sont annulés.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de Meurthe-et-Moselle de délivrer à M. A une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à Me Bach-Wasserman, avocate de M. A, une somme de 1 200 euros sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de la renonciation de Me Bach-Wasserman à percevoir la part contributive de l'Etat.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, au préfet de Meurthe-Moselle et à Me Bach-Wasserman.

Délibéré après l'audience du 4 mai 2023, à laquelle siégeaient :

M. Marti, président,

M. Durand, premier conseiller,

Mme Marini, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 mai 2023.

Le rapporteur,

F. Durand

Le président,

D. Marti

Le greffier,

F. Richard

La République mande et ordonne au préfet de Meurthe-et-Moselle, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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