mardi 19 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nancy |
| Section | Tribunal Administratif de Nancy |
| N° Dossier | TA54-2201953 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Reconduites à la frontière |
| Avocat requérant | ROLLAND |
Vu la procédure suivante:
Par une requête, enregistrée le 9 juillet 2022, M. B C demande au tribunal d'annuler les arrêtés des 20 juin 2022 par lesquels la préfète de la région Grand Est, préfète de la zone de défense et de sécurité Est, préfète du Bas-Rhin l'a transféré aux autorités espagnoles et l'a assigné à résidence dans le département de Meurthe-et-Moselle pour une durée de quarante-cinq jours renouvelable trois fois.
Il soutient que :
- les décisions contestées ne sont pas suffisamment motivées ;
- les décisions contestées ne respectent pas le principe du contradictoire ;
- les décisions contestées ne prennent pas en compte son état psychologique et ne respectent pas le droit du genre ;
- il a formé sa demande d'asile en France pour des raisons liées à la langue et à la présence de sa sœur ;
- la décision d'assignation à résidence est très contraignante.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 18 juillet 2022, la préfète de la région Grand Est, préfète de la zone de défense et de sécurité Est, préfète du Bas-Rhin conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Denizot, premier conseiller, pour exercer les pouvoirs qui lui sont attribués par les articles L. 572-5, L. 572-6, L. 614-5, L. 614-6, L. 614-9, L. 614-11, L. 614-12, L. 614-15, L. 615-2, L. 623-1, L. 732-8, L. 754-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. A,
- les observations de Me Lévi-Cyferman, représentant M. C, qui reprend l'argumentation de la requête et ajoute qu'elle sollicite l'admission de son client au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire et soutient, en outre, que la décision de transfert n'est pas suffisamment motivée, que M. C n'a pas été suffisamment informé de la procédure de transfert et que la décision porte atteinte à sa vie privée et familiale ;
- et les observations de M. C qui fait valoir notamment que le reste de sa famille réside au Cameroun.
Considérant ce qui suit :
1. M. C, ressortissant camerounais né le 16 septembre 1988, serait entré irrégulièrement en France, en vue de solliciter la reconnaissance du statut de réfugié. Par deux arrêtés du 20 juin 2022, la préfète de la région Grand Est, préfète de la zone de défense et de sécurité Est, préfète du Bas-Rhin a transféré l'intéressé aux autorités espagnoles et l'a assigné à résidence dans le département de Meurthe-et-Moselle pour une durée de quarante-cinq jours renouvelable trois fois. M. C demande l'annulation de ces arrêtés.
Sur la demande d'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président ".
3. En raison de l'urgence à statuer sur la présente requête, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de M. C au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
4. En premier lieu, est suffisamment motivée une décision de transfert qui mentionne le règlement n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 et comprend l'indication des éléments de fait sur lesquels l'autorité administrative se fonde pour estimer que l'examen de la demande présentée devant elle relève de la responsabilité d'un autre Etat membre, une telle motivation permettant d'identifier le critère du règlement communautaire dont il est fait application. La décision prononçant le transfert de M. C aux autorités espagnoles, qui vise le règlement européen n° 604/2013 et notamment son article 13-1 indique que l'intéressé a franchi irrégulièrement la frontière de l'Espagne dans les douze mois précédant l'introduction de sa première demande d'asile de l'intéressé et que, en application de l'article 3, du Chapitre III et de l'article 13 du règlement précité, les autorités espagnoles, qui ont explicitement fait connaître leur accord pour la reprise en charge de l'intéressé, doivent être regardées comme responsables de la demande d'asile de l'intéressé. Par suite, la décision de transfert est suffisamment motivée contrairement à ce que soutient le requérant.
5. En deuxième lieu, la décision assignant l'intéressé à résidence comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent les fondements. Cette décision est donc suffisamment motivée, contrairement à ce qu'allègue le requérant.
6. En troisième lieu, aux termes de l'article 4 du règlement du
26 juin 2013 : " 1. Dès qu'une demande de protection internationale est introduite au sens de l'article 20, paragraphe 2, dans un Etat membre, ses autorités compétentes informent le demandeur de l'application du présent règlement, et notamment: / a) des objectifs du présent règlement et des conséquences de la présentation d'une autre demande dans un Etat membre différent ainsi que des conséquences du passage d'un État membre à un autre pendant les phases au cours desquelles l'Etat membre responsable en vertu du présent règlement est déterminé et la demande de protection internationale est examinée ; / b) des critères de détermination de l'Etat membre responsable, de la hiérarchie de ces critères au cours des différentes étapes de la procédure et de leur durée, y compris du fait qu'une demande de protection internationale introduite dans un État membre peut mener à la désignation de cet Etat membre comme responsable en vertu du présent règlement même si cette responsabilité n'est pas fondée sur ces critères ; / c) de l'entretien individuel en vertu de l'article 5 et de la possibilité de fournir des informations sur la présence de membres de la famille, de proches ou de tout autre parent dans les Etats membres, y compris des moyens par lesquels le demandeur peut fournir ces informations ; / d) de la possibilité de contester une décision de transfert et, le cas échéant, de demander une suspension du transfert ; / e) du fait que les autorités compétentes des Etats membres peuvent échanger des données le concernant aux seules fins d'exécuter leurs obligations découlant du présent règlement ; / f) de l'existence du droit d'accès aux données le concernant et du droit de demander que ces données soient rectifiées si elles sont inexactes ou supprimées si elles ont fait l'objet d'un traitement illicite, ainsi que des procédures à suivre pour exercer ces droits, y compris des coordonnées des autorités visées à l'article 35 et des autorités nationales chargées de la protection des données qui sont compétentes pour examiner les réclamations relatives à la protection des données à caractère personnel. / 2. Les informations visées au paragraphe 1 sont données par écrit, dans une langue que le demandeur comprend ou dont on peut raisonnablement supposer qu'il la comprend. Les Etats membres utilisent la brochure commune rédigée à cet effet en vertu du paragraphe 3. () ".
7. Il ressort des pièces du dossier que M. C, qui a déclaré comprendre la langue française, a été reçu le 11 mai 2022 pour un entretien individuel au cours duquel il a pu présenter sa situation administrative et familiale et être interrogé sur la reconduite dans son pays d'origine. En outre, M. C a, le 11 mai 2022, date de sa présentation en préfecture, ainsi que l'atteste la signature apposée sur la première page des documents produits par le préfet, la brochure A intitulée " J'ai demandé l'asile dans l'Union européenne - quel pays sera responsable de ma demande d'asile " et la brochure B intitulée " Je suis sous procédure Dublin - Qu'est-ce-que cela signifie ' ". Ces documents standardisés comportent l'ensemble des exigences prévues par l'article 4 du règlement du 26 juin 2013. Par suite, le moyen du tiré du défaut d'information doit être écarté comme manquant en fait.
8. En quatrième lieu, aux termes de l'article 17 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 : "1. Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque État membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement () ". D'une part, si M. C soutient que les décisions contestées ne prennent pas en compte son état psychologique, un tel moyen n'est assorti d'aucune justification suffisante permettant d'en apprécier le bien-fondé. Pour les mêmes motifs, le requérant ne peut, en tout état de cause, soutenir que les décisions contestées ne respecteraient pas le droit du genre. D'autre part, l'intéressé indique, dans ses écritures, avoir formé sa demande d'asile en France, en raison de la présence de sa " sœur " sur le territoire français. Même si M. C justifie de la réalité de sa relation avec sa cousine résidant en France, l'intéressé a confirmé à l'audience que le reste de sa famille, et notamment sa mère et son père, résident au Cameroun, pays où il a vécu jusqu'à l'âge de 33 ans. Par suite, il ne ressort pas des pièces du dossier que la préfète de la région Grand Est, préfète de la zone de défense et de sécurité Est, préfète du Bas-Rhin aurait commis une erreur manifeste dans l'appréciation des dispositions précitées.
9. En cinquième lieu, pour les mêmes motifs qu'exposés précédemment, il ne ressort pas des pièces du dossier que la préfète de la région Grand Est, préfète de la zone de défense et de sécurité Est, préfète du Bas-Rhin aurait porté une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale de l'intéressé.
10. En dernier lieu, si M. C soutient que la décision l'assignant à résidence dans le département de Meurthe-et-Moselle pour une durée de quarante-cinq jours se montrerait particulièrement contraignante, il n'assortit cependant son moyen d'aucune précision permettant d'en apprécier le bien-fondé.
11. Il résulte de ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation des arrêtés contestés.
D É C I D E :
Article 1er : M. C est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et la préfète de la région Grand Est, préfète de la zone de défense et de sécurité Est, préfète du Bas-Rhin.
Décision rendue publique par mise à disposition au greffe le 19 juillet 2022.
Le magistrat désigné,
A. ALa greffière,
L. Stupar
La République mande et ordonne la préfète de la région Grand Est, préfète de la zone de défense et de sécurité Est, préfète du Bas-Rhin en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026