jeudi 21 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nancy |
| Section | Tribunal Administratif de Nancy |
| N° Dossier | TA54-2201991 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Reconduites à la frontière |
Vu la procédure suivante:
Par une requête, enregistrée le 12 juillet 2022, Mme A C, représentée par
Me Kipffer, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'ordonner la communication de son entier dossier ;
3°) d'annuler l'arrêté du 21 juin 2022 par lequel la préfète de la région Grand-Est, préfète du Bas-Rhin l'a transférée aux autorités néerlandaises ;
4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 3 013 euros à verser à son conseil en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Elle soutient que :
- la décision a été prise par une autorité territorialement incompétente ;
- la préfète a commis une erreur de droit et d'appréciation de l'application de la clause discrétionnaire prévue à l'article 17 du règlement du 26 juin 2013.
Par un mémoire en défense, enregistré le 20 juillet 2022, la préfète de la région
Grand-Est, préfète du Bas-Rhin conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens soulevés par Mme C ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Denizot, premier conseiller, pour exercer les pouvoirs qui lui sont attribués par les articles L. 572-5, L. 572-6, L. 614-5, L. 614-6, L. 614-9,
L. 614-11, L. 614-12, L. 614-15, L. 615-2, L. 623-1, L. 732-8, L. 754-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. E a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C, ressortissante guinéenne née le 28 août 2018, serait entrée irrégulièrement en France, en vue de solliciter la reconnaissance du statut de réfugié. Par un arrêté du 21 juin 2022, la préfète de la région Grand-Est, préfète du Bas-Rhin l'a transférée aux autorités néerlandaises. Par sa requête, Mme C demande l'annulation de cet arrêté.
Sur la demande d'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président ".
3. En raison de l'urgence à statuer sur la présente requête, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de Mme C au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur la demande de communication de l'entier dossier :
4. Aux termes des dispositions de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger peut demander au président du tribunal administratif ou au magistrat désigné à cette fin le concours d'un interprète et la communication du dossier contenant les pièces sur la base desquelles la décision contestée a été prise ". La préfète de la région Grand-Est, préfète du Bas-Rhin ayant produit le dossier contenant les pièces sur la base desquelles les la décision contestée a été prise, les conclusions présentées à ce titre sont devenues sans objet et doivent être rejetées.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
5. En premier lieu, aux termes de l'article 1er de l'arrêté du 2 octobre 2018 portant régionalisation de la procédure de détermination de l'Etat responsable de l'examen de la demande d'asile dans la région Grand Est : " Par dérogation aux dispositions de l'arrêté du 20 octobre 2015 susvisé, le préfet du département du Bas-Rhin est l'autorité administrative compétente, pour procéder, en application de l'article L. 742-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, à la détermination de l'Etat responsable de l'examen de la demande d'asile, s'agissant des demandes d'asile enregistrées par le préfet du département de la Marne, ou par le préfet du département de Moselle, ou par le préfet du département du Bas-Rhin, ou par le préfet du département du Haut-Rhin, et s'agissant des demandes d'asile enregistrées par un autre préfet de département concernant des demandeurs domiciliés dans un département de la région Grand Est ". L'article 2 de cet arrêté donne compétence à la préfète de la région Grand-Est, préfète du Bas-Rhin pour prononcer une décision de transfert aux autorités responsables de la demande d'asile. Enfin, aux termes de l'article 3 du même arrêté : " Les dispositions du présent arrêté sont applicables aux demandes d'asile enregistrées ; / () 4° A compter du 1er décembre 2018 par le préfet de la Moselle, ou par le préfet d'un autre département concernant les demandeurs domiciliés dans le département de la Meurthe-et-Moselle, de la Meuse, de la Moselle ou des Vosges ".
6. Il ressort des pièces du dossier que la demande d'asile de Mme C a été enregistrée par les services de la préfecture de police de Paris. Toutefois, dès lors que la requérante est domiciliée dans le département de la Meurthe-et-Moselle, dans la commune de Mont-Saint-Martin, la préfète de la région Grand-Est, préfète du Bas-Rhin était compétente pour prendre à l'encontre de Mme C une décision ordonnant son transfert aux autorités responsables de sa demande d'asile. En outre, par arrêté du 4 mars 2022 publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture, M. B D bénéficiait d'une délégation de signature pour signer la décision contestée. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'autorité et du signataire de la décision attaquée doit être écarté.
7. En second lieu, aux termes de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " 1. Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque État membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement () ". La faculté laissée à chaque Etat membre de décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans ce règlement, est discrétionnaire et ne constitue nullement un droit pour les demandeurs d'asile.
8. Les Pays-Bas sont partie tant à la convention de Genève du 28 juillet 1951 sur le statut des réfugiés, complétée par le protocole de New-York, qu'à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il doit dès lors être présumé que le traitement réservé aux demandeurs d'asile dans cet Etat membre est conforme aux exigences de la convention de Genève ainsi qu'à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. En se bornant à faire état, sans autres précisions, de l'incertitude quant aux conditions, notamment matérielles et financières, dans lesquelles elle pourrait être reprise en charge par les autorités néerlandaises en cas de transfert dans ce pays, Mme C n'établit pas qu'il existerait des raisons sérieuses de croire à l'existence de défaillances systémiques aux Pays-Bas dans l'accueil des demandeurs d'asile et que les autorités néerlandaises, qui ont accepté sa reprise en charge, n'évalueront pas à nouveau, avant de procéder à un éventuel éloignement, l'existence d'un risque personnel, réel et avéré, que l'intéressée subisse dans son pays d'origine des traitements inhumains ou dégradants. Dans ces conditions, Mme C n'est pas fondée à soutenir que la préfète de la région Grand Est, préfète du Bas-Rhin ne justifierait pas du sort qui lui sera réservé en cas de transfert vers les Pays-Bas, tant au regard de l'examen de sa demande de protection internationale et d'une éventuelle mesure d'éloignement qu'au regard des conditions de vie et d'hébergement dans ce pays. Par suite, il ne ressort pas des pièces du dossier que la préfète de la région Grand Est, préfète du Bas-Rhin aurait entaché sa décision d'une erreur de droit ou d'une erreur manifeste d'appréciation en ne faisant pas usage de la clause discrétionnaire prévue par l'article 17 du règlement précité pour procéder à l'examen de sa demande d'asile.
9. Il résulte de ce qui précède que Mme C n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté contesté. Par voie de conséquence, les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de la loi du 10 juillet 1991 doivent être rejetées.
D É C I D E :
Article 1er : Mme C est admise, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C et à la préfète de la région Grand Est, préfète de la zone de défense et de sécurité Est, préfète du Bas-Rhin.
Rendu public par mise au disposition au greffe le 21 juillet 2022.
Le magistrat désigné,
A. ELa greffière,
L. Stupar
La République mande et ordonne à la préfète de la région Grand Est, préfète de la zone de défense et de sécurité Est, préfète du Bas-Rhin en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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