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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2202023

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2202023

jeudi 21 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2202023
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantSCP NOIRJEAN - GIRARD - BOUDIBA - GANTOIS - GRAILLOT

Texte intégral

Vu la procédure suivante:

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 16 juillet 2022 à 11 heures 38 et

20 juillet 2022, M. F B demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 15 juillet 2022 par lequel le préfet du Doubs l'a obligé à quitter le territoire français, sans délai, a fixé le pays à destination duquel il sera reconduit et lui a interdit de retourner sur le territoire français pour une durée de trois années ;

2°) d'enjoindre au préfet du Doubs de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, sous astreinte de 150 euros par jour de retard, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, en application des articles L. 911-2 et L. 911-3 du code de justice administrative ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros sur le fondement combiné des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- les décisions ont été prises par une autorité incompétente ;

- les décisions ne sont pas suffisamment motivées ;

- les décisions n'ont pas été notifiées dans une langue qu'il comprenait ;

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- le préfet n'a pas procédé à un examen particulier de sa situation personnelle ;

- la décision porte une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale ;

- la décision contestée méconnaît les stipulations du 7) de l'article 6 de l'accord

franco-algérien ;

- en méconnaissance de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, il n'a pas pu faire valoir ses observations ;

- en méconnaissance des dispositions du 9 ° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet a commis une erreur d'appréciation en ne saisissant pas le médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration et en prenant une mesure d'éloignement compte tenu de la gravité de son état de santé ;

- la décision a été prise en méconnaissance de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- son comportement ne constitue pas une menace pour l'ordre public ;

En ce qui concerne le refus d'un délai de départ volontaire :

- son comportement ne constitue pas une menace pour l'ordre public ;

- il ne présente pas de risque de fuite ;

En ce qui concerne le pays de destination :

- la décision est illégale par voie de conséquence ;

- la décision méconnaît les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :

- la décision est illégale par voie de conséquence ;

- le préfet a commis une erreur dans l'appréciation des circonstances humanitaires en prononçant à son encontre une décision d'interdiction de retour ;

- le préfet a commis une erreur d'appréciation de la durée de l'interdiction de retour.

Par un mémoire en défense, enregistré le 20 juillet 2022, le préfet du Doubs conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Denizot, premier conseiller, pour exercer les pouvoirs qui lui sont attribués par les articles L. 572-5, L. 572-6, L. 614-5, L. 614-6, L. 614-9,

L. 614-11, L. 614-12, L. 614-15, L. 615-2, L. 623-1, L. 732-8, L. 754-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. C,

- les observations de :

o Me Boudiba, avocate commise d'office, représentant M. B, qui reprend l'argumentation de la requête et qui sollicite pour son client le bénéfice de l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle ;

o de M. E, représentant le préfet du Doubs qui reprend l'argumentation en défense et ajoute que l'état de santé de M. B n'est pas établi.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant algérien né le 20 août 1996, est entré régulièrement en France, le 29 mars 2019, en vue de solliciter la reconnaissance du statut de réfugié. La demande d'asile présentée par l'intéressé a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides les 7 et 20 juillet 2020. Dans le dernier état de la procédure, par un arrêté du 15 juillet 2022, le préfet du Doubs a obligé l'intéressé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être renvoyé et lui a interdit de retourner sur le territoire français pour une durée de trois années. Placé dans les locaux du centre de rétention administrative de Metz, M. B demande l'annulation de cet arrêté.

Sur la demande d'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président ".

3. En raison de l'urgence à statuer sur la présente requête, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. En premier lieu, Mme A D, directrice de cabinet, a légalement pu signer l'arrêté contesté en vertu d'une délégation de signature que le préfet du Doubs lui a consentie par un arrêté du 27 septembre 2021 régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture.

5. En deuxième lieu, les décisions contestées comportent les considérations de droit et de fait qui en constituent les fondements. Ces décisions sont donc suffisamment motivées, contrairement à ce qu'allègue le requérant. En outre, il ne ressort ni des pièces du dossier ni des termes des décisions attaquées que le préfet du Doubs n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation personnelle de l'intéressé.

6. En dernier lieu, si le requérant soutient que les décisions en litige lui ont été notifiées dans une langue qu'il ne comprend pas, aucune disposition du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'impose au préfet de notifier les décisions contestées par l'intermédiaire d'un interprète ou dans une langue autre que le français. Par conséquent, les conditions de notification d'une telle décision n'ont d'incidence que sur les voies et délais de recours contentieux mais n'affectent pas la légalité des décisions contestées. Par suite, le moyen tiré de ce que l'arrêté attaqué a été notifié dans une langue non comprise par son destinataire, doit être écarté comme inopérant.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

7. En premier lieu, la décision contestée ne refuse pas la délivrance d'un titre de séjour ou d'un certificat de résidence. Par suite, M. B ne peut utilement se prévaloir de la méconnaissance des stipulations du 7) de l'article 6 de l'accord franco-algérien, relatives à la délivrance d'un certificat de résidence. Pour les mêmes motifs, M. B ne peut pas utilement se prévaloir de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, relatives à l'admission au séjour pour des considérations humanitaires. Dès lors, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations du 7) de l'accord franco-algérien et des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent être écartés comme inopérants.

8. En deuxième lieu, le droit d'être entendu, qui fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union, se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts. Ce droit ne saurait cependant être interprété en ce sens que l'autorité nationale compétente est tenue, dans tous les cas, d'entendre l'intéressé lorsque celui-ci a déjà eu la possibilité de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur la décision en cause. S'agissant particulièrement des décisions de retour, le droit d'être entendu implique que l'autorité administrative mette le ressortissant étranger en situation irrégulière à même de présenter son point de vue sur l'irrégularité de son séjour et les motifs susceptibles de justifier qu'une décision de retour ne soit pas prononcée à son encontre. Mais il n'implique pas l'obligation, pour l'administration, de mettre l'intéressé à même de présenter ses observations de façon spécifique sur la décision l'obligeant à quitter le territoire français dès lors qu'il a pu être entendu sur l'irrégularité du séjour ou la perspective de l'éloignement. Enfin, selon la jurisprudence de la Cour de justice de 1'Union européenne, une atteinte au droit d'être entendu n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle est prise une décision faisant grief que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision.

9. En l'espèce, si M. B soutient qu'il a été privé du droit d'être entendu, il ne se prévaut d'aucun élément pertinent qu'il aurait été empêché de faire valoir et qui aurait pu influer sur le contenu de la décision. Il ressort en outre des pièces produites par le préfet que M. B a été invité, au cours de son audition par les services de police, antérieurement à l'intervention de l'arrêté en litige, à présenter sur l'irrégularité de son séjour et la perspective de retourner en Algérie. Par ailleurs, M. B n'établit pas qu'il aurait pu faire valoir des éléments pertinents postérieurement à son audition par les services de police. Le moyen tiré de la méconnaissance du droit d'être entendu doit, en conséquence, être écarté.

10. En troisième lieu, l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié () ". Si M. B soutient qu'il serait affecté de graves problèmes de santé, il ne l'établit par aucune pièce versée à l'instance. En outre, il ne ressort pas des procès-verbaux d'audition de l'intéressé par les services de police que M. B aurait porté à la connaissance des autorités administratives l'existence de la pathologie dont il serait affecté. Par suite, les moyens tirés de ce le préfet du Doubs aurait dû saisir le médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration et commis une erreur dans l'appréciation de la gravité de l'état de santé de M. B doivent être écartés.

11. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 5° Le comportement de l'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois constitue une menace pour l'ordre public () ". Il ressort des pièces du dossier que, par un jugement du 28 octobre 2020 du tribunal correctionnel de Lyon, M. B a été condamné à une peine de 2 mois d'emprisonnement avec sursis pour des faits de vol en réunion. Par un jugement du 3 juin 2021, le tribunal correctionnel de Bobigny a condamné M. B à une peine de dix mois d'emprisonnement pour des faits de transport, détention, offre ou cession de stupéfiants. Par suite, M. B ne peut sérieusement soutenir que le préfet du Doubs ne ferait que mentionner l'existence d'interpellations sur le fichier du traitement des antécédents judiciaires. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées ne peut qu'être écarté.

12. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1°) Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2°) Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Il ressort des pièces du dossier que M. B, qui a déclaré être célibataire et sans enfant, est arrivé récemment France. En outre, M. B, qui a fait l'objet de deux jugements le condamnant à des peines d'emprisonnement, n'établit l'existence d'aucune attache particulière sur le territoire français. Par suite, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas porté au droit au respect de la vie privée et familiale de l'intéressé une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels la décision d'éloignement a été prise. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peut donc qu'être écarté.

En ce qui concerne la décision refusant un délai de départ volontaire :

13. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : () 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles

L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et

L. 751-5 ".

14. Ainsi qu'il a été dit précédemment, il ressort des pièces du dossier que, compte tenu de l'existence de deux jugements rendus par le tribunal correctionnel, condamnant l'intéressé à des peines respectives de deux mois d'emprisonnement avec sursis et dix mois d'emprisonnement, le préfet du Doubs n'a pas fait une inexacte application des dispositions précitées en estimant que le comportement de M. B constituait une menace pour l'ordre public. En outre, le préfet du Doubs s'est également fondé sur les circonstances que M. B ne présentait pas de garanties suffisantes de représentation et s'était soustrait à une précédente mesure d'éloignement pour refuser d'accorder un délai de départ volontaire à l'intéressé. Contrairement à ce que le requérant soutient, M. B se trouvait ainsi entrer dans les cas prévus aux 1° et 3° de l'article L. 612-3 précité, permettant de regarder comme établi, sauf circonstance particulière, le risque qu'il se soustraie à l'obligation qui lui avait été faite de quitter le territoire français. M. B ne justifie pas de circonstance particulière permettant de regarder le risque de fuite comme non établi. Il n'est par conséquent pas fondé à soutenir que la décision refusant de lui accorder un délai de départ volontaire serait entachée d'une erreur d'appréciation.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

15. En premier lieu, pour les mêmes motifs que précédemment, il n'est pas établi que la décision portant obligation de quitter le territoire français serait illégale. Par suite, M. B n'est pas fondé à en exciper l'illégalité à l'encontre de la décision fixant le pays de destination.

16. En deuxième lieu, aux termes du dernier alinéa de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ". Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des traitements inhumains ou dégradants ". Si M. B soutient qu'il encourt des risques de traitements inhumains ou dégradants, il n'établit pas la réalité des risques personnels auxquels il serait exposé en cas de retour dans le pays dont il a la nationalité. Dans ces conditions, le moyen tiré de la violation des textes précités ne peut être accueilli.

17. En dernier lieu, pour les mêmes motifs qu'exposés précédemment, M. B n'est pas fondé à soutenir que la décision fixant le pays à destination duquel il pourrait être renvoyé, porterait une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

18. En premier lieu, ainsi qu'il a été dit précédemment, M. B n'établit pas que la décision portant obligation de quitter le territoire français serait illégale. Par suite, M.B n'est pas fondé à en exciper l'illégalité à l'encontre de la décision lui interdisant de retourner sur le territoire français.

19. En second lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () ". Il résulte de ces dispositions que lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, le préfet assortit, en principe et sauf circonstances humanitaires, l'obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour. La durée de cette interdiction doit être déterminée en tenant compte des critères tenant à la durée de présence en France, à la nature et l'ancienneté des liens de l'intéressé avec la France, à l'existence de précédentes mesures d'éloignement et à la menace pour l'ordre public représentée par la présence en France de l'intéressé.

20. D'une part, il ressort des pièces du dossier que M. B s'est maintenu irrégulièrement en France à compter du 30 avril 2019, date d'expiration de son visa court séjour. M. B a également fait l'objet, le 20 octobre 2020, d'une obligation de quitter le territoire français prise à son encontre par le préfet du Rhône. En outre, M. B, qui ne justifie pas d'attache familiale ou d'intégration particulière en France, a fait l'objet de deux jugements rendus par les tribunaux correctionnels de Lyon et Bobigny, le condamnant à des peines respectives de deux mois d'emprisonnement avec sursis et dix mois d'emprisonnement. Par suite, contrairement à ce que soutient M. B, en fixant à trois années la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français, le préfet du Doubs n'a pas fait une inexacte application des dispositions précitées.

21. D'autre part, si M. B soutient que le préfet du Doubs aurait commis une erreur dans l'appréciation des circonstances humanitaires qu'il a pu faire valoir, il n'assortit cependant son moyen d'aucune justification permettant d'en apprécier le bien-fondé.

22. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté contesté. Par voie de conséquence, les conclusions aux fins d'injonction sous astreinte et d'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique doivent également être rejetées.

D É C I D E :

Article 1er : M. B est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. F B et au préfet du Doubs.

Lu en audience publique le 21 juillet 2022 à 14 heures 55.

Le magistrat désigné,

A. C La greffière,

L. Stupar

La République mande et ordonne au préfet du Doubs en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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